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La nomophobie, ou l’angoisse d’être séparé de son smartphone

Publié le

par Manon Baeza

Il y a de fortes chances que vous soyez atteints de cette "nomophobie".

Vous connaissez très certainement cette situation et ce sentiment. Vous avez oublié votre portable chez vous, et vous ne pouvez pas retourner en arrière. C’est trop tard, vous allez devoir passer la journée sans portable. De là, une sorte d’angoisse vous envahit. Comment allez-vous occuper vos trajets ? Vos pauses ? Ou tout simplement vos mains ? Vous êtes complètement déconnecté du monde, et cela vous effraie. Cette sensation que vous pouvez désormais appeler "nomophobie" ou "nomophobia" vient du diminutif anglais le "no-mobile phobia". Cette "nomophobie" affecte aussi bien les adolescents que les adultes, et vous pouvez même faire un test pour voir si vous êtes sujet à cette dépendance.

En effet, tel que le rapporte The Guardian, des chercheurs basés à Hong Kong avertissaient la semaine dernière que cette "nomophobie" affectait tout le monde. Leur étude révélait que les personnes qui utilisaient leurs portables pour stocker, partager et accéder à leurs souvenirs, en souffraient le plus. Ajoutant que celles qui décrivaient la perte de leurs portables avec des mots tels que "douleur" ou "solitude" étaient celles qui étaient les plus atteintes. Un phénomène qui ne fait que s’accroître, car la "nomophobie" avait déjà été pointée du doigt en 2016.

Le docteur Kim Ki Jo expliquait au cours de son interview : "Les résultats de notre étude prouvent que les utilisateurs perçoivent leurs smartphones comme si c’était eux, c’est pourquoi ils sont autant attachés à leurs appareils. Ils éprouvent donc un sentiment d’anxiété et de désagrément lorsqu’ils en sont séparés." Quant à l’article d’Influencia, il avançait que selon certains sociologues et psychologues, le smartphone serait devenu comme "une sorte de 'doudou numérique' pour la génération Z, il permettrait de combler un certain manque affectif".

Comment vaincre notre "nomophobie" ?

Il est important de préciser que si l’on devient vite angoissé sans notre téléphone, ce n’est pas parce que nous ne pouvons pas appeler ou envoyer un message à notre répertoire. Non, le principal manque vient du fait que nous sommes coupés des réseaux sociaux. En effet, dans une étude américaine, le professeur Mark Griffiths rapporte : "Les gens n’utilisent pas leur portable pour communiquer avec d’autres personnes - nous parlons ici d’un dispositif qui est connecté à Internet, ce qui permet principalement aux personnes concernées de faire face à de nombreux aspects de leur vie". Nos smartphones ne facilitent pas tant le lien social, mais ils nous permettent avant tout de vivre au travers d’Internet.

De ce fait, pour vaincre cette "nomophobie", Griffiths conseille d’éteindre délibérément son portable, ou même de le laisser chez soi pour réduire cette dépendance et cette anxiété. Il vient ajouter que cette addiction au téléphone se révèle être la chose la plus prenante et chronophage dans notre vie. En effet, le temps que l’on y passe, et l’utilisation que l’on en fait joue sur nos humeurs, et peut aussi bien nous exciter que nous attrister. Enfin, cette dépendance peut nuire intrinsèquement à nos relations, car elle peut compromettre le temps passé auprès de nos amis et de notre famille.

Le journal Le 1 avait d’ailleurs consacré l’un de ses numéros autour de la problématique "Comment débrancher ?" De plus, il y a des centres qui existent pour se faire une "digital desintox". Enfin, de nombreux cafés commencent à prendre l’initiative d’interdire les portables à l’intérieur.

Cependant, même si le phénomène semble être bien ancré au sein de notre société, il n’y a pas de remède pour vaincre cette "nomophobie". Il faut avant tout que cette initiative vienne de vous, que vous preniez du recul sur l’utilité des smartphones, et que vous appreniez, petit à petit, à vous en détacher.

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