Le neknomination : le jeu Facebook stupide qui rend ivre

Les réseaux sociaux frémissent d'une nouvelle tendance alcoolisée venue tout droit d'Australie : le neknomination. Retour sur un phénomène dangereux.

"Neknomination". C'est le nom barbare donné à la nouvelle tendance sur les réseaux sociaux, venue de l'expression anglophone "Neck your drink" - soit "bois ton verre cul sec". Son principe est simple : poster une vidéo dans laquelle on avale un alcool d'un trait et désigner une ou plusieurs personnes afin qu'elles relèvent le défi. Drôle de cocktail entre jeu d'alcool standard, chaîne d'e-mails façon années 2000 et narcissisme appliqué aux réseaux sociaux.

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De nombreux adolescents s'adonnent à cette pratique avec enthousiasme, s'amusant à filmer la vidéo la plus originale possible avec leur smartphone. Grâce au neknomination, vous montrez non seulement que vous savez picoler (bravo !), mais également que vous savez le faire avec panache... et sans panaché.

Pierre (le prénom a été changé) a 23 ans et habite Marseille. Après avoir été "nominé" à son tour par une connaissance, il a posté sa propre vidéo où on peut clairement le voir descendre un verre de pastis. Contacté par Konbini, il se dit "amusé" par le phénomène et précise avoir ressenti "une certaine appréhension à publier une video visible par tous [s]es amis" (et bien plus que ses amis, en fait, son profil n'étant pas protégé).

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Mais ce qui l'a réellement motivé, c'est l'envie de "voir la video que [ses] amis allaient mettre et la "mise en scène" qu'ils allaient y faire". Il remarque cependant que le jeu peut s'avérer "dangereux".

Le danger

Sans nul doute, le neknomination est un jeu dangereux. Selon le journal Irish Independent, la mort de deux adolescents irlandais le week-end dernier serait liée à la pratique. Joe O'Connor, président de l'union des étudiants irlandais, remarque que "la tendance est devenue très populaire auprès de ceux qui ont émigré", notamment en Australie, d'où le jeu est originaire. Le jeune homme explique la réputation du jeu par l'envie de certains Irlandais de trinquer avec leur amis restés au pays. Une pratique somme toute sympathique, et des faits divers mortels qui ne sont pas liés avec certitude au jeu à boire.

Sauf qu'un autre accident tragique est survenu dimanche. Et cette fois, il est imputable avec certitude à un neknomination. The Independent confirme la mort de Isaac Richardson, 20 ans, citoyen anglais et victime d'un mélange mortel de vin, whisky, vodka et bière. Juste avant de succomber à ce cocktail empoisonné, il avait confié à ses amis vouloir "surpasser" les autres vidéos en ligne.

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Ripostes

Face au danger représenté par cette pratique, certains s'alarment. Comme les créateurs de la page Facebook "Ban Neknomination", créée le 2 février et que suivent près de 25 000 inquiets à l'heure où nous écrivons cet article.

Mieux encore : la vidéo de Brent Lindeque, un Sud-Africain qui, au lieu de simplement s'offusquer de cette nouvelle pratique éthylique, détourne le concept. Au lieu de boire une quantité d'alcool, il choisit de donner de la nourriture à une personne, en espérant que son action se répandra de la même manière que #neknomination.

"Descendre une canette de bière, c'est facile", explique-t-il en description de sa vidéo. "Imaginez plutôt utiliser la pleine puissance des médias sociaux pour effectuer un changement significatif dans la vie des gens".

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En attendant, si le gouvernement irlandais a bel et bien demandé à Facebook d'interdire la présence de pages liées au jeu sur le réseau social, celui-ci a refusé : les contenus relatifs au neknomination ne violent pas ses règles d'utilisation. Pourtant, la banalisation de la consommation d'alcool, l'aspect fun de la biture et la toute puissance du partage sur les réseaux sociaux sont autant de symptômes de la bêtise et du risque de cette pratique.

Si l'alcool est à consommer avec modération, le neknomination n'est à consommer avec personne.

Par Théo Chapuis, publié le 11/02/2014

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