Kim Dotcom : game over ?

Pour Kim Dotcom, ex-patron du fameux Megaupload, ça sent le sapin. Il se dit ruiné et n'aurait plus les fonds de payer la caution qui l’empêche de séjourner en prison en vue de son extradition. Retour sur la plongée en eaux troubles du pirate à qui tout semblait réussir.

Kim Dotcom

Kim Dotcom, les pieds dans le sable, tranquillement

C'est le pirate informatique le plus célèbre. Hélas pour Kim Dotcom, 40 ans, fondateur de Megaupload devenu un riche homme d'affaires résidant en Nouvelle-Zélande, le rêve semble toucher à sa fin. Accusé par les Etats-Unis d'avoir amassé une fortune de plusieurs millions de dollars sur le dos de copyrights qui ne lui appartiennent pas, il a confié à la presse être ruiné et ne plus être en mesure de payer la caution qui l’empêche de séjourner en prison en vue de son extradition.

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Cela fait désormais trois ans que le magnat du net lutte contre l’examen par la justice d’une demande d’extradition des Etats-Unis. Il avait été arrêté le 19 janvier 2012 dans sa luxueuse propriété d’Auckland, à la demande du département de la Justice américain et du FBI. Le même jour, le site d'hébergement Megaupload fermait définitivement.

Sa défense en justice, qui lui a coûté 10 millions de dollars, l'aurait complètement ruiné. Il a déclaré aujourd’hui ne plus avoir assez de fonds pour payer une nouvelle caution si la justice néo-zélandaise l’exigeait lors de la prochaine audience jeudi 27 novembre. Lors d’un lien vidéo avec une conférence numérique en Grande-Bretagne, il a déclaré :

Je suis sans défense et ils [les juges] veulent profiter de la situation pour révoquer ma caution [...] Ils m’ont vidé les poches [...]. Ceci pourrait être ma dernière apparition publique et si je retourne en prison, vous pourrez le dire à tout le monde.

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Fanfaron

Kim Dotcom a beau jeu de se plaindre. Depuis sa remise en liberté sous caution, à l'issue de son arrestation de janvier 2012, le pirate n'a cessé de multiplier les projets provocateurs. Et ils ont tous coûté plus ou moins beaucoup d'argent.

Un an après son arrestation, jour pour jour, Dotcom récidivait en lançant MEGA, le successeur de Megaupload hébergé en Nouvelle-Zélande. Ici, notre article où on testait le service. Son slogan ? "Société de confidentialité. Plus grand. Meilleur. Plus rapide. Plus fort. Plus sûr." Bref, on remet ça.

Quand Kim s'est lancé dans la chanson.

Kim, en plein enregistrement musical

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Mais Kim a également multiplié les happenings et effets d'annonce pour que son minois ne reste jamais longtemps loin des caméras de télévision et des articles de presse, auxquels il a pris goût au point d'en devenir apparemment addict.

Entretemps, il n'a pas cessé de surfer sur sa nouvelle image d'icône de pourfendeur du copyright. En témoigne cette vidéo où il mettait en scène son arrestation sur de la musique qu'il avait composé lui-même. De la musique ? Oui oui, Dotcom s'est même révélé comme compositeur de musique électronique, avec des résultats... plus ou moins probants. M'enfin vous en pensez ce que vous voulez hein.

Dans ses morceaux et ses agissements, toujours le même geste : sous couvert d'une préoccupation de l'avenir numérique, un grand majeur dressé à la face de l'administration américaine. Dans cette optique, Dotcom a collaboré en juillet 2013 avec l'artiste allemand Oliver Bienkowski pour surfer sur la vague de l'indignation suite à l'affaire PRISM.

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A cet endroit, l’artiste avait projeté dans de larges dimensions le message “United Stasi Of America” (oui, "Stasi", comme la police politique de l'ex-RDA) accompagné du visage du businessman Kim Dotcom sur la façade de l’ambassade américaine à Berlin.

L'aventure politique

Tant qu'à faire, autant rentrer dans la politique de plain-pied. C'est pourquoi en mars 2014, Dotcom lançait son propre mouvement politique : le Parti d'Internet. Il le décrivait comme "un mouvement destiné à ceux qui se préoccupent de l’avenir numérique et qui souhaitent une société ouverte, libre et équitable". A cette occasion, nous avons demandé à Nicolas Falempin, co-secrétaire national du Parti Pirate en France, ce qu'il pensait d'un tel mouvement de la part de cet ancien prodige du Chaos Computer Club. Voilà ce qu'il déclarait à ce propos :

Tout comme lui, nous luttons pour la protection de la vie privée, contre le big data… La revendication d’un meilleur accès à Internet, aussi : il y a dix ans, on nous promettait la fibre optique dans toute la France. Aujourd’hui, c’est encore reporté à dans dix ans.

Or, l'homme politique français avouait ses doutes quand à une véritable compatibilité de son parti avec celui de l'entrepreneur germano-finlandais : "Il est dans le partage, les droits d’auteur, il n’est pas pour un changement de société global." En cause aussi, son côté "incontrôlable", son "passé criminel" et l'image de self-made man aussi richissime qu'insolent qu'il cultive amoureusement – sans parler de son amour inconditionnel pour lui-même. Nicolas Falempin déclarait encore :

Je ne vois pas comment travailler avec une personnalité aussi visible médiatiquement que la sienne :  il veut devenir un chef et nous sommes un parti libertaire – sans être anarchistes, toutefois. C’est-à-dire qu’on est d’accord qu’il faut un pouvoir, mais un pouvoir partagé. En évitant un système avec un seul chef tout en haut.

La modeste demeure de Kim Dotcom (Crédits image : Wilk)

La Dotcom mansion, modeste demeure de Kim (Crédits image : Wilk)

"Maintenant, je suis un paria"

Malgré une quantité d'argent considérable investie dans son parti, ça va de plus en plus mal pour Kim Dotcom. Avant d'essuyer une déconvenue aux élections législatives de septembre, ses avocats le lâchent en plein vol, avant que sa femme ne fasse ses valises à son tour. Aujourd'hui, selon l'AFP, il semble regretter d'avoir tenté ce passage en politique :

Avant de me lancer en politique, j’étais populaire en Nouvelle-Zélande. Tout le monde me soutenait. Mais le Premier ministre et son parti m’ont attaqué de manière odieuse, me faisant passer pour un nazi et affirmant que je m’engageais uniquement pour empêcher mon extradition. Maintenant je suis un paria.

Un paria, peut-être pas. Mais un type qui a de vrais soucis, sans doute : la justice américaine l’accuse d’avoir amassé 175 millions de dollars américains (environ 140 millions d’euros) sur le dos de copies piratées de films de cinéma, de programmes télévisés et d’autres contenus, via Megaupload.

Libération rappelle que l’homme d’affaires est réputé pour son style de vie extravagant : Dotcom vit dans la "Dotcom mansion" (en photo ci-dessus), luxueux manoir à proximité d’Auckland où la police a saisi entre autres une Cadillac rose de 1959 et une Rolls Royce Phantom, ainsi que des œuvres d’art de prix.

Dans sa déclaration du jour, il le reconnaît, un tel train de vie peut finir par agacer : "Voyager en jet privé et rouler dans des voitures immatriculées "DIEU", "DEFONCE" et "MAFIA" n’est certainement pas le meilleur moyen de faire profil bas". Non Kim. Certainement pas.

Par Théo Chapuis, publié le 26/11/2014

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