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Lucien Clarke : "Aujourd'hui, le skate est plus accepté mais aussi bien plus commercialisé"

À l'occasion de la sortie de sa chaussure avec Supra, nous avons rencontré Lucien Clarke. De Cara Delevingne à D.R.A.M. en passant par Supreme, le skateur londonien se confie.

Lucien Clarke © Jordan Beline

Lucien Clarke © Jordan Beline

Stefan Janoski, Andrew Reynolds, Paul Rodriguez... nombreux sont les skateurs professionnels à avoir signé un modèle de chaussures de leur nom. Lucien Clarke rejoint aujourd'hui cette liste en dévoilant la Quattro Lucien Clarke x PWBC colorway Signature.

Réalisée en collaboration avec Supra, cette chaussure rend hommage au Palace Wayward Boys Choir (PWBC), un crew de skateurs, photographes et autres créatifs dont il est le chef de file, et qui a fait de Londres une des scènes les plus vivantes et les plus actives en matière de skate.

Pour fêter la sortie de son modèle, Lucien Clarke était de passage à Paris. Il en a profité pour présenter "PWBC: A Retrospective", une exposition photo et vidéo signée James Edson et Daniel "Snowy" Kinloch, qui célébrait dix années de ride, de fête et d'amitié. Rencontre.

Konbini | Je crois que Hyde Park a une signification toute particulière pour toi...

Lucien Clarke | C'est vrai, c'est là que j'ai découvert le skate. J'avais 14 ans environ. Ce jour-là, j'étais avec mon frère, ma mère et mon beau-père, en balade de famille. On est tombés sur quelques skateurs qui faisaient des tricks, des kickflips, ils skataient sur des grind boxes... Et là je me suis dit : "Wow, c'est trop cool, je veux faire ça."

Le lendemain, mon beau-père m'a acheté un skate, et je n'ai jamais arrêté depuis.

À l'époque, qu'est-ce que tu voulais devenir ?

Disons que j'avais intérêt pour les choses créatives, pour l'art. J'ai fait un niveau de AS-level, une sorte d'examen que tu dois passer juste avant l'université au Royaume-Uni. J'y ai étudié l'anglais, l'art et les mathématiques. Mais je ne m'intéressais qu'à l'art, c'était vraiment cool.

Donc ouais, à un moment je voulais être un genre de graphic designer. D'ailleurs mon oncle a un business en Floride, où j'ai passé quelques mois... Mais c'est à ce moment-là que j'ai reçu un appel d'Element Europe qui m'a dit qu'ils voulaient bosser avec moi et me payer pour ça.

Et à partir de ce moment-là, le skate est devenu vraiment important dans ta vie ?

Je crois que ça a été important dès le départ, car je ne faisais vraiment que skater, tous les jours, tout le temps. Mais oui, à partir de ce moment-là j'ai commencé à gagner de l'argent, donc ça change la donne... J'ai aussi commencé à travailler avec Palace, et c'est vraiment quelque chose de spécial pour moi, parce que c'est ma famille maintenant, et on fait plein de choses tous ensemble, pas seulement du skate – du design aussi, des vidéos, des photos, ce genre de choses...

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La Quattro Lucien Clarke x PWBC colorway Signature © Jordan Beline

Finalement, on peut voir dans ta collaboration avec Supra un moyen de te rapprocher de ce que tu aimais à une certaine époque...

Oui, carrément ! C'est une bonne façon d'être créatif. [...] Supra est venu vers moi en me disant qu'ils voulaient me donner un colorway. Quelques-uns de mes amis issus du PWBC avaient déjà fait ça, avec Adidas notamment, toujours avec un petit PWBC inscrit sur le côté de la chaussure.

Et puis on a aussi fait cette exposition, "PWBC: A Retrospective", et c'était génial parce qu'on se connaît tous depuis dix ans, et que grâce à ce projet on a pu tous ensemble aller à Barcelone et aujourd'hui Paris... et Paris, ça va être le grand final, tout va exploser (rires).

Vu ce que tu skates, tu dois consommer pas mal de paires...

Ouais... une paire chaque semaine environ. Parfois c'est plus, parfois c'est moins... Je skate environ douze heures par jour quand je suis en voyage, parce qu'il faut que je fasse les films, les photos tout ça. Hors voyage, c'est plutôt six ou sept heures.

"La Place de la République est cool"

C'est quoi tes villes préférées pour skater ?

Je dirais New York parce que c'est une ville énorme. C'est assez marrant de prendre le métro pour aller d'un endroit à un autre, et l'ambiance est assez cool de façon générale, de même que l'histoire qu'il y a derrière cette ville.

