AccueilÉDITO

Dans cette région anglaise, la misogynie est désormais un "acte criminel"

Publié le

par Taylor McGraa

Gestes salaces, sifflets, mains aux fesses... La police du Nottinghamshire a décidé de lutter contre le harcèlement sexuel dans la rue.

La police du Nottinghamshire est maintenant la première force de police au Royaume-Uni qui considére les actes misogynes comme des crimes de haine. Dans le but de mettre fin aux actes sexiste au sein de leur comté, les actes "approches physiques non-désirées" et "contacter et engager verbalement sans y être invité [une femme]" seront classifiés par les policiers comme des actes passibles de sanctions pénales.

Les incidents en question sont décrits comme tout "incident contre des femmes qui sont motivés par une certaine attitude d'un homme envers une femme, et comprend tout comportement dirigé vers une femme par des hommes simplement parce qu'elle est une femme".

Cela signifie que chaque fois qu’une femme du comté de Nottinghamshire se fera peloter, siffler ou autre dans un espace public, elle sera désormais en mesure de le signaler aux forces de l’ordre.

Cette ordonnance qui change tout résulte de l’association entre la police et le Nottingham Women's Centre (un centre d’aide aux femmes). Travaillant de concert, ils se concentrent sur le développement d'une loi contre les crimes de haine envers le genre féminin.

Objectivation sexuelle des femmes

L'année dernière, Poppy Smart, jeune femme de 24 ans originaire de Worcester, a appelé la police après avoir s’être fait régulièrement chahutée sur le trajet vers son travail par les ouvriers masculins d'un chantier de construction. En dépit des rapports soumis à la police, détaillant quatre semaines de harcèlement sexuel, aucune accusation ne fut portée et ce fut la société de construction qui dut régler le problème.

Le fait que Poppy Smart fit part de ce harcèlement sexuel à la police mit feu au débat. Beaucoup considéraient cette réaction "hypersensible", affirmant que si une femme se fait siffler dans la rue, elle devrait plutôt "le prendre comme un compliment". Pire encore, un ouvrier questionné au sujet de la plainte vint à dire que cela faisait "partie intégrante" du boulot quand on travaille sur un chantier.

Se faire siffler dans la rue est si souvent considéré comme un "incident mineur" qu’il est facile de croire que cela n’a pas vraiment d'impact émotionnel sur la femme qui en est le sujet. En réalité, c'est juste un autre rouage dans la machine à alimenter la misogynie en général.

Croire que siffler les femmes dans la rue est juste un acte banal, normalise l'objectivation sexuelle du corps féminin. Dans ces conditions, comment vont faire les femmes pour se battre pour l'égalité des salaires, l'égalité des droits et l’arrêt de la culture du viol si elles continuent à n’être considérées que comme objets sexuels ?

"Comprendre la gravité de ces incidents"

Ce sont ces types d'attitudes archaïques envers la misogynie de tous les jours que la nouvelle politique du comté du Nottinghamshire se propose de changer. En plus de cette nouvelle directive, les policiers du Nottinghamshire ont également été formés, pendant trois mois, à la lutte contre le crime de misogynie. "Comprendre la misogynie comme étant un crime de haine aidera les gens à comprendre la gravité de ces incidents, a déclaré Melanie Jeffs, directrice du Nottingham Women's Centre. Nous espérons aussi que cela encouragera davantage de femmes à se présenter et à signaler les infractions."

"Ce à quoi les femmes sont confrontées, souvent quotidiennement, est absolument inacceptable et peut être extrêmement pénible, a ajouté la chef de police du Nottinghamshire, Sue Fish. Je suis ravie que nous montrons le chemin vers la lutte contre la misogynie sous toutes ses formes."

Espérons que cette décision va ouvrir la voie à un changement d’attitudes envers le harcèlement sexuel dans les autres régions du Royaume-Uni. Considérer officiellement la misogynie comme étant un crime fera comprendre que ce n’est pas simplement "l'une des facettes de la vie d’une femme", mais bien un acte discriminatoire.

Comme nous le rappelle cette vidéo de 2014, le harcèlement de rue est un fléau universel.

À voir aussi sur konbini :