Martin Shkreli, aka « Pharma Bro ». (© Occupy)

Des lycéens recréent pour 2 euros le médicament exploité par Martin Shkreli

Martin Shkreli avait augmenté le prix du Daraprim de 5 000%. Des lycéens australiens ont cherché une solution pour remédier à cela.

© Ces élèves d'un lycée de Sydney ont rendu à Martin Shkreli la monnaie de sa pièce (Sydney University)

© Ces élèves d'un lycée de Sydney ont rendu à Martin Shkreli la monnaie de sa pièce (Sydney University)

Vous vous souvenez de Martin Shkreli, ce gestionnaire américain de fonds d'investissement devenu l'homme "le plus détesté de la planète" lorsqu'il a acheté les droits du Daraprim, un médicament utilisé par les malades du sida, puis augmenté son prix de 5000% ? Un autre problème vient de lui tomber dessus : des élèves de 16 ans viennent de recréer ce médicament pour 1,50 dollars (environ 1,40 euros).

Publicité

Des élèves d'un lycée de Sydney (Australie) ont réussi, avec l'aide de scientifiques du projet Open Source Malaria, à répliquer le médicament – dont le prix s'élevait à 13,50 dollars (12,70 euros) par comprimé avant que la société de Martin Shkreli, Turing Pharmaceuticals, ne le fasse passer à 750 dollars (environ 705 euros).

Les jeunes Australiens ont recréé la formule du Daraprim, qui est utilisé par les personnes dont le système immunitaire est affaibli pour se protéger de maladies comme le paludisme et autres infections parasitaires. Ce médicament, fréquemment prescrit aux porteurs du VIH a été classé comme essentiel par l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

À partir de 17 grammes pur de 2,4-chlorphényl-acétonitrile, acheté en ligne au prix de 36,50 dollars (34 euros) les 100 grammes, les élèves ont produit 3,7 grammes de Daraprim. En suivant le prix du marché imposé par Martin Shkreli, cela équivaudrait à peu près à 110 000 dollars (103 400 euros), selon Time Magazine.

Publicité

"Démontrer à quel point cette montée des prix est ridicule"

Le Dr Alice Williamson de l'université de Sydney, qui a guidé les lycéens dans ce projet, raconte qu'elle était extrêmement préoccupée par l'inflation observée sur le Daraprim. "Je n'arrivais pas à m'enlever cette histoire de la tête, cela me semblait si injuste, surtout pour un médicament si peu coûteux à produire et qui était vendu à bon marché pendant longtemps. Je me suis dit 'Pourquoi ne pas encourager les élèves à faire du Daraprim au laboratoire ?', parce que, d'après moi, cela semblait plutôt simple. Je pensais que si je pouvais prouver que des étudiants sans véritable formation pouvait le fabriquer en laboratoire, nous pourrions démontrer à quel point cette montée des prix est ridicule et totalement injustifiée."

Pendant toute la conception du médicament, les étudiants ont partagé leurs progrès en ligne sur une plateforme ouverte afin que les scientifiques du monde entier puissent avoir accès à leurs données et les aider à avancer.

Martin Shkreli, aka "Pharma Bro". (© Occupy)

Martin Shkreli, aka "Pharma Bro". (© Occupy)

Publicité

Martin Shkreli, lui, n'est pas impressionné. Le "Pharma Bro" a raillé sur Twitter le succès des étudiants, clamant que "tous les médicaments peuvent être faits à petite échelle pour pas cher". Dans une série de tweets, il continue de rejeter l'importance du projet, se moquant de ceux qui disent que cela l'a "détruit". D'après lui, "n'importe qui peut faire un médicament", c'est tellement "easy", ou plutôt "ez" (sic).

"Neda Vanovac : Bien joué, les gars ! Les élèves de Sydney prouvent à Martin Shkreli qu'ils peuvent faire un médicament contre la malaria qu'il vend à 750 dollars pour moins de 2 dollars."

Publicité

"Martin Shkreli : @Scottyt2Hottie Ouais, euh, tout le monde peut faire un médicament c'est assez ez."

"Martin Shkreli : @lgamon lol"

Ce projet est une victoire symbolique contre les industries pharmaceutiques amorales, pas seulement au États-Unis, mais partout dans le monde. Cependant, le médicament créé par les étudiants ne sera pas disponible aux États-Unis avant longtemps. En effet que, bien que le médicament ne soit pas protégé par un brevet, un vide juridique permet à Turing Pharmaceuticals de contrôler les ventes et la distribution du Daraprim. Pour pouvoir lancer un générique sur le marché, il doit être comparé au médiacment original. Et si Martin Shkreli s'y oppose, un nouveau procès devra être financé. Et un procès, ça coûte très cher.

Par Lydia Morrish, publié le 02/12/2016

Pour vous :