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Le Liban a accueilli la première Gay Pride du monde arabe ce dimanche

Publié le

par Mélissa Perraudeau

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Pour la première fois au Liban et dans le monde arabe, une Gay Pride a eu lieu ce dimanche 21 mai. Malgré le conservatisme du pays, elle n’en constitue pas moins une belle avancée encourageante pour la communauté LGBT.

Proud Lebanon

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Ce dimanche, après une semaine de festivités, le Liban a eu sa première Gay Pride, qui était également la première du monde arabe. Elle s’est tenue à Batroun, dans le nord du pays, et a clôturé une série d’événements, de célébrations et de débats, dans les bars et boîtes de nuit de la ville. Si elle constitue une belle avancée, elle montre aussi qu’il y a encore du chemin à faire en matière de droits pour la communauté LGBT. Au lieu d’une parade, les militants de la plateforme Beirut Pride ont en effet dû organiser un déjeuner dans un restaurant.

Comme le rapporte LCI, Léa, une participante, a expliqué à l’AFP : "Nous n’avons pas pu organiser une marche comme une vraie parade, car les autorités ne nous auraient pas laissés." D’où le choix d’un restaurant discret : "C’est un lieu privé où personne ne peut nous déranger. […] Nous pouvons clôturer la Pride sans préjudice, sans pression, sans menaces."

Un pays qui reste conservateur

Car même si le Liban se montre avant-gardiste avec cet événement, il n’en reste pas moins très conservateur. Le pays considère en effet toujours l’homosexualité comme un délit : Libération rapporte que l’article 534 du Code pénal prévoit une condamnation d’un mois à un an de prison ferme ainsi qu’une amende en cas de "relations sexuelles contre-nature".

Le conservatisme religieux du pays limite également les manifestations. Le week-end du 13 avril dernier, un colloque organisé à Beyrouth par l’ONG Proud Lebanon ("Liban fier") a par exemple été annulé. Les pressions des théologiens musulmans menaçant de manifester devant l’hôtel où les débats devaient se dérouler étaient trop fortes.

Des avancées encourageantes pour les LGBT

Mais les organisateurs de la première Gay Pride libanaise veulent souligner les avancées en matière de droits LGBT, et ont d’ailleurs expliqué à CNN que le but de l’événement était avant tout de "banaliser" l’existence de la communauté LGBT, pour aider à "transcender les étiquettes" aliénant certains individus aux identités sexuelles non-hétérosexuelles. Hadi Damien, organisateur de la journée, a ainsi raconté qu’il faisait suite à plusieurs années de travail en secret, avec des rendez-vous clandestins ou en ligne : "C’est une initiative qui vient dénoncer — de façon complètement pacifique — toutes les formes de haine et de discrimination, et nous travaillons plus spécifiquement sur l’identité sexuelle."

La Gay Pride s’inscrit ainsi dans un combat plus large visant à combattre la haine et réconcilier les communautés. Un travail qui porte ses fruits depuis quelques années : Libération rapporte que le pays a accepté qu’une association gay, Helem, se crée en 2004, et publie un magazine trimestriel. Depuis 2009, une dizaine de juges refusent en outre de criminaliser l’orientation sexuelle, et le changement de sexe d’un homme trans a été légalisé en janvier.

Puis, il y a une dizaine de jours, la plus vieille et plus grande chaîne de restaurants du Liban a diffusé sa dernière publicité en ligne et à la télévision. Elle y mettait un couple de femmes en scène, pour la première fois dans l’histoire du pays. La responsable de la communication de la chaîne a expliqué à CNN vouloir "inclure les personnes que nous voyons partout autour de nous".

À la lumière de ces progrès, la Gay Pride a constitué pour Hadi Damien "une avancée significative dont [ils sont] fiers". Il la voit comme "un signe encourageant pour la promotion de la dignité humaine et la dénonciation de la violence basée sur la diversité du sexe et du genre".

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