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L’Azerbaïdjan perd son procès contre les journalistes de Cash Investigation

Publié le

par Astrid Van Laer

Le procès qui opposait les journalistes de Cash Investigation Élise Lucet et Laurent Richard à la République d’Azerbaïdjan s’est clos mardi 7 novembre. Le tribunal a jugé que la plainte de l’État azerbaïdjanais pour "diffamation", parce que les journalistes avaient qualifié le pays de "dictature", était irrecevable.

Mardi 7 novembre, le tribunal correctionnel de Nanterre a jugé que la procédure intentée par la République d’Azerbaïdjan à l’encontre des journalistes de l’émission Cash Investigation, Laurent Richard et Élise Lucet, était irrecevable.

En septembre dernier, l’Azerbaïdjan attaquait en diffamation France 2 à propos de Mon président est en voyage d’affaires, un reportage diffusé par la chaîne du service public en septembre 2015. L’enquête concernait les droits humains dans ce pays – qui, on le rappelle, a été placé en 162e position du classement de Reporters sans frontières sur la liberté de la presse en 2017.

La plainte déposée pour "diffamation" par l’État azerbaïdjanais se fondait sur l’utilisation de l’expression de "dictature parmi les plus féroces du monde" pour qualifier le pays dirigé par Ilham Aliyev, qui avait succédé à son père en 2003. L’Azerbaïdjan, qui demandait un euro symbolique en guise de réparation du préjudice subi, a d’ores et déjà annoncé avoir décidé de faire appel du verdict.

"La liberté de la presse a gagné aujourd’hui"

Le tribunal correctionnel de Nanterre, qui était chargé de rendre son verdict, a donc jugé que "la plainte avec constitution de partie civile de l’État d’Azerbaïdjan était irrecevable", plus en raison de la démarche procédurière que sur le fond de l’expression "dictature", arguant :

"La loi sur la presse a été mise en place pour éviter toute censure politique. Donc elle ne peut permettre à un État d’agir sur son fondement pour censurer un citoyen et, a fortiori, un journaliste."

L’ONG chargée de défendre la liberté des journalistes, Reporters sans frontières, a réagi en déclarant : "Nous sommes extrêmement soulagés que le tribunal n’ait pas laissé l’Azerbaïdjan exporter la censure en France. Les États ne peuvent pas attaquer en justice pour diffamation."

De son côté, Élise Lucet a simplement qualifié le verdict de "victoire". Quant à son collègue Laurent Richard, il s’est réjoui en expliquant :

"C’est officiel : l’Azerbaïdjan peut être appelé 'dictature' et ne peut pas exporter sa censure à l’étranger. La liberté de la presse a gagné aujourd’hui."

À voir -> Vidéo : Behind the News avec Élise Lucet

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