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La sixième extinction de masse des animaux est encore plus grave que prévu

Publié le

par Jeanne Pouget

(©Thundafunda/Flickr)

Dans une nouvelle étude alarmante, des scientifiques concluent que le déclin des populations animales sur notre planète est bien plus catastrophique que prévu.

Les grands félins, à l’instar de ce léopard, font partie des espèces les plus menacées. (© Thundafunda/Flickr/CC)

La sixième extinction de masse est la disparition record des espèces vivant sur Terre (multipliée par 100 depuis le début du siècle dernier), soit la pire catastrophe depuis l’extinction des dinosaures, il y a 65 millions d’années. Les mêmes scientifiques qui tiraient la sonnette d’alarme il y a deux ans viennent de publier une nouvelle étude, dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), relayée par Le Monde, dans laquelle ils concluent à un "anéantissement biologique" bien plus grave que prévu.

Les chercheurs s’appuient sur un corpus de données beaucoup plus vaste que celui de la dernière étude en date menée par le WWF (27 600 espèces examinées contre 3 700), ainsi que sur une analyse géographique. Ils ont ainsi quantifié le déclin des animaux vertébrés non pas en nombre d’espèces mais en nombre de populations, c’est-à-dire les groupes d’animaux présents sur un territoire.

50 % d’animaux en moins en 40 ans

Au total, plus de 50 % des vertébrés ont disparu depuis quarante ans, estiment les scientifiques. En se focalisant sur 177 espèces de mammifères, les auteurs ont constaté que les groupes d’animaux avaient perdu au moins 30 % de leur étendue géographique et que près de 40 % en avaient perdu 80 % entre 1900 et 2015. Ils en concluent que les espèces de vertébrés reculent de manière massive sur Terre, à la fois en nombre d’animaux et en étendue. Et ce à travers le monde entier, avec des conséquences "catastrophiques" pour les écosystèmes.

Par exemple, en 2016 la planète ne comptait que 7 000 guépards et 35 000 lions africains (− 43 % depuis 1993). Les populations d’orangs-outans de Bornéo ont chuté de 25 % en dix ans (80 000 individus), et celles des girafes sont passées de 115 000 spécimens en 1985 à 97 000 en 2015. Et ce n’est que pour citer les espèces les plus emblématiques…

"La réelle ampleur de l’extinction de masse qui touche la faune a été sous-estimée : elle est catastrophique", jugent-ils. Pire : près de 30 % de ces espèces en déclin sont considérées comme communes et ne sont donc pas classées "en danger" par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Ainsi, des mammifères qui se portaient bien il y a une ou deux décennies sont maintenant en voie de disparition sans que nous le réalisions.

Surpopulation humaine et surconsommation des plus riches

Pour les scientifiques, l’homme est à l’origine de l’accélération de cette extinction. La faune est victime de la dégradation et de l’appauvrissement de son habitat, engendré par l’agriculture intensive, la déforestation ou encore l’urbanisation. Et quand les populations animales ne sont pas tout simplement surexploitées et exterminées (chasse, pêche, braconnage), elles sont victimes de la pollution ou du changement climatique.

"Les moteurs ultimes de la sixième extinction de masse [sont] la surpopulation humaine, liée à une croissance continue de la population, et de la surconsommation, en particulier par les riches", affirment les auteurs.

Selon les scientifiques, nous ne disposons que de deux ou trois décennies au maximum pour agir sous peine d’en payer de lourds tributs écologiques, économiques et sociaux. Ils préconisent ainsi de réduire la croissance de la population humaine et de sa consommation, d’investir dans des technologies plus vertes, de lutter plus fermement contre le trafic des espèces ou encore d’aider les pays en développement à protéger leur biodiversité.

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