La pêche électrique consiste à envoyer des décharges dans le sédiment afin de capturer plus facilement les poissons plats qui y vivent enfouis ( © Bloom)

L’Europe ouvre la voie à la pêche électrique, le "Roundup des océans" selon des ONG

Mardi 21 novembre, le Parlement européen a voté en faveur d’une extension massive de la pêche électrique en Europe. Une technique méconnue, décriée par les ONG et qui divise les pêcheurs.

La pêche électrique consiste à envoyer des décharges dans le sédiment afin de capturer plus facilement les poissons plats qui y vivent enfouis. (© Bloom)

En début de semaine, 23 eurodéputés contre 3 ont approuvé un compromis politique permettant d’étendre la technique de la pêche électrique par les chalutiers européens. Elle consiste à débusquer les poissons dans leurs refuges grâce à des filets électriques qui agissent comme des tasers.

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Manne financière pour les uns ou appauvrissement des ressources pour les autres : cette méthode de pêche divise les pêcheurs au sein même de l’Europe. Tandis que Claire Nouvian, la présidente de l’ONG de protection des océans et de pêche durable Bloom n’hésite pas à la qualifier de "Roundup des océans", en raison de ses conséquences destructrices (voir son intervention dans le reportage du 20 heures de France 2 consacré au sujet, ci-dessous).

Des pêcheurs français lésés…

Si la pêche électrique est interdite depuis 1998 en Europe (ainsi qu’aux États-Unis, au Brésil ou même en Chine), elle bénéficie d’une dérogation de la Commission européenne depuis fin 2006. Autorisant chaque État membre à la pratiquer à "titre expérimental" en mer du Nord, à hauteur de 5 % des flottes de chalutiers.

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Ses avantages ? Elle serait plus rentable car elle permettrait d’économiser jusqu’à 60 % des fiouls aux chalutiers selon un pêcheur néerlandais interrogé par France 2. D’ailleurs, les Pays-Bas s’en donnent à cœur joie et la pratiqueraient bien au-delà du quota des 5 %, à hauteur de 28 %, en toute illégalité.

Conséquences : les pêcheurs des autres pays, notamment français, se retrouvent lésés dans cette course inégale, qui touche principalement la pêche de la sole en mer du Nord. Les Néerlandais remonteraient quatre fois plus de soles qu’eux selon leurs calculs. Pourtant, les pêcheurs français ne souhaitent pas recourir à la pêche électrique, destructrice des ressources selon eux.

… et les ONG inquiètes

Selon les associations, les poissons seraient fortement blessés par cette méthode d’électrocution. Des photos les montrent couverts de brûlures, d’ecchymoses et de déformations du squelette. Des décharges qui pourraient en outre perturber leur reproduction.

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Et toute la vie marine pourrait ainsi se retrouver touchée, des requins jusqu’au plancton. Avec des conséquences environnementales graves. Une étude néerlandaise a ainsi montré que 50 à 70 % des cabillauds de grande taille capturés par les chaluts électriques avaient la colonne vertébrale fracturée.

Vers une pratique à grande échelle de la pêche électrique ?

Or, le vote de cet amendement par le Parlement européen du mardi 21 novembre est un pas de plus vers la reconnaissance de la pêche électrique comme méthode de pêche conventionnelle, et donc potentiellement pratiquée à l’avenir à grande échelle.

"On est dans une situation totalement aberrante et inacceptable sur le fond dans laquelle 27 députés européens déterminent l’avenir des pêcheurs et des océans européens. Ils subissent, et acceptent, soyons honnêtes, le rouleau compresseur du lobbying industriel", a commenté Claire Nouvian.

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Un résultat que l’on peut considérer comme désastreux mais qui peut toutefois encore être remis en cause d’ici le vote en plénière qui devrait avoir lieu d’ici février 2018. En attendant, vous pouvez signer la pétition de Bloom pour dire non à l’électrocution des poissons et à la désertification des océans.

Par Jeanne Pouget, publié le 23/11/2017

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