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Homosexualité et jeux vidéo ne font pas toujours bon ménage

Publié le

par Anaïs Chatellier

Entre la Russie qui interdit les Sims 4 aux mineurs à cause des relations homosexuelles possibles et Nintendo qui crée un jeu où il est impossible de se marier entre personnes du même sexe, les jeux vidéo n'ont pas vraiment fait leur coming out.

(Capture d'écran Sims 4)

En octobre 2013, le Ministre de la culture russe annonce qu'il souhaite subventionner tout jeu servant la gloire de la nation. Mais en ce qui concerne ceux où les relations homosexuelles sont possibles, c'est une autre histoire.

Le 5 mai dernier, le compte Twitter The Sims Russia annonce que la quatrième version des Sims sera interdite aux moins de 18 ans. Et la raison principale c'est que dans le jeu, les personnages ont la possibilté d'être gays ou lesbiennes. Pourtant, les Sims 3, sortis en 2009, étaient autorisés à partir de six ans, selon le Daily Mail, alors que le jeu vidéo assumait clairement son côté gay friendly, en permettant aux personnages du même sexe de se marier.

Mais depuis, le gouvernement de Poutine a fait passer une loi en 2010, connue sous le nom 436-FZ et qui concerne la "Protection des mineurs contre les influences négatives à leur santé et à leur développement". S'en suit, en 2013, un amendement qui clarifie la chose et interdit carrément la "propagande des relations sexuelles non-traditionnelles chez les mineurs". Amendement controversé qui avait conduit à des appels aux boycott pendant les JO de Sotchi.

Pour répondre à cette censure, la porte parole d'Electronic Arts, maison d'édition américaine qui a créé les Sims, a rétorqué :

Nous n'avons pas planifié de modifier les Sims 4. Un des principes-clé des Sims, c'est que les joueurs décident de ce qu'ils veulent faire.

Bronca sur Twitter contre Tomodachi Life

Or, ces derniers jours, la Russie n'était pas seule à faire l'actu "gay-ming". Alors que le jeu vidéo de l'éditeur japonais Tomodachi Life, sorte de simulation de vie à la Sims, ne devrait pas sortir avant juin aux États-Unis, il crée déjà la polémique. Le problème : alors que ce programme permet de reconstituer des moments de vie, les personnages du même sexe ne peuvent pas flirter ensemble.

Rapidement, les internautes ripostent via le hashtag #Miiquality, mélange entre les Mii, personnages virtuels de Nintendo et equality "égalité". Un mouvement lancé par Tye Marini, un jeune américain de 23 ans fan de Nintendo, qui a lancé la campagne en postant sur Internet cette vidéo.

Alors que le mouvement prend de l'ampleur, la branche américaine de Nintendo s'est excusée auprès des internautes. Pour autant, il n'est pas au programme de modifier le jeu qui est déjà un succès au Japon depuis sa sortie en décembre dernier.

Selon Associated Press, la compagnie a annoncé :

Nous utilisons cette campagne comme une opportunité afin de mieux comprendre nos consommateurs et leurs attentes. Nous nous excusons d'avoir déçu de nombreuses personnes en omettant d'inclure les relations de même sexe dans Tomodachi Life.

Avant d'ajouter :

Malheureusement, il nous est impossible de modifier le jeu, et un changement aussi important dans la conception ne pourrait pas être résolu par le simple téléchargement d'un patch post-commercialisation.

A voir maintenant, si pour ses prochains jeux, la firme nippone Nintendo tiendra compte de ces revendications. Mais étant donné que le mariage homosexuel n'est pas acquis au Japon, ce ne sera pas pour tout de suite.

Les personnages LGBT existent dans les jeux depuis le début

Birdo, le personnage transgenre de Mario qui pense qu'il est une fille... alors que...

Le plus étrange dans toute cette histoire, c'est que Nintendo a déjà créé des personnages LGBT. L'exemple qui est souvent cité est celui de Birdo, personnage de Super Mario Bros 2, sorti à la fin des années 1980. Car selon sa fiche sur WikiMario :

Le manuel du jeu stipule que Birdo pense qu'il est une fille et aime qu'on l'appelle Birdetta. Il aime porter un noeud papillon et tirer des oeufs de sa bouche.

Un personnage transgenre donc, mais qui, à l'époque, avait été mentionné comme étant seulement une femme en dehors du Japon. Du côté des protagonistes transsexuels, on peut citer Poison dans Final Fight, souvent considérée comme une femme "sexy et attrayante" du monde fictif.

Alors, imaginez le désarroi de certains joueurs lorsque le producteur Yoshinori Ono avait affirmé :

En Amérique du Nord, Poison est officiellement un transexuel.

Il y a aussi Vamp, dans Metal Gear Solid 2, un personnage bisexuel, ou encore la planète gay dans  le récent Star Wars: The Old Republic. La liste est longue - vous pouvez aller faire un tour sur cette page Wikipédia qui et montre que le coming out des jeux vidéo n'a jamais été un véritable problème.

Pourtant, l'identité sexuelle de personnages efféminés reste souvent floue. Et bizarrement, l'homosexualité masculine est rarement assumée telle quelle, tandis l'homosexualité féminine est davantage tolérée...  Il faut croire que les jeux vidéo sont aussi là pour réaliser certains fantasmes masculins.

Vanessa Lalo, psychologue du numérique explique dans un reportage signé GameKult :

Les insdustriels et les éditeurs sont quand même encore frileux parce qu'ils voient bien qu'il y a des niches qui sont encore extrêmement machistes et homophobes, donc il faut bien qu'ils réussissent à répondre aux attentes de tout le monde.

Dans le même reportage, Loup Lassinat-Foubert, journaliste, explique également que si les personnages LGBT restent relativement absents, c'est finalement un peu comme toutes les autres minorités. Il y a par exemple très peu de protagonistes noirs, ou d'origine arabe, les développeurs mettant plus en avant dans les rôles principaux des hommes de type caucasien. Et mis à part le succès international de Tomb Raider, les femmes sont souvent relayées aux seconds rôles.

Pour ses spécialistes du jeu vidéo, le plus important est de laisser le choix aux gamers de pouvoir avoir des relations sexuelles ou autre en fonction de leurs préférences.

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