J'aime beaucoup Los Angeles aussi, même si, putain, il faut tout le temps conduire ! Uber, Uber, Uber... t'as pas le choix. Mais il y a les cours d'école, tout est fucking smooth... genre tout. [...] J'aimerais bien aller en Australie aussi ! Peut-être l'année prochaine.

Est-ce que tu es déjà allé skater Place de la République, à Paris ?

Ouais ! Ça me fait penser à South Bank à Londres, genre le point où tout le monde se retrouve. La Place de la République est cool, les rebords sont parfaits, le sol est smooth... Et les gens ramènent pas mal de trucs aussi, pour les skater.

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© Jordan Beline

Ton père est originaire de Kingston en Jamaïque, où tu es né d'ailleurs. Est-ce qu'il y a une communauté de skateurs là-bas ?

Non, il n'y a rien du tout ! Une fois j'ai vu un rasta qui skatait près de la plage, un peu au hasard... Je lui ai demandé où il avait trouvé sa planche et il m'a répondu genre : "Oh, je sais pas trop man, je l'ai juste trouvée..." (rires) Donc non, il n'y a pas de scène comme on peut en voir à Londres ou à New York. Et c'est la merde pour skater là-bas, il n'y a rien ! Personne ne sait vraiment que le skate existe en fait.

D.R.A.M., Chief Keef et Travis Scott

Qu'est-ce que tu écoutes en ce moment ?

Hmmm... J'ai pas mal écouté de house ces derniers temps. J'ai quelques amis qui sont DJs d'ailleurs, comme Rory Milanes qui va d'ailleurs bientôt arriver à Paris. J'écoute un peu de funk aussi, et des classiques du rock... Ah et D.R.A.M. aussi, tu vois ?

"I like to cha cha !"

Oui (rires) ! Celle-là est incroyable. Sinon quand je skate j'écoute pas mal de vieux hip-hop, underground, genre Mr Voodoo, mais aussi du nouveau comme Chief Keef, Travis Scott... j'écoute aussi du blues parfois.

C'est quoi le meilleur outfit pour aller skater ?

Sans hésiter : les survêt, les joggings, et les pantalons cargo. Je mets des jeans aussi. Tout ce qui me permet d'être à l'aise en fait.

C'est quoi ta relation avec Supreme ?

Je connaissais quelques personnes chez Supreme, comme Angelo Baque. Ils cherchaient quelqu'un pour faire leur lookbook [de la collection Automne-hiver 2014, ndlr] et du coup voilà, c'est arrivé un peu comme ça.

Comment se passe ta collaboration avec tous ces sponsors en même temps, Supra, KR3W, Palace... et Supreme d'un peu plus loin ?

C'est très simple ! En fait tout est segmenté, je bosse avec une marque pour les chaussures, une autre pour le textile, une autre pour les planches, une autre pour les trucks, une autre pour les roues... Après bien sûr tu ne peux bosser qu'avec une marque pour les chaussures, pas deux, surtout si elles sont concurrentes.

Jordan

© Jordan Beline

J'ai l'impression qu'il y a de plus en plus de marques qui n'ont rien avoir avec le skate mais qui l'utilisent et s'en approprient l'image "cool". Je sais pas si tu avais vu cette pub pour Céline...

Ah oui, horrible, elle tient juste sa planche du bout du bras... Il y avait aussi Alex Olson pour Louis Vuitton. Mais je crois qu'il faut différencier ces deux pubs : je soutiens cette campagne avec Vuitton, parce que c'était fou et puis ce n'était pas placardé partout tu vois – pas comme d'autres peuvent le faire.

Ça fait plus de dix ans que tu fais du skate, une pratique qui a pendant longtemps été mal vue. Est-ce que tu sens, à ton échelle, que le regard des gens a changé ?

Oui, c'est vraiment différent d'il y a quatorze ans, quand j'ai commencé. Aujourd'hui, le skate est plus accepté mais aussi bien plus commercialisé. Les gens qui commencent à faire du skate aujourd'hui ont leurs raisons, mais j'ai l'impression que pour certains c'est plutôt un truc du genre : "C'est trop cool donc il faut que je m'y mette pour être cool" qu'un sincère "les sensations sont trop cool donc il faut que je continue".

Le mot de la fin ?

J'aimerais faire un shout out à Cara Delevingne car elle adore mes chaussures et que je vais lui en envoyer plein ! (rires)

 Lucien Clarke sera en séance de dédicace le samedi 31 octobre de 12h à 14h à la boutique SUPRA Paris (45, rue du Temple, 75004).

Par Naomi Clément, publié le 30/10/2015