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Les directs de Nuit debout sur l'appli Periscope, c’est lui

Publié le

par Stéphanie Chermont

On a discuté avec Rémy Buisine, le jeune homme de 25 ans qui suit le mouvement Nuit debout depuis ses débuts et le fait partager au monde entier. 

Rémy Buisine pose devant des participants de Nuit debout, place de la République, à Paris. (Sébastien Vincent/Konbini)

Si vous n’êtes pas déjà abonné à son Periscope, vous êtes presque en train de rater votre vie (sur les réseaux sociaux). Avec cette appli de diffusion de vidéos en direct, Rémy Buisine a fait le tour des médias. Le Monde, Libération, Le Grand Journal et même la chaîne Al Jazeera. Tout le monde se l’arrache pour parler de l’application sensation, Periscope, et de ses vidéos sur #NuitDebout, suivies en cumulé par des centaines de milliers de personnes.

Tout commence le 31 mars 2016. Rémy Buisine est là, place de la République à Paris, fidèle au poste depuis le premier jour de #NuitDebout, ce grand rassemblement composé de révoltés, d’indignés ou encore de citoyens désireux de dialoguer.

"Je me rémunère avec les sourires"

Muni de son téléphone portable, un iPhone 6, et de ses écouteurs, Rémy se rend toutes les nuits sur la place depuis le jeudi 31 mars. Son but est clair : plutôt que de se montrer, il veut montrer, donner la parole aux gens qu’il croise, engranger un maximum de témoignages d’acteurs ou de spectateurs et bien sûr, être au cœur des discussions. Journaliste citoyen ? Pas vraiment, même si l’intention est similaire.

"Je ne suis pas rémunéré pour mes lives, donc pour l’instant, je me rémunère avec les sourires, les commentaires et les gentils messages des gens. Periscope, c’est un outil révolutionnaire. Des événements d’actu, culturels, sportifs, touristiques : on trouve de tout, en direct."

L’application Periscope, qui a fêté sa première année d’existence il y a deux mois, permet à tout détenteur d’un smartphone de filmer, en direct et sans filtre, ce qu’il vit, ce qu’il voit, ce qu'il veut.

Rémy Buisine en pleine action, place de la République, à Paris. (Sébastien Vincent/Konbini)

Rendue célèbre par le footballeur Serge Aurier, qui avait insulté son entraîneur sur Periscope, ou encore par François Hollande se faisant humilier lors d’une visite officielle de l’entreprise Showroom Privé, l’application devient de plus en plus incontournable dans le paysage médiatique. Elle a d'ailleurs été rachetée par Twitter en 2015, pour plusieurs dizaines de millions d'euros.

"On m’a dit que mes images étaient sur CNN, c’était beaucoup d’honneur"

Ce "periscopeur" n’a pas attendu Nuit debout pour commencer à filmer. Dès le lancement de l’application, Rémy Buisine a débuté par des lives "carte postale" : la tour Eiffel, le Trocadéro ou encore les rues parisiennes.

Et puis le 13 Novembre est arrivé. L’occasion pour lui d’aller sur les lieux des attentats, afin de rendre compte de la situation, en évitant de montrer les terrasses mais plutôt en allant chercher des témoins.

"J’habite dans le quartier touché par les attentats. L’idée, c’était de faire un Periscope qui montrait comment ça se passait sur place, l’après. Mais bon, je me souviens d’un mouvement de panique, d’avoir filmé planqué derrière une voiture et d’avoir eu peur. Ce n’était pas le moment idéal mais j’ai continué."

Il faut croire que Rémy a bien fait. Ses images, stockées dans le cloud sur le site Katch, ont été diffusées, sans qu'on lui demande l'autorisation, sur iTélé, mais surtout sur CNN, la première chaîne d’information américaine.

"On m’a dit que mes images étaient sur CNN, c’était beaucoup d’honneur. Ça me donne l’impression de filmer les choses de la bonne façon."

Ses vidéos ont été suivies ce soir-là par 150 000 personnes en cumulé, avec un pic à 40 000 internautes devant leur téléphone portable. De là, sa popularité a commencé à grimper.

Rassemblement en début de soirée pour la Nuit debout, place de la République, à Paris. (Sébastien Vincent/Konbini)

Présent à Bruxelles peu après les attentats, Rémy Buisine n’a pas hésité une seconde à sortir son iPhone. Ni pour les manifestations en marge de la COP21, fin 2015. Ni, non plus, le premier soir de Nuit debout.

De passage à Paris pour le premier anniversaire de l'application, le patron de Periscope, Kayvon Beykpour, a rencontré un petit groupe d'utilisateurs français, dont Rémy. Le jeune community manager, qui officie pour des radios comme Voltage ou radio Latina, n’a pas la grosse tête.

"Pour moi Periscope, c’est positif, je suis dans l’actu, ma passion. Mais je reste très critique envers mes vidéos, parfois je rentre le soir et je ne suis pas satisfait de ce que j’ai montré."

Son objectif est néanmoins clair, en faire son métier et devenir un vrai journaliste de profession.

Rémy Buisine prend un petit selfie avec le créateur de Periscope, Kayvon Beykpour. (© Rémy Buisine)

"Je ne vois pas de radicalisation dans Nuit debout"

Aux 385 000 spectateurs de son live de la nuit du 3 au 4 avril place de la République, Rémy Buisine a su transmettre des réactions de participants, des ambiances et des témoignages poignants, devenant le meilleur interlocuteur sur place pour les internautes. Depuis un mois, il est même devenu expert du mouvement, qui ne cesse de grandir et de faire les gros titres pour ses débordements.

Comment perçoit-il les violences qui émaillent les rassemblements depuis quelques jours ?

"Les dérives, j’ai le sentiment qu’il y en a depuis le début, à Nuit debout. Mais pas sur la place, où l’on se sent en sécurité. Plutôt en marge. C’est souvent en deuxième partie de soirée, du fait d'un petit groupe d’individus qui lance des projectiles sur les forces de l’ordre.

C’est regrettable parce que ça occulte tout ce que je peux voir au quotidien. On ne voit plus que les débordements alors que la réalité des choses est différente."

En filmant, et sans prendre ouvertement parti, Rémy Buisine est quand même devenu le témoin d’une violence émergente, soulignée par les vidéos de manifestants et policiers blessés qui circulent.

"Au départ, les forces de l’ordre étaient dépassées. Les manifs sauvages étaient nombreuses, eux pas assez. Et puis, ça s’est durci. Je trouve qu’aujourd’hui, ça va trop loin de la part de la police. On s’est pris, dans la foule, des grenades de 'désencerclement'... Des gens avaient le visage en sang."

Aujourd’hui, Rémy Buisine continue de filmer à son compte Nuit debout, mais aussi tout ce qui peut animer l’actualité, à Paris et à l’étranger. Son objectif du moment, mieux s’équiper : masque, lunettes, et même gilet par balle. Sait-on jamais.

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