Vidéo : la Manif pour tous craint que l'école ne transforme les filles en "camionneuses"

Quand la Manif pour tous explique dans une vidéo ludique que le Plan pour l'égalité filles-garçons proposé par Najat Vallaud-Belkacem est dangereux pour la société, on se rend vite compte qu'ils n'y ont pas compris grand-chose. 

Rien ne nous étonne vraiment plus depuis la formation de la Manif pour tous. Après avoir trouvé son nom en s'opposant fermement au "Mariage pour tous", au sujet de l'adoption, de la PMA (Procréation Médicalement Assistée) et GPA (Gestation pour Autrui), en invoquant l'importance de la "famille traditionnelle", le mouvement a dans son collimateur un nouveau thème sur lequel il s'acharne depuis un an : la "théorie du genre".

Ainsi, le 27 janvier dernier, le mouvement annonce une "Journée de retrait de l'école" (JRE) pour boycotter le projet de loi de l'ABCD de l'égalité. On avait alors entendu toutes sortes de rumeurs disant que le gouvernement allait "apprendre la sexualité et la masturbation" dès le plus jeune âge et "aux petits garçons à devenir des petites filles". En résumé, "une propagande LGBT" qui nuirait gravement à la société. Alors lorsqu'on a découvert la nouvelle vidéo de la Manif pour tous intitulée "Comprendre le 'gender' en moins de 3 minutes", on s'attendait encore à un ramassis d'amalgames. Et ça n'a pas raté.

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Voilà comment la Manif pour tous comprend le Plan égalité entre filles et garçons

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Alors que mardi 25 novembre Najat Vallaud-Belkacem a présenté le Plan égalité entre les filles et les garçons attendu depuis le mois de juillet dernier, et revendiqué comme une amplification de l’ABCD de l'égalité, contesté sur le terrain par de nombreux parents, la Manif pour tous propose une vidéo pédagogique pour comprendre les enjeux du gender en moins de 3 minutes. Un outil pratique à partager et à diffuser sans modération.

Voilà ce qu'on peut lire sous la vidéo diffusée le 25 novembre, Journée Internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, en réponse aux nouvelles annonces de la Ministre de l'Education Nationale le même jour, après l'abandon des ABCD de l'égalité.

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La vidéo commence avec le dessin d'une petite fille et d'un petit garçon, bien évidemment la première toute rose porte une robe tandis que le second, tout bleu, revêt un pantalon. Si on fait l'impasse sur le fait qu'une fois de plus La Manif pour tous reprend des couleurs genrées qui n'ont pas lieu d'être, la voix d'une femme raconte : "Une fille et un garçon est-ce que c'est pareil ? À première vue non, ce n'est pas pareil, c'est même différent". Jusque là, on est plutôt d'accord, un garçon et une fille c'est différent pour des raisons principalement anatomiques.

La voix poursuit : "L'inégalité hommes-femmes. Comment résoudre ce problème ? En rendant une fille et un garçon totalement indifférents et donc similaires. Il faut faire comme si un garçon et une fille c'était pareil". Et c'est bien là que ça cloche : La Manif pour tous semble avoir un petit problème sémantique. En effet, selon Christine Detrez, maître de conférence en sociologie, dans la vidéo ci-dessous introduisant les outils proposés par le gouvernement : "On retrouve souvent la même confusion, c'est qu'égalité rime avec identité. Le contraire de l'égalité, ce n'est pas la différence, c'est l'inégalité". Mais la suite est beaucoup plus "drôle" :

À l'école on va apprendre à mélanger tout ce qui peut être fille ou garçon. Oui un papa peut porter une robe et mettre du rouge à lèvres. Oui les filles peuvent conduire des camions. Oui un bébé peut avoir deux mamans ou deux papas.

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Si la partie sur les camionneuses est certainement la plus absurde, la Manif pour tous fait surtout de gros raccourcis et déforme volontairement les textes de loi. On comprend rapidement que le coeur de la polémique reste toujours le même : les homosexuels. Avec 7000 mariages gays célébrés en 2013 et des enfants qui ont déjà deux mamans ou deux papas, les partisans de la Manif pour Tous devraient bien s'y faire. Mais non, rien n'y fait.

