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Les fillonistes veulent organiser une "marche contre le coup d'État des juges"

Publié le

par Virginie Cresci

Mercredi 1er mars, François Fillon a annoncé être convoqué chez les juges pour une probable mise en examen. Une marche pour le soutenir "contre le coup d'État des juges" pourrait avoir lieu dimanche, selon le magazine ultraconservateur Valeurs actuelles.

Dimanche après la messe, les fillonistes pourraient bien marcher pour leur idole et "contre le coup d'État des juges". En cause, la possible mise en examen de François Fillon, qui a annoncé ce mercredi midi dans une énième conférence de presse qu'il était convoqué avec sa femme le 15 mars prochain par les juges d'instruction dans l'affaire des emplois présumés fictifs de sa famille. Après avoir annoncé qu'il maintenait sa candidature, l'ex-Premier ministre s'est prostré dans la position victimaire de l'homme qu'on veut abattre, dénonçant un "assassinat politique".

"La riposte du peuple de droite"

L'information vient du magazine Valeurs actuelles, qui titre : "La riposte du peuple de droite est lancée." Attention devant. Selon l'hebdomadaire, très marqué à droite, Patrick Stefanini, le directeur de campagne de François Fillon, a déposé cet après-midi une demande à la préfecture de police de Paris pour l'organisation d'une marche au Trocadéro ce dimanche 5 mars "contre le coup d'État des juges". Rien d'officiel cependant, la préfecture de police de Paris nous disant n'avoir "pour l'instant" rien reçu.

Mais d'après le magazine ultraconservateur, ce sont carrément "des centaines de milliers de personnes" qui sont attendues dimanche sur la place du Trocadéro. Valeurs actuelles, qui le 16 février dernier consacrait sa "une" au "complot anti-Fillon", nous apprend que l'objectif de cette marche est "de protester contre le coup d'État des juges, qui confisquent l'élection présidentielle en orchestrant une traque anti-Fillon". 

"Le coup d'État des juges" quèsaco ?

Mais qu'est-ce que "le coup d'État des juges" ? Une idée selon laquelle les juges d'instruction (avec l'aide de la presse) mettraient les grands patrons, les ministres et les maires en prison sans aucune raison. C'est Éric Zemmour qui a popularisé cette expression, avec son livre paru en 1997, intitulé Le Coup d'État des juges.

Dans une réflexion alambiquée, l'essayiste de droite expliquait qu'"au nom de la loi", les juges contourneraient la loi, et qu'"au nom du droit", ils donneraient de "confuses leçons de morales". La quatrième de couverture est explicite :

"Éric Zemmour a entrepris une enquête fondée sur l'idée que les juges nous préparent un avenir où la démocratie sera remplacée par l'éthique et le suffrage universel par le droit. De l'intimidation menottes aux mains à la libre interprétation des lois, on assiste à toutes les dérives... À quand le coup d'État des juges ?"

Nous y voilà, dix ans plus tard, "le coup d'État des juges" tant rêvé par la droite aura peut-être enfin lieu. L'occasion de dénoncer le fameux complot "pouvoir, justice, médias", dont nous parlait Valeurs actuelles, qui œuvre dans l'ombre pour abattre le candidat Fillon.

Fillon,"un justiciable comme les autres" ?

François Fillon s'est plaint lors de sa conférence de presse de ne pas être traité "comme un justiciable comme les autres", accusant la justice de le convoquer à deux jours de la clôture des candidatures à la présidentielle le 17 mars. Notons que vendredi 24 février, le parquet national financier (PNF) a annoncé que trois juges d'instructions allaient enquêter sur l'affaire des emplois fictifs de la famille Fillon, dans le cadre d'une information judiciaire pour "détournement de fonds publics, abus de biens sociaux, complicité et recel, ainsi que trafic d'influence et manquement aux obligations déclaratives".

Le candidat de droite a accusé les juges de "ne pas avoir pris connaissance du dossier" et de se baser sur "un simple rapport de police manifestement à charge". Jeudi 23 février, les premiers résultats de l'enquête préliminaire avaient été remis au PNF. Le procureur de la République financier avait affirmé que "les nombreux éléments déjà recueillis ne permettent pas d'envisager, en l'état, un classement sans suite de la procédure".

En somme, les preuves dont François Fillon a besoin semblent manquer. Même si ce dernier a affirmé qu'il "ne reconnaissait pas les faits", le procureur a lui annoncé que les investigations allaient se poursuivre "dans le strict respect des règles", ajoutant que "la seule mission du PNF est d'appliquer la loi, fondement du pacte démocratique."

François Hollande prend la défense des juges

François Hollande a réagi cet après-midi en tant que "garant de l'indépendance de l'autorité judiciaire". "Je tiens à m’élever solennellement contre toute mise en cause des magistrats dans les enquêtes et les instructions qu’ils mènent dans le respect de l’État de droit", a-t-il affirmé, ajoutant :

"Une candidature à l’élection présidentielle n’autorise pas à jeter la suspicion sur le travail des policiers et des juges, à créer un climat de défiance incompatible avec l’esprit de responsabilité et, pire encore, à lancer des accusations extrêmement graves contre la justice et plus largement nos institutions."

Pour ceux qui voudraient néanmoins aller marcher à Paris dimanche contre ce fameux "coup d'État des juges", Météo France annonce de la pluie toute la journée.

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