Le Grand Journal, bientôt la fin ?

Audiences en chute libre, présentateur dépassé, concurrence plus agressive, absence de têtes d'affiche... Le navire du Grand Journal est au bord du naufrage. Vit-il l'une de ses dernières saisons ?

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Le Grand Journal d'Antoine de Caunes lâche de plus en plus d'audience à ses concurrents.

Le Grand Journal vit actuellement des heures difficiles. Diffusée en access-prime-time, une tranche horaire déterminante en termes d'audiences et qui fait l'objet d'une rude concurrence, l'émission phare de Canal + peine à garder son public, et rame un peu plus lorsqu'il s'agit d'en attirer un nouveau.

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Le départ de Michel Denisot remplacé par Antoine de Caunes dans le renouvellement d'un programme qui avait le vent en poupe a mis un coup de frein au Grand Journal. Depuis le début de la saison, l'émission enregistre des résultats décevants, perdant au passage son monopole de l'audience face à une concurrence de plus en plus féroce.

Et plus les contre-performances s'enchaînent, plus le programme devient un problème pour Canal +, déjà mis à mal par beIN au niveau du sport et qui redoute l'arrivée de Netflix côté cinéma. Voici les facteurs du déclin de l'émission, longtemps considérée comme incontournable.

Des audiences en berne

Le Grand Journal n'attire plus les spectateurs dans une tranche horaire où la concurrence se bouscule pour faire un maximum d'audience. Pire, il perd ses fidèles. En résultent des chiffres en nette baisse.

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La semaine dernière, du 24 au 29 novembre 2014, l'émission de Canal + a enregistré l'un de ses plus faibles scores depuis sa création en 2004 : avec 1,1 à 1,3 millions de téléspectateurs, le programme a rarement connu des audiences aussi négatives, comme le rapporte Le Parisien.

À titre de comparaison : l'année dernière en 2013, à la même période, l'émission attirait entre 1,7 et 1,8 millions de téléspectateurs, quand elle en rassemblait entre 1,8 et 1,9 millions en une semaine en 2012. Des chiffres du passé qui contrastent fortement avec ceux d'aujourd'hui. En 2013, Le Grand Journal réalisait entre 7 et 8% de part de marché contre 5,3% jeudi dernier.

Une forte concurrence

Le Grand Journal est donc sur la pente descendante. Une pente qui devient encore plus raide sous le poids d'une concurrence accrue depuis l'arrivée de la TNT et de plusieurs chaînes misant sur le genre magazine. La télé de 2014 n'est pas celle de 2004, où à l'époque les concurrents du Grand Journal s'appelaient À prendre ou à laisser (TF1), Mysterious Ways (M6) et On a tout essayé (France 2).

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Une émissions comme Touche pas à mon poste passe régulièrement devant LGJ en termes d'audience, quand C à vous sur France 5 suit de près l'émission de Canal voire la dépasse parfois.

Mardi dernier, Le Grand Journal s'est fait détrôner par l'émission animée par Cyril Hanouna sur D8, qui a attiré 1 636 000 téléspectateurs. Le succès de Touche pas à mon poste, dont les audiences connaissent une croissance exponentielle, est un réel frein pour l'émission d'Antoine de Caunes.

Les principales raisons du succès de TPMP face au Grand Journal : son animateur ainsi que les sujets abordés. Quand Le Grand Journal parle politique ou culture à demie-mesure, Hanouna – qui porte à lui seul l'émission – et son équipe abordent des sujets plus ouverts sur fond de programme télé et happenings variés, de manière à toucher un public plus large.

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C à vous pose également quelques problèmes à Canal. Le même jour où LGJ a laissé sa première place à TPMP, l'émission animée par Anne-Sophie Lapix sur France 5 grappillait quant à elle un peu de terrain sur celle de de Caunes, enregistrant 1,05 millions de téléspectateurs. La clé du succès de C à vous : des invités prestigieux, que Le Grand Journal n'a plus (ou presque).

Actualité, bonne humeur et célébrités... soit des éléments de l'ADN du Grand Journal, sur lesquels la concurrence mise également, et souvent d'une meilleure manière.

