Le Liban veut lutter contre les "drogues mp3"

Le ministre de la Justice libanais a appelé la semaine dernière à restreindre l'usage des "drogues mp3", de curieux fichiers musicaux aux propriétés prétendument addictives.

La musique, cette drogue, la drogue, cette musique.

La musique, cette drogue, la drogue, cette musique.

C'est dans une drôle de guerre que la justice libanaise s'est lancée jeudi. Il s'agit de la régulation d'une drogue virtuelle et invisible, dont les effets ne sont même pas encore prouvés scientifiquement : les "drogues mp3", des musiques aux effets potentiellement addictifs pour l'auditeur selon le média.

Publicité

Courrier International, citant le site libanais Daily Star, rapporte ainsi la réaction provoquée jeudi 30 octobre par un reportage diffusé sur une chaîne libanaise. Murr Television diffusait alors un sujet sur les drogues numériques. Ces morceaux vendus sur Internet emploient le battement binaural, soit l'envoi de sons aux fréquences légèrement différentes dans chaque oreille de l'utilisateur, avec pour but de provoquer des sensations diverses.

Suite à ce sujet, le ministre libanais de la Justice, Ashraf Rifi, "a demandé au procureur de la République de prendre les mesures nécessaires pour freiner l'utilisation de ces 'drogues numériques' au Liban", indique le Daily Star, cité par Courrier International.

Quels effets réels ?

Sauf que comme le souligne le site local, les scientifiques sont divisés sur les effets réels des drogues numériques. Pour exemple, il n'y a qu'à voir cet article d'un blog des Inrockuptibles, daté de 2010, juste après le début du phénomène des drogues mp3 débarqué des États-Unis. L'auteur décide d'essayer lui-même les fameux sons :

Publicité

Je décide, au hasard, de télécharger, pour la modique somme de 13,90 euros, le package complet « Sexual simulation », censé « aider mon cerveau à reproduire l’effet de chaleur, de liesse, de tantrisme et enfin d’apogée ».

C’est donc parti pour 15 minutes de ‘First love’, seul dans le noir. [...] Aux environs de 10 minutes, le rythme de la musique d’ascenseur s’accélère. Je me dis que c’est le moment où ça y est, on est censé être dedans. Se libérer. Ça y est… Ouiiiiii… Mais non. Rien. Encore quelques minutes de free jazz toujours sur fond de battement binaural et me voilà toujours seul, toujours dans le noir, toujours sans aucun effet et toujours comme un con.

Dubitatif, le blogueur nous offre d'ailleurs un exemple de musique binaurale, gratis.

Publicité

"Ridicule"

La demande du ministre de la Justice, si elle n'a pas encore été traduite par des mesures concrètes, n'a pas manqué d'indigner les associations libanaises de défense de la liberté sur Internet.

Ainsi l'Alliance libanaise des professionnels de l'informatique et de la communication et L'Association libanaise des professionnels de l'informatique, toutes deux citées par le Daily Star, ont co-signé un communiqué allant dans ce sens :

Les Libanais se sont habitués à voir surgir de curieuses initiatives en matière de censure sur certains sites. Cela a commencé avec l'interdiction des sites de paris en ligne, sans que cela se fonde sur aucune loi existante dans le pays. La demande d'Ashraf Rifi de prendre des mesures contre les "drogues numériques" est douteuse, pour ne pas dire ridicule

Publicité

Bref, il se pourrait que la justice libanaise combatte un moulin à vent.

Par François Oulac, publié le 03/11/2014

Copié

Pour vous :