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La justice a tranché : Martin Shkreli écope de sept ans de prison

L’entrepreneur pharmaceutique honni sur les Internets a été reconnu coupable, le 9 mars, de fraude et de manipulation d’actions. La fin d’une triste saga.

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Internet et une partie de l’opinion publique américaine ont donc fini par voir leur rêve exaucé : le 9 mars, Martin Shkreli a fini par tomber. Le tribunal de New York l’a reconnu coupable de trois chefs d’accusation sur les huit retenus contre lui, dont la fraude sur titres de deux de ses fonds d’investissement (hedge funds) et la manipulation d’actions de son laboratoire pharmaceutique, Retrophin, afin de renflouer ses caisses.

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Verdict : sept ans de prison (une peine médiane entre les dix-huit mois d’emprisonnement demandés par son avocat, Ben Brafman, et les quinze ans de réclusion réclamés par l’accusation). Même sans être particulièrement porté sur la schadenfreude, difficile de ne pas voir dans ce procès un violent retour de karma pour celui que certains surnommaient "l’homme le plus détesté d’Amérique".

Car Martin Shkreli, 34 ans, a ce que l’on pourrait définir comme un sacré CV en termes de polémiques et de scandales publics, qui ont tenu en haleine (et exaspéré) une partie de l’opinion et des réseaux sociaux depuis septembre 2015, tandis que la sphère médiatique relayait dûment chacune de ses provocations.

Petit récapitulatif : il y a trois ans, Shkreli fait les gros titres après avoir racheté les droits d’exploitation d’un médicament contre la toxoplasmose, le Daraprim, prescrit aux séropositifs, et avoir augmenté son prix de 5 400 %, permettant à sa start-up Turing Pharmaceutical de s’enrichir instantanément. Le début d’une saga d’égocentrisme et de bravades.

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Wu-Tang Clan, harcèlement en ligne et menaces

Le 24 novembre, celui qu’Internet a déjà surnommé "Pharma Bro" annonce être le propriétaire d’Once upon a Time in Shaolin, l’album du Wu-Tang Clan sorti à un seul exemplaire et vendu deux millions de dollars, et fait miroiter une diffusion en direct sur YouTube avant de troller tout le monde en parlant de tout et de rien pendant une heure. À ce stade, tout le monde hait Martin Shkreli, qui semble de son côté prendre un pied total à attiser la haine.

Au cours des deux années suivantes, les épisodes polémiques s’enchaînent, allant du gênant (notamment lorsqu’il menace Ghostface Killah en vidéo ou qu’il annonce la sortie d’un album de hip-hop) au tragique (l’année dernière, après une campagne de harcèlement sur la journaliste de Teen Vogue Lauren Duca, son compte Twitter est suspendu par l’entreprise).

L’entrepreneur véreux sera arrêté une première fois par le FBI en décembre 2015 suite à des soupçons de malversations financières liées à sa société Retrophin, effectuera un court passage derrière les barreaux, sortira sous caution, sera rejugé en août 2017 et reconnu coupable de deux chefs d’accusation, et passera enfin devant les magistrats entre le 5 et le 9 mars pour décider de l’ampleur de sa peine.

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Résultat : l’obligation de rembourser au gouvernement américain sept millions de dollars d’actifs – dont les albums uniques du Wu-Tang et de Lil Wayne (Tha Carter V), une machine Enigma et un tableau de Picasso obtenus grâce à de l’argent illégalement amassé. Il faudra désormais ajouter à la sentence sept ans d’incarcération. Le tout en étant écroué depuis septembre dans une prison new-yorkaise.

De la repentance… avant l’appel ?

Comme l’écrit Ars Technica, le procès de Martin Shkreli l’entrepreneur véreux s’est rapidement confondu avec le procès de Martin Shkreli le troll professionnel, le profil psychologique de l’accusé déterminant en partie la sanction pénale. Selon les reporters présents dans la salle d’audience de Brooklyn, le "Pharma Bro" aurait fait preuve de repentance dans un long et larmoyant discours, assumant la responsabilité de ses actes et expliquant avoir tenté de changer son comportement depuis sa condamnation financière.

Son avocat, Benjamin Brafman, utilisera la même stratégie d’empathie en demandant au juge de ne pas juger son client "simplement car il est Martin Shkreli". Suffisant pour que la juge Kiyo Matsumoto prenne le temps d’écouter l’accusé – et de lui offrir un paquet de mouchoirs –, mais pas assez pour commuer sa peine d’emprisonnement. Si Shkreli va certainement faire appel de la décision, il lui reste pour le moment six ans et demi d’emprisonnement à effectuer.

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Par Thibault Prévost, publié le 12/03/2018

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