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Un peu de lumière sur cette première "boîte noire" qui surveille Internet

Nous savons maintenant que le premier dispositif permettant de surveiller l’Internet pour lutter contre le terrorisme vient d’être mis en place. De quoi s’agit-il ? Explication de cet univers barbare sous forme de lexique.

(© MaxPixel)

"Boîte noire" : il s’agit d’un dispositif truffé d’algorithmes "installé" en amont chez les fournisseurs d’accès à Internet ou les hébergeurs. La boîte noire permet de surveiller une partie de ce qui se fait sur Internet dans un seul but : détecter les "menaces terroristes".

"Signaux faibles" : ils seront impitoyablement traqués par les boîtes noires. Ces signaux sont censés révéler des comportements suspects sur Internet. Sur quoi se basent les signaux faibles ? Sur des métadonnées : qui échange avec qui ? Qui fréquente quoi ? À quelle heure ? À quelle fréquence ? Les signaux faibles ne s’appuient donc pas sur le contenu des informations échangées.

Le CNCTR : la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement, créée en 2015, est, selon les termes officiels, une instance administrative "chargée de contrôler l’utilisation des moyens de surveillance par les services de renseignement français". Ce garde-fou émet des avis et contrôle les décisions de l’exécutif. Mais elle n’agit qu’à titre consultatif. C’est son patron, Francis Delon, qui a annoncé mardi 14 novembre qu’une première "boîte noire" était déjà en place.

"Désanonymisation" : quand les services secrets pensent tenir un gros poisson grâce aux signaux faibles, il faut une identité, autrement dit désanonymiser les métadonnées. Selon Le Monde, encore aucune demande de désanonymisation n’a été effectuée jusqu’à ce jour.

"Faux positifs" : en informatique ou en médecine, cela désigne un élément déclaré positif alors qu’il est négatif. Concernant les "boîtes noires", cela veut dire que quelqu’un serait suspecté à tort. Ce problème a été soulevé par de nombreux spécialistes et pourrait donner lieu à des surveillances abusives.

La course sans fin : certains experts estiment que les terroristes ajusteront leurs comportements en fonction des moyens mis en place par les renseignements. Puisque les souris nargueront le chat, il faudra sans cesse mettre à jour les algorithmes et les peaufiner. Un travail colossal et sans fin, donc, qui fait dire à certains que les "boîtes noires" sont une entreprise vaine.

Mystère : à part le renseignement, personne ne connaît le contenu de la "boîte noire" et de ses algorithmes. Une grande partie des critiques et des craintes vient de là : les citoyens ne peuvent connaître ni l’ampleur ni les modalités de cette surveillance à grande échelle. Si bien qu’en 2015, le projet de loi sur le renseignement avait suscité de houleux débats. Le Conseil national du numérique et les associations Amnesty International ainsi que La Quadrature du net s’y étaient vivement opposés.

Par Pierre Schneidermann, publié le 16/11/2017

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