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La "fronde anti-Parisiens" à Bordeaux est exagérée

Publié le

par Clothilde Bru

Mardi 25 octobre, de nombreux articles ont relayé la nouvelle d’une grogne anti-Parisiens, qui aurait gagné les rues de Bordeaux. Sauf que sur place ce n'est pas vraiment le cas.

Entre le groupe Facebook du "Front de libération bordeluche face au parisianisme" et les autocollants "Parisien, rentre chez toi !" placardés dans l’agglomération bordelaise… par les temps qui courent, mieux vaut éviter de dire que l’on vient de Paris lorsqu’on s’aventure dans les rues de Bordeaux.

En tout cas, c’est l’impression donnée par la succession d’articles qui a suivi cette première publication de Sud-Ouest s’amusant de l’apparition de quelques stickers "Parisien rentre chez toi !". Sur ces autocollants figure notamment un TGV, ce type de train étant devenu un véritable symbole de l’arrivée massive de Parisiens dans la ville, depuis l’ouverture de la ligne à grande vitesse (LGV) entre la capitale et la Gironde, en juillet. Mardi 25 octobre, France Info, Le Monde, Le Point, Libération, Le Figaro… tous se sont émus d’une fronde antiparisienne prenant de l’ampleur à Bordeaux.

Il est vrai que le maire de la ville, Alain Juppé, était monté en personne au créneau pour dénoncer l’affaire, menaçant même de saisir la justice.

"Bordeaux ne sois pas une vulgaire ville d’un soir"

Face à l’ampleur de l’indignation, on a tôt fait de conclure que ces stickers ont envahi la ville. Intrigués, nous avons demandé à des habitants du coin si ces autocollants étaient vraiment partout. "Rien à signaler dans le quartier des Chartrons et place Gambetta", nous dit Marion Albiach, architecte à Bordeaux.

"Jamais vu non plus dans les quartiers de Nansouty, du Grand Théâtre et de la Victoire", témoignent Marine Gavoux et Alexis Pradat, habitants du centre-ville. La liste des "jamais vu" que nous avons reçus comme réponses est bien longue.

Du côté du "Front de libération bordeluche contre le parisianisme" – aussi connu sous le nom de FLBP pour ses quelque 6 000 fans sur Facebook –, on a aussi tendance à modérer le ton. "On n’en veut pas aux Parisiens qui viennent, on ferait pareil à leur place", explique Vincent, qui a cofondé la page il y a neuf mois et qui préfère rester anonyme. Sur un ton largement humoristique, il cherche avant tout à ouvrir un débat.

"Bordeaux, parlons cinq minutes. Tu essayes de jouer un rôle qui te va mal, et cela se voit. Tu es une grosse ville du sud-ouest français, un peu bourgeoise mais aussi un peu plouc il faut l’admettre […]. Bordeaux, ne sois pas une vulgaire ville d’un soir."

Il est vrai que depuis quelque temps les habitants de Bordeaux ont constaté la flambée des prix, la bétonisation des campagnes, des embouteillages permanents… Pour beaucoup d’entre eux, ces maux sont le fruit de l’arrivée de la LGV, mais pour Vincent la "LGV, c’est plus l’aboutissement que le début d’un phénomène".

Selon les prévisions de l’Insee, la ville devrait atteindre le million d’habitants d’ici 2030. Reste à savoir si ce chiffre est tenable pour ses habitants.

À lire -> Bordeaux est la ville la plus tendance au monde, selon Lonely Planet

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