Le 9 novembre 2016, jour où la pop culture a été impuissante

Le jour de l'élection de Donald Trump a non seulement marqué la défaite du camp démocrate mais aussi celle de la pop culture américaine.

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Hillary Clinton entourée du couple Beyoncé - Jay Z dans la dernière ligne droite des élections présidentielles américaines

Ils étaient tous derrière Hillary Clinton, jusqu'à la dernière ligne droite, qui s'est révélée être un mur. Ils pèsent, cumulés, plusieurs milliards de dollars. Ont des maisons immenses sur les hauteurs de Hollywood, dans les beaux quartiers de New York, et entretiennent des relations avec les puissants du monde, des entrepreneurs dans le vent, des grandes marques, des membres de la Silicon Valley ou des grandes figures des médias.

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Eux, ce sont les Jay Z, Beyoncé, Taylor Swift, Bruce Springsteen et Bon Jovi. Tous ont soutenu Hillary Clinton. Tous font partie du cercle restreint des artistes les plus influents de ces dernières années aux États-Unis. Dans les charts comme dans la rue ou les voitures, ils sont écoutés, respectés pour leur carrière musicale ou la manière dont ils ont réussi à devenir des icônes de la pop culture.

"Pop culture". Une expression terriblement vague qui renvoie chaque individu à une somme de références culturelles glanées au fil des années, ayant la capacité à mélanger à la fois du Mozart avec du Kanye West, du Il était une fois en Amérique avec le dernier Avengers de Marvel. Une somme d'opinions et de références culturelles qui nous sont propres et qu'on aime bien englober dans un pot de confiture appelé "pop culture", sans hiérarchie particulière. Et c'est ce qui fait tout son attrait : le mélange des genres à travers des sous-cultures qui ne sont plus, aidé par des barrières qui ont explosé.

Le parti démocrate façon pop culture

Dans le cadre de cette campagne électorale américaine, comme à chaque fois, le camp démocrate a été soutenu par une pléiade de personnalités provenant de l'industrie musicale et du milieu artistique, d'Hollywood comme du monde des séries.

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On trouvait ainsi, derrière Hillary Clinton, les fameux : Morgan Freeman, Pharrell Williams, Eva Longoria, Kim Kardashian, Lena Dunham, Katy Perry, Robert de Niro, Snoop Dog, Woody Allen, Justin Timberlake, Amy Schumer, Julia Roberts.

Chacun, à sa manière, a fait la publicité de la candidate démocrate. Une invitation sur la scène du couple Jay Z/Beyoncé lors d'un concert à Cleveland, une interview coup-de-poing pour l'acteur Robert de Niro, un rap façon CollegeHumor de la New Yorkaise et créatrice de la série Girls, Lena Dunham.

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Le problème ? L'establishment de la pop culture, incarné par des Jay Z, Beyoncé ou Bon Jovi n'incarne en rien la base populaire de l'électorat américain, celle qui, finalement, a pris la direction des urnes, comme l'indique précisément ces données à la sortie des urnes relayées par le New York Times. Queen B, par exemple ? C'est 250 millions de dollars de recettes lors de sa dernière tournée, Formation Tour.

Même si les origines sociales et culturelles de certaines de ces stars sont modestes – on pense à Jay Z, enfant du Brooklyn des années 1970, leur parole ne résonne plus. Oui, ils ont réussi. Oui, ils représentent le rêve américain, et, à la manière d'un Donald Trump, sont l'incarnation du succès et de ces fameux self made man qu'on aime tant décrire.

Mais, problème, les voilà qui se tiennent au côté d'une candidate dans la pure tradition des élections américaines, une candidate au politiquement correct attendu, sans le charisme et le cool d'un Barack Obama.

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Car à la différence du dernier président qui pouvait tranquillement citer Kendrick Lamar, traiter Kanye West de "jackass", faire chanter Beyoncé lors de son investiture ou ramener Frank Ocean à la maison, en phase avec une communication et un travail de son image parfaitement maîtrisé, Hillary Clinton est passée pour une opportuniste d'une pop culture qui, après 8 années de bons et loyaux services aux côtés de Barack Obama, fait désormais partie des meubles.

En somme, tout ce qu'a touché du doigt Barack Obama lors de ses deux mandats en termes de culture ou de média est devenu l'élite. Une élite qui a ses entrées au centre du pouvoir politique, un establishment intellectuel et culturel loin des préoccupations de la base populaire de l'électorat américain. À l'autre bout du réfectoire, mangeant tout seul, Donald Trump. C'est le message qu'il martèle depuis le début de sa campagne : "L'élite, l'élite, l'élite."

Si le candidat républicain a eu sa période "cool" au cours des années 2000, s'invitant même à la "National Shady Convention" d'Eminem, il entend représenter, l'anti-establishment politique, économique, intellectuel, médiatique et, c'est ce qui nous intéresse, culturel qui domine les États-Unis.

En ne se pavanant pas avec la crème des personnalités musicales ou cinématographiques les plus en vue du pays, en critiquant plus les personnes en charge du pouvoir plutôt que le système politique, en ne brossant pas les médias dans le sens du poil ("Je ne suis pas en compétition avec Hillary Clinton, mais avec les médias corrompus", a-t-il déclaré) à travers des propositions scandaleuses (il s'en est même pris à Fox News, sacro-sainte chaîne pro-conservatrice), Donald Trump est devenu l'incarnation du candidat populiste dont la cible représente 8 années de culture Obama.

Il était presque ainsi logique qu'il ne se soit pas affiché aux côtés de personnalités provenant du sérail pop culture. Seuls Dennis Rodman, Kid Rock, Azealia Banks et Chuck Norris ont bien voulu le soutenir. Des personnalités peu influentes au regard d'un couple comme Jay Z et Beyoncé qui pèse des milliard de dollars, font des campagnes pour des géants comme H&M ou Samsung.

Mais ce 9 novembre, les représentants les plus influents de la pop culture n'étaient plus rien face à un seul homme qui aura à la fois mis une claque aux démocrates et remodelé le parti républicain ainsi que ses idéaux, six ans après l'émergence du Tea Party.

Par Louis Lepron, publié le 14/11/2016

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