En quoi consiste le Plan pour l'égalité filles-garçons proposé par Najat Vallaud-Belkacem ?

"À partir du moment où tous les acteurs ont conscience qu'apprendre l'égalité filles-garçons, c'est prévenir les violences faites aux femmes, c'est assurer davantage de mixité dans les métiers, c'est assurer un meilleur climat scolaire et donc des garanties de réussite à l'école, tout le monde tope", a affirmé Najat Vallaud-Belkacem à France Info, préconisant le consensus. Ce qui s'inscrit non pas dans une nouveauté mais bien dans une continuité puisque l'école a pour mission depuis 1989 de favoriser l’égalité entre filles et garçons, s'en référant même à la Convention des Nations Unies du 18 décembre 1979.

Et manque de bol pour la Manif pour tous, alors que l'ABCD de l'égalité se cantonnait à la maternelle et à la primaire, c'est désormais toute la scolarité qui est concernée par ce nouveau plan.

Najat Vallaud-Belkacem a confirmé dimanche le Plan pour l'égalité filles-garçons

Najat Vallaud-Belkacem a confirmé dimanche le Plan pour l'égalité filles-garçons

Pour vous donner des exemples précis, les propositions de la Ministre de l'Education Nationale consistent à ne plus parler de "l'heure des mamans" lorsque les parents viennent chercher leur bout'chou à la maternelle ; proposer des jeux où la mixité et les différences de niveaux ne sont pas un handicap pour prendre du plaisir à jouer ensemble au primaire ; étudier les récits d'aventures où les hommes sont sur-représentés ainsi qu'un roman contemporain écrit par une femme au collège ; mesurer les écarts entre clichés littéraires et réalité sociale à propos de l'image de la femme dans la littérature du XVIe siècle à nos jours au lycée.

Somme toute, favoriser tout un tas de lectures et d'ateliers pour "une école qui forme leur esprit critique par la culture", justement ce que demande la Manif pour tous dans sa vidéo. Pour cela, elle a également annoncé la mise en place d'un site internet pour que parents comme enseignants en apprennent davantage sur les futurs outils pédagogiques. Et comme l'égalité doit concerner aussi bien les hommes que les femmes, la ministre de l'Education a insisté sur le fait que :

Les garçons eux-mêmes souffrent des stéréotypes, ceux qu’on autorise à être plus agités sont davantage victimes d’accidents domestiques et fournissent le gros des bataillons de décrocheurs. C’est aussi pour eux qu’il faut créer des conditions de réussite qui ne soient pas influencées par le sexe.

Enfin, Najat Vallaud-Belkacem a rappelé que le terme "genre" ne devait pas être quelque chose de tabou selon le Monde : "C'est un outil conceptuel utilisé par les chercheurs qui travaillent sur les rapports entre les sexes pour démontrer tout ce qui, dans les inégalités, relève de la construction sociale. Ces chercheurs nous éclairent et j’estime cet apport indispensable. Les sexes ne sont pas interchangeables. Il y a une différence, qui ne justifie pas une hiérarchie."

Heureusement que l'école se préoccupe de ce combat, c'est finalement donner une chance à des enfants qui grandissent dans des familles non tolérantes de peut-être le devenir. C'est bien connu, un enfant répète ce qu'il entend à la maison, alors quand un gamin explique à sa maitresse qu'elle n'est pas égale à son homologue masculin, parce qu'elle peut rater son permis alors que lui ne le peut pas ou quand une petite fille répond à la question qu'est-ce que les filles ont le droit de faire que les garçon n'ont pas le droit par "les filles ont le droit de faire la vaisselle", il y a de quoi déprimer.

Alors oui, reste à voir comment le programme sera mis en place et comment les professeurs seront formés, mais dans l'idée, vouloir promouvoir l'égalité entre les sexes et l'inculquer depuis le plus jeune âge, où est le mal ? Car comme le rappelle la Ministre de l'Education "L'égalité filles-garçons, ça s'apprend et ça s'entretient", alors autant commencer jeune.

Par Anaïs Chatellier, publié le 27/11/2014

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