AccueilÉDITO

Pour leur retour, les Guignols peinent à trouver un nouveau souffle

Publié le

par Théo Chapuis

Pour leur retour sur Canal+ hier, "Les Guignols" ont plutôt déçu. Et, au passage, ont sans doute perdu leur rôle de bouffons de la vie politique...

"Un four pas si décapant" pour Le Monde, "Retour (de bâton) pour Les Guignols" chez Next/Libération, "Finalement une bonne idée de les crypter" à L'Express... Ouch. Le retour des Guignols hier soir était si attendu qu'il devait sans doute forcément décevoir.

Pourtant, tout avait si bien commencé : de retour avec trois mois de retard, véritable arlésienne médiatique de l'été, convoquant les thèmes favoris des tragédies grecques (ô exil, ô métamorphose...), de nombreux Français ne pouvaient pas se permettre de rater le come back des marionnettes croqueuses d'actu. Aussi hier soir à 20h55 Canal+ attirait 1 464 000 téléspectateurs forcément abonnés, soit 7,5% du public.

Les curieux ont pu découvrir quelques changements par rapport à l'indécrottable plateau qui n'avait guère évolué depuis l'aube des Guignols de l'info. Comme prévu, PPD n'est plus qu'un personnage secondaire de l'émission qui commence dans une salle de rédaction dans laquelle on croise Eric Zemmour (le premier à s'exprimer dans la nouvelle mouture de l'émission), David Pujadas, Elise Lucet, Jean-Pierre Pernaut et Yann Barthès.

Puis place au JT à proprement parler, présenté par "Clément" et "Barbara", deux journalistes inconnus censés figurer – c'est très rare – des personnages non calqués sur des personnalités de la vie réelle.

Les Guignols en mode "activité normale"

Avec deux tiers de l'épisode consacré au résultat des régionales, le téléspectateur bouffera surtout du FN, retrouvera Sarkozy (ex-locataire du yacht de son ami Bolloré, qu'on disait protégé des piques des Guignols), Hollande et Bayrou pour commenter les résultats du scrutin régional et aura même droit à une intervention pas hyper marrante de Laurent "Lolo" Fabius à propos de la COP 21.

Une petite touche de sport avec Zlatan Ibrahimovic, une chute un peu à plat avec Cyril Hanouna et le premier chapitre des Guignols renés de leurs cendres s'achève, "à tchao bonsoir", comme ne le dit plus la marionnette.

Le bilan ? Mitigé. Ni le nouveau générique, ni le nouvel habillage, ni les nouvelles marionnettes ne font oublier la faible teneur en humour des gags de ce lancement. Les lourdes vannes semblent destinées avant tout à effleurer les gros traits de l'actu et les caricatures sont... encore plus caricaturales qu'avant, quitte à faire dans le recyclage intégral.

Aussi, pour son grand retour, l'émission ne réduit plus Ibrahimovic qu'à son expression "zlataner" – que Les Guignols ont usé jusqu'à la corde depuis bien des saisons déjà ; de leur côté, les journalistes de la salle de rédaction sont des imitations un peu pâlottes des gros traits qu'on leur reproche d'habitude : Zemmour tient le rôle du facho de service, Lucet ne rêve que de "se payer" Sarkozy en interview, Barthès est obsédé par le look de ses journalistes "de 17 ans", Pernaut bassine la rédac' avec les artisans régionaux. Moui.

Chercher les bouffons ailleurs

Les quatre nouveaux auteurs, Matthieu Burnel, Cédric Clémenceau, Nans Delgado et Frédéric Hazan, nous font-ils regretter les précédents ? Pas vraiment. Si on sent Les Guignols version Bolloré en plein cap vers une nouvelle génération de téléspectateurs (Hanouna, Barthès ou encore la parodie des Ch'tis versus Les Marseillais avec le FN étant tous issus de programmes davantage suivis par les jeunes), rien ne nous fait vraiment regretter la saison dernière, ni même vraiment la saison d'avant...

Si on a reconnu au mouvement #TouchePasAuxGuignols tout l'amour que portaient les Français pour les Guignols de l'info, nous aurions en fait dû l'identifier comme le besoin d'un programme télé qui moque les politiques, le système médiatique, les informations.

En l'état, cela fait bien des années que Les Guignols ne sont plus qu'une réponse désuète et un peu fadasse à cet appétit pour la satire qu'on prétend (cocorico !) si franchouillard. Aujourd'hui, les marionnettes de Canal+ échouent à incarner cette place de bouffon moqueur de seigneurs qui amuse le peuple depuis qu'il est peuple. Peut-être est-il temps de la chercher ailleurs.