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La pêche en eaux profondes (enfin) réglementée par l'Union européenne

Publié le

par Jeanne Pouget

Après des années de négociations, l'Union européenne a annoncé, jeudi 30 juin, l’interdiction du chalutage en eaux profondes au-delà de 800 mètres de profondeur. Ce mode de pêche est très contesté car il est dévastateur pour les fonds marins. 

Avant/Après le passage d'un chalut (© A Freiwald)

La pêche en eaux profondes commence à partir de 200 ou 400 mètres de profondeur, selon les définitions. La méthode du chalutage y est la plus utilisée : elle consiste en d’immenses filets de pêche qui raclent le fond des océans, jusqu’à 2 000 mètres de profondeur, en détruisant tout sur leur passage.

S'il ne représente qu'un pan infime de l'économie du secteur (moins de 300 bateaux à travers le monde, soit entre 1% et 2% des cargaisons débarquées), cette forme de chalutage a des conséquences dévastatrices pour l'environnement car il anéantit de manière irréversible des fonds marins riches en biomasse, à l'instar des coraux dont certains sont vieux de 10 000 ans. Ces chalutiers peuvent attraper dans leurs filets jusqu'à 60 tonnes de poissons en vingt minutes, dont 20 % à 40 % de prises accessoires qui sont ensuite rejetées, sans vie, dans les océans.

Illustration de Pénélope Bagieu pour Bloom. Tirée de son blog <a href="http://www.penelope-jolicoeur.com/2013/11/prends-cinq-minutes-et-signe-copain-.html" target="_blank">Ma vie est tout à fait fascinante</a> (© Pénéloppe Bagieu).

Un travail de longue haleine des ONG

Après des années de négociations entre des élus réticents et des lobbyistes du secteur de la pêche d'un côté, et les ONG et les consommateurs de l'autre, les trois institutions de l’Union européenne chargée du dossier – la Commission, le conseil des ministres de la pêche et le Parlement – sont enfin parvenues à un accord, réclamé par l'ONU depuis 2006.

Une victoire pour les ONG qui multiplient les actions médiatiques pour sensibiliser le public et faire pression sur les industriels de la pêche depuis des années. En première ligne, l'association de protection des fonds marin Bloom, fondée par la charismatique Claire Nouvian, qui avait lancé une pétition en 2013 et récolté près d’un million de signatures : un record pour un sujet environnemental. "Il y a dix ans, c’était un rêve un peu fou d’imaginer en arriver là", s'est réjouie Claire Nouvian.

Néanmoins, cet accord qui constitue une grande avancée pour les fonds marins, comprend quelques ombres au tableau. La pêche en eaux profondes n'est pas purement et simplement interdite comme l'auraient souhaité les ONG. Par ailleurs, la réglementation s’applique aux flottes européennes dans la limite des eaux communautaires mais ne s'étend pas aux eaux internationales.

Pour aller plus loin et mieux comprendre les enjeux et les conséquences de la pêche en eaux profondes sur l'environnement, nous vous invitons à visionner la conférence donnée par Claire Nouvian à TEDxParis en 2013 :

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