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La mairie de Paris a installé des rochers "anti-migrants" près d'un centre d'accueil

Publié le

par Astrid Van Laer

Vendredi 10 février, de gros rochers ont fait leur apparition près du centre d'hébergement de la porte de la Chapelle, à Paris, à l'endroit où des dizaines de migrants ont pris l'habitude de dormir.

(© P'tit Dej' à Flandre)

Le centre d'accueil des migrants de la porte de la Chapelle a pour vocation d'aider des migrants pour une durée maximale de 10 jours, en attendant qu'ils soient conseillés et réorientés vers d'autres centres en France. Il s'agit en réalité d'un centre dit de "pré-accueil", qui vise à désengorger les structures parisiennes, où les demandes de prise en charge affluent en masse depuis des mois. Les 400 places dont dispose ce centre du 18e arrondissement de la capitale sont à l'heure actuelle toutes pourvues. Des migrants se sont donc installés à proximité de la structure ouverte en novembre dernier, dans l'espoir d'obtenir une place prochainement. C'est pour empêcher la formation de ce type de campements sauvages que la municipalité a installé des rochers (trop lourds pour être retirés à mains nues) sous le pont qui leur sert d'abri.

Des dizaines de personnes se sont rassemblées lundi 13 février pour protester. Marin, un jeune étudiant, était présent. Il déplore la philosophie qui précède l'action des autorités auprès de journalistes du Parisien : "C'est triste de constater que la mairie dépense de l'argent juste pour empêcher des gens à la rue de s'abriter sous un pont."

Serait-ce une tentative de cacher la misère et de rendre invisibles les migrants ? La mairie, elle, s'en défend et explique sa démarche par des travaux à venir. Un proche du dossier a déclaré au Parisien :

"Ces blocs étaient auparavant installés sur un trottoir du boulevard Ney, à 200 mètres de là, en bordure du chantier de prolongation du tramway des maréchaux. Nous les avons déplacés pour permettre l’extension prochaine du chantier. 145 migrants qui dormaient dans ce secteur ont fait l’objet d’une opération de mise à l’abri la semaine dernière."

En plus de viser les migrants, ce procédé touche les SDF. Une manière de faire qui, à chaque fois que l'on y a recours, suscite l'indignation de beaucoup de passants, et pas que.

Une pratique autrefois condamnée par la maire de Paris

En relisant un article de 20 Minutes de 2014, on découvre avec étonnement que la municipalité n'a pas toujours soutenu ces pratiques. Elle se déclarait même y être très hostile. En effet, l'article rapporte les propos d'une adjointe d'Anne Hidalgo en réaction aux pics installés en 2014 devant des banques parisiennes :

"Du côté de la municipalité parisienne, si on explique n’avoir 'aucune influence juridique sur ces pratiques', on détaille que 'seul le législateur peut intervenir pour les interdire'. Déplorant ces tendances, Dominique Versini, adjointe à la mairie de Paris en charge de la solidarité et de la lutte contre l’exclusion, invite pourtant à 'aller de l’avant'. Alors que la nouvelle maire Anne Hidalgo avait fait de la lutte contre la grande exclusion la cause principale de la mandature, son adjointe insiste : 'Il vaut mieux trouver du travail pour les SDF et les héberger, que d’installer ce genre de dispositifs.'"

Il est donc décevant d'observer, en reprenant les termes de l'adjointe au maire, trois ans plus tard, qu'au lieu de trouver un logement aux migrants et de les héberger, la mairie installe ce genre de dispositif. Comme le rapportait Konbini il y a deux ans, un collectif d'artistes londoniens du nom de "Space, not spikes", avait trouvé un moyen original pour détourner les installations visant à repousser les sans-abri dans la capitale anglaise.

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