Comment le changement climatique affecte le comportement sexuel des espèces animales

Plusieurs études faites sur le monde animal et végétal montrent déjà les effets du changement climatique sur la vie sexuelle, les modes de séduction, la fertilité, ou encore la reproduction des espèces. Les prémices de changements bientôt observables chez l’homme ?

Nous savons que le changement climatique a une incidence sur la hausse des températures ou du niveau de la mer par exemple. Mais celui-ci peut aussi avoir des effets inattendus sur le sexe. C’est en tout cas ce que décèlent déjà plusieurs études rassemblées dans un article de la BBC, qui notent des changements de comportement, de séduction, de fréquence des rapports ou encore la perturbation des naissances, chez les plantes, les insectes, les oiseaux, les reptiles et les mammifères, mais aussi chez l’homme.

La perturbation du ratio mâle-femelle

Si chez les humains et un large panel d’animaux, le genre est déterminé génétiquement, chez beaucoup de reptiles et quelques poissons, c’est la différence de température lors de l’incubation des œufs qui fait éclore une progéniture mâle ou femelle. Ce qui signifie que le réchauffement climatique pourrait déséquilibrer le ratio des sexes au sein de certaines espèces, et donc, à terme, compliquer leur reproduction.

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Chez les tortues par exemple, une différence de quelques degrés engendre variablement des mâles (si les œufs sont plus froids) ou des femelles (si les œufs sont plus chauds). Une incubation au-dessus de 29 degrés devrait ainsi faire croître le nombre d’œufs femelles au détriment des mâles. Ainsi, d’ici 2030, le pourcentage de mâles chez les tortues vertes devrait chuter à 2,4 %.

Néanmoins, la nature est intelligente et les animaux et les plantes peuvent faire preuve de flexibilité face au changement climatique. Par exemple en adaptant leur période de migration, de floraison et de reproduction. Une étude de 2002 a notamment démontré que 385 espèces de plantes britanniques fleurissaient avec 4,5 jours d’avance par rapport à 1990.

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La perturbation des règles de séduction

Dans le règne animal, une partie du jeu de séduction passe (comme chez nous d’ailleurs) par le physique. Les ornements, l’allure, les danses, ou les chants servent aux animaux à se faire la cour. Or, ces attributs sont souvent liés à l’environnement dans lequel ils vivent. Par exemple, les femelles oiseaux sont attirées par les couleurs vives des plumes des mâles, un coloris qui trouve son origine dans leur alimentation.

"Quand une femelle aperçoit un mâle au plumage vif, elle y voit indirectement un partenaire potentiel capable de trouver assez de nourriture, non seulement pour survivre, mais aussi pour préserver son apparence" explique Carlos Botero, de l’Université de Washington à Saint-Louis, pour la BBC.

D’ailleurs, une étude publiée en janvier 2017 rapporte que le changement climatique a eu des conséquences sur le potentiel de séduction des oiseaux gobe-mouches. Avant, les mâles dotés des plus grosses taches blanches sur la tête attiraient plus de femelles. Mais l’étude, menée sur 34 ans, a montré que la hausse des températures moyennes de 1,5 degré au printemps avait complètement inversé ce schéma.

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En effet, à cause de la hausse des températures, les mâles avec de larges taches blanches, qui auparavant détenaient le taux de survie le plus élevé, enregistrent désormais le taux de survie le plus faible. Leur ornement perd donc de sa signification pour les femelles qui, par conséquent, leur préfèrent les mâles avec de plus petites tâches. Comme quoi, la roue tourne les gars !

La perturbation de la fidélité

Un environnement stable conduirait à plus de fidélité et inversement, des perturbations climatiques auraient une incidence sur la monogamie. C’est l’une des conclusions tirées par Carlos Botero dans une étude menée en 2012 sur 122 espèces d’oiseaux. Ses résultats montrent que dans un environnement sujet à des changements brusques et fréquents, les femelles d’ordinaire monogames avaient tendance à s’accoupler avec plus de partenaires.

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Des "relations libres" qui deviendraient de plus en plus fréquentes à mesure que les cycles climatiques deviennent de plus en plus variables. Par ailleurs, les femelles oiseaux auraient de plus en plus tendance à mettre un terme à des "relations" qui ne leur correspondent plus. Ces "divorces" et ces "aventures" chez les oiseaux pourraient devenir de plus en plus banales du fait de l’imprédictibilité du climat.

Une attitude qui s’observe aussi chez certains mammifères comme les marmottes. Une étude de 2016 observait qu’entre 1992 et 2013 les relations polygames chez ces rongeurs étaient plus fréquentes à mesure que le printemps arrive plus tôt, que l’hiver dure plus longtemps et que les chutes de neige hivernales augmentent, en modifiant leurs habitudes d’hibernation. Pour les observateurs, le climat influence l’accouplement des mammifères en contraignant leurs ressources, leurs mouvements et en modifiant les facteurs qui permettent aux animaux de rencontrer un partenaire sexuel.

Et les hommes dans tout ça ?

Si le climat semble avoir une incidence avérée – bien qu’encore faible – sur le monde animal et végétal, qu’en est-il de nous ? Il s’avère que nous n’en serions pas complètement exempts. Quelques recherches menées sur le sujet donnent à voir une incidence du réchauffement climatique sur nos vies sexuelles.

En 2015, un article du Bureau national de recherche économique a trouvé une corrélation entre des températures élevées et une baisse du taux de natalité aux États-Unis. Les chercheurs ont observé qu’une seule journée chaude durant laquelle les températures ont dépassé 26 degrés a conduit à réduire neuf mois plus tard le taux de naissances de 0,4 %. Les scientifiques ne sont en revanche pas certains que cette petite chute des naissances soit due à une réduction des rapports sexuels en cas de forte chaleur ou à une baisse de la fertilité due à la hausse des températures.

En 2016, en étude japonaise a trouvé quant à elle une corrélation entre des températures extrêmes (tant chaudes que froides) avec l’augmentation de fausses couches impliquant des embryons de sexe masculin. Avec pour conséquence d’augmenter le ratio de nouveau-nés de sexe féminin. Dans la mesure où le changement climatique devrait conduire à l’augmentation de phénomènes météorologiques extrêmes, la fertilité humaine pourrait donc en pâtir.

Si le Bureau national de recherche économique citait dans ses solutions le recours à l’air conditionné, on pourrait rétorquer que si cela implique d’utiliser toujours plus d’énergie et d'accroître l’effet de serre, cela contribuera davantage encore au réchauffement de la planète. Et donc d’aggraver le problème sur le long terme au lieu de le résoudre.

Par Jeanne Pouget, publié le 14/08/2017

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