Vidéo : dans un discours vibrant, Lupita Nyong'o célèbre la beauté noire

A 31 ans, Lupita Nyong'o est actuellement l'une des femmes noires les plus exposées de la planète, entre autres grâce à son rôle dans 12 Years a Slave. Une exposition médiatique dont elle se sert pour défendre la beauté de sa couleur de peau.

Lupita Nyong'o dans le magazine Dazed & Confused, en février 2014 © Dazed & Confused

Lupita Nyong'o dans le magazine Dazed & Confused, en février 2014 © Dazed & Confused

En interprétant le rôle de l'esclave Patsey dans 12 Years a Slave, sacré meilleur film lors de la dernière cérémonie des Oscars, Lupita Nyong'o est sortie de l'ombre. Non seulement pour son jeu d'actrice, encensé par la critique et récompensé de l'Oscar du meilleur second rôle féminin, mais aussi pour sa beauté, reconnue de tous (notamment par le magazine américain People, qui l'a élue plus belle femme au monde en avril dernier). Depuis, on ne compte plus les tapis rouges et les Unes sur lesquelles son visage ébène s'affiche.

Publicité

Pourtant, du haut de ses 31 ans, Lupita Nyong'o a mis du temps à accepter la couleur de sa peau, qu'elle a longtemps jugée "trop noire". Invitée en février dernier à la septième cérémonie des Black Women in Hollywood, l'actrice a délivré un discours poignant et plein de poésie, aujourd'hui exhumé du web en une version française par Les Inrocks.

Un discours dans lequel elle parle de la beauté noire, longtemps reléguée au second plan, loin derrière celle de la peau blanche.

Publicité

Lupita Nyong’o, l’Alek Wek d’une nouvelle génération ?

Il est vrai que jusqu'au début des années 90, les codes de beauté étaient surtout définis par les mannequins à la peau blanche, avec des femmes comme Cindy Crawford, Kate Moss ou Claudia Schiffer.

Dans son discours, Lupita Nyon'go le pointe d'ailleurs du doigt :

J'allumais la télé et je n'y voyais que des peaux blanches. On me taquinait, on se moquait de ma "peau couleur de nuit". Ma seule et unique prière au bon Dieu était de me réveiller un beau matin, avec la peau blanche. [...] Et chaque jour, j'avais le même sentiment de déception de me voir avec la peau aussi sombre que la veille.

Publicité

Mais un événement quasi révolutionnaire dans l'industrie de la mode tendra à changer le regard de la jeune Lupita sur elle-même : l'avènement de la mannequin sud-soudanaise Alek Wek, qui fut l'une des premières tops noires à défiler sur les catwalks dans les années 90, et qui sortira l'actrice de son mal-être.

À ce sujet, elle se souvient :

Elle était aussi noire que la nuit, elle était sur tous les défilés, dans tous magazines. Et le monde entier adulait sa beauté. Je ne pouvais croire que les gens étaient en train d'encenser une femme qui me ressemblait tant. Mes complexes avaient toujours été pour moi un obstacle, et les voilà qui s'envolaient soudainement.

Quand je voyais Alek, je ne pouvais m'empêcher de voir un reflet de moi-même, que je ne pouvais nier. Je me sentais légère car j'avais l'impression d'être visible, un peu plus appréciée par les gardiens lointains de la beauté.

Publicité

La mannequin Alek Wek pour une campagne Benetton © Benetton

La mannequin Alek Wek pour une campagne Benetton © Benetton

D'autres Alek Wek sur la scène internationale

Aujourd'hui, à son tour, Lupita Nyong'o espère être l'Alek Wek d'une nouvelle génération. La preuve en est avec les mots qu'elle a soigneusement choisis pour conclure son discours prononcé lors de la cérémonie des Black Women in Hollywood : "J'espère que ma présence sur vos écrans et dans vos magazines vous guidera, vous qui êtes plus jeunes, vers un chemin similaire au mien".

Cette poignante déclaration sur la beauté noire n'est d'ailleurs pas sans rappeler d'autres speech plus récents, et tout aussi forts, de personnalités dont la beauté est encore trop souvent victime de discrimination. On se souvient notamment de l'allocution de Shaun Ross, premier mannequin homme albinos à l'origine du mouvement In My Skin I Win, qui tentait de briser le tabou sur sa maladie lors d'une conférence TED en avril dernier.

Ou, plus récemment encore, les propos de Laverne Cox, l'actrice afro-américaine transsexuelle de la série "Orange is The New Black", qui s'affichait dernièrement en Une du préstigieux magazine Time et qui appelait à ce que les gens soient prêts "à chasser de leur esprit ce qu’ils pensent savoir au sujet de ce que signifie être un homme, ou être une femme".

Autant de personnalités dont l'exposition médiatique suscite l'espoir, et encourage la beauté extérieure et intérieure de chacun.

Par Naomi Clément, publié le 06/08/2014

Pour vous :