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Deux militants de l’association L214 ont été condamnés pour s’être introduits dans un abattoir

Publié le

par Jeanne Pouget

PARIS, FRANCE – JUNE 10: Vegan activists protest at Place de la République for animal rights on June 10, 2017 in Paris, France. The march was organised after the disclosure by an association called L214 of bad treatment of animals at abattoirs and slaughter houses in France. (Photo by John van Hasselt/Corbis via Getty Images)

Les deux militants de l’association L214 qui avaient caché des caméras dans l’abattoir porcin de Houdan (Yvelines), en 2016, ont finalement été condamnés lundi 9 octobre à une amende de 6 000 euros, dont 5 000 avec sursis pour "violation de domicile".

Lors d'une manifestation pour la fermeture des abattoirs, le 10 juin, à Paris. (© John van Hasselt/Corbis via Getty Images)

Le 4 septembre dernier, deux militants de l’association L214 – dont son fondateur Sébastien Arsac – étaient jugés au tribunal de Versailles pour "violation de domicile" et "tentative d’atteinte à la vie privée d’autrui", après avoir caché des caméras dans l’abattoir porcin de Houdan, en décembre 2016.

Ils ont finalement été condamnés à une amende de 6 000 euros, dont 5 000 avec sursis, pour "violation de domicile", mais ont été relaxés pour le chef d’accusation de "tentative d’atteinte à la vie privée". Une amende de 15 000 euros, dont 10 000 avec sursis, avait été requise par le parquet.

Fidèlement aux méthodes de l’association, les deux hommes avaient pénétré illégalement au sein de l’établissement, afin d’y cacher des caméras pour révéler la méthode de gazage des porcs au CO2, dans le dernier abattoir porcin d’Île-de-France. Mais cette fois-ci, ils avaient été interpellés alors qu’ils revenaient chercher leur matériel.

"Le droit d’informer sanctionné", selon L214

À la suite de ce verdict, l’association L214 (qui a par ailleurs reconnu les faits et les assume), revendique son droit à informer. Elle argue notamment dans un communiqué que ces méthodes – certes illégales — sont le "seul moyen pour montrer au public les conditions de mise à mort des animaux".

Elle rappelle en outre l’utilité publique de ces images, qui ont permis l’ouverture d’une enquête pénale et la condamnation de salariés de l’abattoir pour mauvais traitements sur animaux (sur les images, on les voyait notamment frapper les bêtes). Ces vidéos ont également mené à la création d’une commission d’enquête parlementaire sur les conditions de mise à mort des animaux dans les abattoirs, et conduit à un audit révélant des non-conformités sur 80 % des chaînes d’abattage.

Au nom de L214, Sébastien Arsac insiste sur le droit à la liberté d’informer, qui justifie selon lui ces méthodes :

"Le droit à l’information, ce n’est pas simplement aller se documenter sur Wikipédia ou consulter des sites sur Internet. Pour L214, c’est aussi se rendre sur le terrain et parfois prendre des risques pour documenter et filmer ce qui est caché derrière les murs des abattoirs."

Il déplore néanmoins un jugement plutôt favorable aux abattoirs qu’à la protection des animaux :

"Aujourd’hui, le droit à l’information a un prix. Nous espérons qu’à l’avenir, il sera pleinement reconnu et que l’intérêt général et l’intérêt des animaux [seront] plus importants que la protection d’intérêts privés. Pour comparaison, en frappant violemment les cochons, l’employé de l’abattoir risque une contravention de 4e classe pour mauvais traitement, soit 750 euros au maximum…"

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