AccueilÉDITO

La France autorise l'exportation d'un pesticide interdit vers des pays en développement

Publié le

par Jeanne Pouget

(©Public Eye)

L’ONG suisse Public Eye alerte sur l’exportation d’atrazine, un pesticide controversé et dangereux, vers des pays en voie de développement, en dépit des conventions internationales sur le transport de déchets dangereux. 

(© Public Eye)

Herbicide puissant et toxique très répandu dans les années 1960, l’atrazine a été interdite en Europe en 2003. Fabriqué par la firme suisse Syngenta, dont plusieurs usines se trouvent sur le sol français, ce désherbant principalement utilisé dans les champs de maïs et de canne à sucre continue malgré tout d’être produit et exporté par plusieurs pays d’Europe vers des pays en développement, malgré les conventions en vigueur. Selon Le Monde, la France aurait par exemple autorisé 142 exportations d’atrazine depuis 2004, dont 33 vers des pays africains signataires de la Convention de Bamako, qui interdit pourtant l’importation de déchets dangereux et radioactifs sur leurs territoires.

Selon l’Agence européenne des produits chimiques, la France aurait autorisé l’exportation de ce produit vers six pays depuis le début de l’année (l'Azerbaïdjan, le Soudan, la Chine, le Pakistan, la Suisse et l'Ukraine). L’ONG met en cause d’autres pays européens, comme la Suisse, l’Italie, les Pays-Bas, la Belgique ou encore l’Espagne, lesquels exporteraient également ce pesticide malgré son interdiction au niveau européen. 

"Une violation des droits de l’homme" pour l’ONU

Selon l'organisation Public Eye, l’atrazine fait partie des pesticides les plus toxiques au monde. Ce perturbateur endocrinien affecterait le système reproducteur et augmenterait les risques de cancer. En janvier 2016, le magazine Cash Investigation avait enquêté sur les produits phytosanitaires, dont l’atrazine, et démontré que malgré leur interdiction, ces substances avaient durablement contaminé notre environnement, jusqu’à se retrouver dans les aliments, l’eau du robinet et même l’air. Malgré cette triste réputation (bien méritée), la molécule continue néanmoins d’être autorisée dans une soixantaine de pays, dont les États-Unis, argument sur lequel s’appuie la firme Syngenta pour justifier son droit de l’exporter. Un produit toxique mais bon marché, qui rapporterait des milliards d’euros par an aux multinationales qui la commercialisent. 

Pour Public Eye, le fait d’exporter ailleurs des produits interdits en Europe constitue "un double standard scandaleux" et une violation de la Convention de Bâle, traité international qui interdit le transfert de déchets dangereux des pays développés vers les pays en développement. Or, celle-ci ne prévoit pas de sanctions à l’égard des pays qui ne respectent pas leurs engagements. Selon les rapporteurs spéciaux des Nations unies qui se sont penchés sur la question récemment, "le fait d’exposer la population d’autres pays à des toxines dont il est avéré qu’elles provoquent de graves problèmes de santé et peuvent même entraîner la mort, constitue de toute évidence une violation des droits de l’homme"

À voir aussi sur konbini :