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Un blogueur saoudien flagellé pour avoir "insulté l'Islam"

Publié le

par Anaïs Chatellier

En Arabie Saoudite, où la liberté d'expression est à des années lumières d'être respectée, Raif Badawi a été condamné à 1000 coups de fouets pour avoir questionné l'Islam. Des pétitions ont été mises en ligne pour que cette condamnation inhumaine s'arrête.

Si les différentes marches républicaines qui se sont déroulées dans la France entière ce dimanche 11 janvier ont montré un beau message d'union nationale et de soutien à la liberté d'expression, plusieurs personnes ont dénoncé l'hypocrisie de certains dirigeants étrangers s'unissant à la marche alors qu'il ne respectent pas ce droit fondamental dans leur propre pays.

En effet, quand on apprend qu'un blogueur saoudien a été condamné à plusieurs années de prison et à 1000 coups de fouets pour avoir tenu des propos contre l'islam alors qu'un représentant de l'Arabie Saoudite était à la marche, il y a de quoi s'indigner.

"L'on ne peut pas être Charlie sans être Raif Badawi" clament plusieurs personnes.

Plusieurs pétitions pour épargner Raif Badawi

Ce vendredi 9 janvier, Raif Badawi a reçu 50 coups de fouets. C'était juste après la prière, sur la place publique, devant la mosquée Al-Jaffali, à Jeddah. Une session hebdomadaire qui devrait durer pendant 20 semaines puisque ce jeune saoudien d'une trentaine d'années a été condamné à 1000 coups de fouets, 10 ans de prison et une amende de 226 000 dollars.

Son crime ? "Avoir questionné publiquement l’évolution de la société saoudienne et le respect des libertés fondamentales, suscitant le débat sur des sujets politiques, religieux et sociaux" sur son site internet Liberal Saudi Network, désormais interdit, rapporte Reporters Sans Frontière.

Concrètement, voici les phrases que l'on pouvait lire au quotidien sur son blog, qu'il traite du Printemps Arabe, de l'ouverture d'une mosquée à New York ou l'enjeu de la laïcité dans les pays arabes :

"Dès qu’un penseur commence à exposer ses idées, on peut trouver des centaines de fatwas l’accusant d’être un infidèle, simplement parce qu’il a eu le courage de discuter de certains sujets sacrés"

"Je suis vraiment inquiet à l’idée que les penseurs arabes puissent migrer ailleurs pour trouver de l’air frais et échapper au glaive des autorités religieuses"

"La laïcité est le meilleur refuge pour les citoyens d’un pays"

"Les États qui sont basés sur la religion confinent leur peuple dans un cercle de foi et de peur"

"Aucune religion n'a de liens avec le progrès humain"

À l'évocation de cette ignoble punition, on ne peut s'empêcher d'imaginer une news datant du Moyen-Âge. Malheureusement, au XXIème siècle il existe encore des pays où l'on inflige des coups de fouets. L'Arabie Saoudite, classée 164ème sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse et bien connue pour être un royaume ultra conservateur – où les femmes n'ont même pas le droit de conduire – en fait partie. Pour RSF, il s'agit là d'une "condamnation inhumaine, contraire au droit international".

"C’est une peine ignoble et illégitime que vous devez empêcher. Il est temps que vous cessiez de brimer les journalistes et les internautes" s'adresse directement RSF au roi d'Arabie Saoudite. Plusieurs pétitions ont alors été lancées pour que le lauréat du prix pour la liberté de la presse RSF - TV5 Monde 2014 soit gracié. Amnesty International, RSF et Human Watch Right demandent que ce châtiment corporel cruel soit stoppé au plus vite, pendant que sur les réseaux sociaux, le hashtag #FreeRaid prend de l'ampleur.

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