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Les Aborigènes répliquent à un dessin raciste avec le superbe hashtag #IndigenousDad

Publié le

par Théo Chapuis

Piqués au vif par une caricature parue dans le journal The Australian, les Aborigènes d'Australie répliquent à la perfection derrière le hashtag #IndigenousDad sur Twitter.

<em>"Vous devriez vous asseoir et parler à votre fils de ses responsabilités"</em>, dit l'agent de police. Ce à quoi le père répond <em>"Ouais, ouais, euh, c'est quoi son nom déjà ?"</em> (© The Australian/Bill Leak)

Une fois n'est pas coutume, la polémique provient d'un dessin de presse. The Australian, journal conservateur australien, aurait pu éviter de publier ce cartoon – paru le 4 août, jour des enfants aborigènes en Australie. Sur ce dessin signé Bill Leak, un agent de police ramène un jeune Aborigène, qui a apparemment quelque chose à se reprocher, à son père. Nu-pieds, une cannette de bière à la main et visiblement peu concerné, le père se demande : "C'est quoi son nom au fait ?"

Jugée "raciste" par les Aborigènes et la classe politique australienne, cette représentation du peuple natif d'Australie a valu de nombreuses critiques au journal. D'après la BBC, une association de défense des Aborigènes a estimé que le dessin était "dégoûtant, irrespectueux et blessant". L'ONG a ajouté : "Les personnes impliquées dans la parution d'un cartoon aussi raciste devraient avoir honte et publier des excuses publiques envers tous les Australiens."

Il y a jusqu'au Premier ministre australien, Malcolm Turnbull, à s'être exprimé sur le sujet, s'estimant "choqué et consterné".

#IndigenousDad

Paresse, alcoolisme, désintérêt pour ses enfants... Ce dessin est accusé d'entretenir de bien piètres stéréotypes sur les Aborigènes. Il semble que son auteur souhaitait rebondir sur les propos du leader aborigène Noel Pearson. Ce dernier s'exprimait sur les ondes d'ABC pour dénoncer "l'indignation sélective" qui a suivi la révélation de conditions de détention choquantes montrées dans un documentaire diffusé fin juillet (Konbini vous en parlait juste ici).

Nombre d'Aborigènes ont souhaité faire entendre leur désaccord et ont partagé leur indignation sur Twitter grâce au hashtag #IndigenousDad.

La plupart d'entre eux partagent des clichés de famille aux côtés d'une belle anecdote, afin de montrer qu'ils n'ont rien à voir avec le stéréotype lourdaud dans lequel le cartoon de Bill Leak entend les cloîtrer : l'aborigène bourré qui fait des enfants pour toucher les allocs.

"Me voilà avec mon plus jeune garçon... et un poisson. Ce n'est pas une cannette de bière ! Tu ne peux pas me stéréotyper !"

"Voilà mon père indigène... Et non, ce n'est pas une bière dans sa main, mais une récompense des Helpmann [cérémonie de récompense des secteurs artistiques en Australie, ndlr]."

"Lorsque j'ai été diplômée de l'université, mon père était à mes côtés, comme toujours."

"Voilà mon père, Jack. Je suis si chanceuse d'avoir un papa aussi génial, qui m'aime et qui est là à chaque moment de ma vie."

"Pendant des jours je me suis senti meurtri par le coup de poing sous la ceinture du racisme. Mais la nuit dernière et ce matin, [le hashtag] #IndigenousDads a changé ça. L'amour, ça marche à tous les coups."

"Élevons de fiers enfants aborigènes."

"Je ne bois pas de bière et je connais le nom de chacun de mes enfants. Ce 'cartoon' parle de moi autrement."

"Mon papa a servi son pays et nous a témoigné un amour inconditionnel."

"Mon père est beaucoup trop cool !"

"Je suis fier d'être son père et fier d'être un Aborigène. Notre culture est notre force."

"Questions fondamentales"

Détenu par la News Corporation du magnat de la presse Rupert Murdoch, The Australian est connu pour ses opinions régulièrement droitières. Face à la polémique suscitée, le journal soutient le cartoon et son dessinateur, Bill Leak. "La perspicacité des dessins de Bill Leak force les lecteurs à examiner certaines questions fondamentales de notre société, là où le reportage et l'analyse échouent parfois", a plaidé Paul Whittaker, rédacteur en chef du quotidien.

D'après Le Monde, les Aborigènes constituent 3 % de la population australienne, mais ils représentent plus de la moitié des détenus de moins de 17 ans.

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