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La ferme industrielle des "1 000 vaches" autorisée à s’agrandir davantage

Publié le

par Jeanne Pouget

La ferme des 1000 vaches vue du ciel (©Wikimedia)

La justice a validé la demande de l’exploitant de la ferme dite des "1 000 vaches" située dans la Somme (Hauts-de-France) à agrandir son cheptel de bovins.

La ferme des 1 000 vaches vue du ciel. (©Wikimedia)

L’exploitation bovine laitière industrielle très critiquée et connue sous le nom de la ferme des "1 000 vaches" construite en 2013 sur la commune de Drucat dans la Somme, a reçu l’autorisation de s’agrandir, encore. La justice a donné raison à l’exploitant contre la préfecture après des feuilletons judiciaires à répétition depuis 2013. Comme le relate le Courrier Picard, la préfecture avait mis l’élevage à l’amende pour avoir dépassé ses 500 têtes autorisées. Une sanction qui vient d’être annulée par le tribunal administratif, et condamne du même coup l’État à rembourser l’amende de 7 800 euros à l’exploitant.

La "ferme usine" - plus grand étable de France - avait été construite en 2013 pour accueillir un cheptel de 1 000 bovins. Un établissement agricole très critiqué pour son modèle productiviste : un élevage intensif grand comme 2,5 terrains de football avec des vaches parquées dans un hangar de 230 mètres de long et 365 jours par an. Une structure en rupture avec les modèles familiaux traditionnels puisqu’en France, près de la moitié des troupeaux laitiers dépassent à peine cinquante bovins.

Au-delà des conditions de vie médiocres des animaux plusieurs fois dénoncées, des nuisances sonores dont se plaignent les riverains, ou encore d’un bilan carbone négatif, ses détracteurs dénoncent en outre un système économique non viable (9 millions de litres de lait produits en 2016) qui aggraverait les difficultés rencontrées par les agriculteurs français, en faisant croître la baisse des prix du lait.

880 vaches autorisées

Industrialisation de l’agriculture française aux dépens des agriculteurs et des consommateurs, procès de la malbouffe, aberration sanitaire et écologique… Se heurtant à l’opposition des riverains et associations, la ferme n’avait à l’époque reçu l’autorisation de la préfecture pour n’abriter "que" 500 vaches. Mais en 2015, un contrôle avait pourtant mis en évidence la présence dans l’élevage de près de 800 vaches laitières, ce qui avait conduit à la mise en demeure de l’exploitant et à des sanctions financières. De son côté, celui-ci affirmait avoir fait la demande d’agrandissement de son cheptel à 880 têtes, qui était restée lettre morte auprès de l’administration.

Jeudi 29 juin, c’est donc cette mise en demeure et cette sanction qui ont été annulées par le tribunal administratif d’Amiens au motif que "toute demande présentée à l’administration qui n’est pas suivie d’une position de l’administration pendant plus de deux mois vaut accord, sauf exception", explique l’avocat de Michel Welter, le directeur de la ferme cité par Le Monde. Autrement dit, l’exploitant n’ayant pas obtenu de réponse a procédé à l’agrandissement de son cheptel "en considérant qu’il était titulaire d’une décision implicite". Une décision désormais validée par la justice.

Par conséquent, la ferme est légalement autorisée à agrandir son cheptel à 880 bovins. Une décision scandaleuse pour Francis Chastagner, le président de l’association Novissen qui s’oppose à cette ferme. Interrogé par le Courrier Picard, il encourage la préfecture et le ministère de l’environnement à faire appel de cette décision qu’il qualifie de "déni de justice". L’association organise une manifestation devant le tribunal ce vendredi 30 juin.

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