Les stars ne s'y bousculent plus

Sous Michel Denisot, le qualificatif de talk-show pour Le Grand Journal prenait tout son sens, avec des sujets discutés sans langue de bois, et surtout la présence d'invités de marque, provenant d'univers différents, de la politique à la musique en passant par le cinéma.

Aujourd'hui, avec Antoine de Caunes aux commandes, tout s'enchaîne beaucoup plus vite, avec des invités qui ne sont que de passage, le temps d'une courte promo parfaitement millimétrée. Ou comment donner un rythme concis avec une construction très séquencée à une émission censée tenir le téléspectateur en haleine.

À titre de comparaison, l'émission C à vous mise justement sur la présence d'invités de marque pour attirer de l'audience, comme le 31 octobre dernier en recevant sur son plateau Lady Gaga. Le Parisien rappelle également que "le jour de la rentrée des classes, ce n'est pas Canal qui accueillait la ministre de l'Éducation, mais C à vous".

Un présentateur dépassé

Antoine de Caunes est moins bien entouré que Denisot ne l'était. Un esprit de bande qui manque à Canal, et qui laisse au nouveau présentateur une (trop) grosse pression sur les épaules.

En plus de devoir renouveler l'émission et lui insuffler un nouvel élan, l'ancien agitateur de Nulle part ailleurs, qui connaît très bien la maison Canal pour avoir contribué à ses plus belles heures, doit composer avec une nouvelle formule plus légère et, comme nous le notions précédemment, très séquencée.

En résultaient des chroniques parfois survolées. Le 29 août, la chroniqueuse Mathilde Serrell déclarait à propos du site de streaming Twitch :

Pour commencer, une addiction. On connaissait l’addiction aux jeux vidéo. Maintenant, il y a une addiction aux vidéos de gens qui jouent aux jeux vidéo. Ça s’appelle Twitch. C’est presque un sous-genre comique.

Antoines de Caunes avait dû, par la suite, s'excuser.

Le format de l'émission ne correspond pas au présentateur, qui a besoin de place et de liberté pour exprimer tous les talents dont il a pu faire étalage par le passé sur la chaîne cryptée. À ce sujet, Philippe Gildas a confié lors d'une interview accordée à Ouest France ses craintes quant à la situation de son ancien complice dans Nulle part ailleurs :

Il y a trois grandes séquences dans l'émission, avec le zapping, les Guignols, la météo, et cela laisse peu de place à quelqu'un d'aussi inventif qu'Antoine, que je plains certains jours de se retrouver dans cette situation-là.

Antoine de Caunes est plus un showman qu'un présentateur vedette. Recevoir un invité, le cuisiner, il sait moins y faire, se rangeant souvent derrière des sujets moins polémiques au détriment du spectacle et du non-conventionnel, malgré quelques tentatives.

Un concept vieillissant

Le Grand Journal est de moins en moins adapté à la demande du téléspectateur. L'émission a 11 ans, et peine à se renouveler face à d'autres dont la jeunesse fait la vigueur. Autrefois proposant du contenu inédit, du débat, des découvertes, LGJ accueille aujourd'hui des invités moins intéressants ou qui ne peuvent s'exprimer que pendant une poignée de minutes et répondre à des questions de façon furtive, tellement le rythme de l'émission s'est accéléré.

L'état de santé du Grand Journal laisse entrevoir une possible euthanasie de l'émission. Un abandon qui serait synonyme d'échec pour de Caunes, qui n'aura pas réussi à renouveler le concept d'un programme aussi vieillissant que Miss Météo, qui ne captive plus l'attention des téléspectateurs – et encore moins depuis le départ de Doria Tillier.

Le Petit Journal, qui prend de plus en plus de place jusqu'à empiéter sur la réputation de son aîné, pourrait être diffusé, à la place du Grand, en access-prime-time. C'est ce qu'a demandé Laurent Bon, le producteur de l'émission de Yann Barthès. Pour le moment, et selon Le Parisien, sa demande a été refusée, alors que les producteurs se font de plus en plus nombreux à la porte de Canal pour proposer un successeur à l'émission dont l'âge d'or paraît bel et bien révolu.

Le Grand Journal, l'émission phare de Canal, semble s'éteindre peu à peu.

Par Rachid Majdoub, publié le 01/12/2014

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