AccueilÉDITO

Une ville italienne souhaite ériger un cimetière pour les migrants morts en mer

Publié le

par Jeanne Pouget

Depuis 2014, 8 632 migrants ont trouvé la mort en Méditerranée en tentant d'atteindre les côtes de l'Europe selon les chiffres de l'ONU. Le village de Tarsia, en Calabre, souhaite leur offrir une sépulture digne de ce nom. 

Le petit village de Tarsia, situé dans la région calabraise, dans le Sud de l'Italie, est tristement célèbre pour avoir abrité le plus grand camp d'internement de l'ère mussolinienne. Mais une initiative de son maire actuel, Roberto Amerusa, pourrait réhumaniser cette bourgade au passé sombre, dans une région où prospère toujours l'une des mafias les plus puissantes du monde. Sous l'impulsion de Franco Corbelli, activiste et président de l’ONG Mouvement pour les droits civils, le maire souhaite dédier une partie du territoire de sa commune à la construction d'un cimetière de 1 hectare pour les migrants qui n'ont pas eu la chance d'atteindre les côtes sains et saufs. 

"La dignité, au moins dans la mort"

L'histoire se répète à Tersia, petit village de 2000 habitants : il fut le théâtre de vagues migratoires pendant la Seconde Guerre mondiale, et il l'est de nouveau ces dernières années. Si la mort semble tristement ancrée dans l'ADN de sa commune, M. Amerusa souhaiterait en faire désormais un lieu de paix et de solidarité. Le projet de cimetière international des migrants que lui a soumis Franco Corbelli l'a donc convaincu.

"Voir tous ces cercueils et tous ces gens sans nom, parce qu’ils ont été enterrés et continuent d’être enterrés avec un numéro, est inhumain", se désole ce dernier auprès d'Al Jazeera, lui qui a dû approcher plusieurs communes avec son projet avant de s'entendre avec le maire de Tarsia. Et de poursuivre :

"Nous devons leur offrir de la dignité, au moins dans la mort... Chacun d'entre eux a de la famille, chacun a une mère, un frère, une sœur. Si un jour ils souhaitent leur apporter une fleur ou prier pour eux, où iront-ils?"

Ainsi, ce projet de cimetière serait accompagné d'un mémorial et d'une chapelle, et les obsèques s'adapteraient, tant que faire se peut, à la religion des défunts. Comme l'explique Le Monde, les personnes mortes au large de l’Italie sont pour l'instant éparpillées dans les différents cimetières de la région sous un numéro et après un prélèvement ADN pour les corps non identifiés.

Pour l'heure, ce projet n'en est qu'au stade de la réflexion, car il coûterait selon Al Jazeera 4,3 millions d'euros. Et si les citoyens, frileux au départ, semblent désormais fiers de porter cette idée, la bureaucratie italienne semble, elle, peiner à trouver des financements.

À voir aussi sur konbini :