Le mystère de l'œil qui a changé de couleur

Ian Crozier, médecin et ancien porteur du virus d’Ebola, a été victime deux mois après sa guérison d'une nouvelle infection, à l’œil gauche. Et parmi les multiples symptômes, la changement de couleur de sa rétine, passant du bleu au vert. Un syndrome mystérieux.
Les deux yeux du Dr. Crozier, originellement bleus

Les deux yeux du Dr. Crozier, originellement bleus

Publicité

Mi-décembre 2014, le docteur Ian Crozier se réveille avec une douleur à l’œil gauche. Ce dernier semble particulièrement enflé. Ian ne supporte plus la lumière et sa vision est, de manière inquiétante, beaucoup moins bonne que la veille. Sans prendre le temps d'y réfléchir, il se rend à l’hôpital universitaire Emory au nord d’Atlanta.

Il le connaît bien : le 9 septembre 2014, il y avait mis les pieds pour en sortir un mois et demi après. La raison ? 40 jours à se battre contre Ebola. Toute l’équipe le considérait guéri, le virus ayant disparu de son organisme, ne se trouvant dans aucun fluide de son corps. Mais le revoilà donc deux mois plus tard, avec de "drôles" de symptômes à l’œil.

En débarquant, l'équipe qui s'occupe de lui pense qu’Ebola a affaibli son système immunitaire, le rendant vulnérable à d’autres virus qui auraient atteint son œil. L’ophtalmologue Steven Yeh décide donc de faire des analyses, prélevant du fluide dans la chambre antérieure de l’œil. Malheureusement, les résultats montrent que Dr. Crozier est encore porteur du virus. Au regard des tissus externes et des larmes non infectés, il semble cependant que seule cette partie de son oeil soit encore contaminée.

Publicité

De fait, bien que malade, le patient n’est pas considéré comme contagieux. Mais le danger est réel, notamment pour Dr. Yeh, qui a fait candidement ses analyses sans masque de protection. Ian reste donc à l’hôpital, le temps de détruire le virus une nouvelle fois et passe Noël dans sa chambre d’hôpital, seul avec son petit frère. Malgré les doses de stéroïdes et autres médicaments essayés, la douleur se renforçe à laquelle vont vite s'ajouter des problèmes articulaires, et des troubles de l'audition, comme l'explique le New England Journal of Medecine dans un article très détaillé.

Dix jours après son arrivée, il sort du lit. En se regardant dans le miroir, il réalise alors que sa rétine gauche, habituellement bleue, est devenue verte. Oups.

Du bleu au vert, du vert au bleu

Une étude a montré qu'il était assez courant d’avoir des douleurs aux yeux une fois atteint par Ebola, de l’inflammation de l’uvée (appelée uvéite) à la perte partielle de la vue. Le Dr. John Fankhausseur, directeur médical de l’hôpital ELWA à Monrovia, au Liberia, estime que 40% des survivants auraient eu ce type de douleurs. Mais ce symptôme de changement de couleur de la rétine, déjà initialement rare, est une première. D’autant plus qu'après plusieurs mois de lutte, et alors que les symptômes ont à nouveau progressivement disparu, l’œil gauche de Dr. Crozier est redevenu bleu. Un phénomène que personne n’arrive encore à expliquer.

Publicité

Interrogés par le New York Times, de nombreux spécialistes s'expriment sur le mystère que cache ce changement. La plupart du temps, lorsque l’iris en change, c’est que les cellules colorantes sont abimées par un virus, voire tuées, et de fait, il s’agit d’un changement permanent. Cela étant dit, le fait que l’infection à l’œil ait disparu est une grande avancée. Le New York Times, encore une fois, raconte dans un autre long papier toutes les étapes par lesquelles est passée l'équipe de médecins en charge du cas Crozier. Ce dernier est d'ailleurs retourné au Liberia le 9 avril afin d'essayer ce traitement.

Ian Crozier, l'un des trois Américains contaminé

Il faut dire que Ian Crozier est un homme de conviction. Né à Masvingo, dans l’actuel Zimbabwe, il a immigré aux Etats-Unis avec sa famille alors qu’il a 10 ans. Diplômé de l’université de Vanderbilt, à Nashville, il se spécialise dans les maladies infectieuses. Une fois son internat terminé, il décide de retourner en Afrique, et part en Ouganda pour aider à traiter le sida, avant de former les médecins de l’Institut des maladies infectieuses de Kampala.

Il a été l'un des premiers volontaires à signer chez l’OMS pour se rendre à Kenema, troisième plus grande ville de la Sierra Leone, et principal foyer du virus Ebola. Malheureusement, moins de deux mois après son arrivée, il est atteint du virus, et doit retourner sur le territoire américain. Il est par ailleurs le troisième Américain à attraper le virus, et décide de rester anonyme jusqu’à son entier rétablissement. En décembre dernier, le New York Times lui accordait un long portrait passionnant.

Publicité

Par Arthur Cios, publié le 10/05/2015

Copié

Pour vous :