Comment la Chine peut fabriquer avant vous votre super projet Kickstarter

À Shenzhen, l'industrie chinoise est capable de repérer un produit, de le fabriquer et de le vendre avant même la fin de sa campagne Kickstarter…

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Non, pas le Flubber… (© Walt Disney Pictures)

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Dans le capitalisme à papa, la recette était (relativement) simple : trouver une idée de génie, concevoir l'objet, déposer les brevets, trouver des fonds, lancer la production, dépenser la majeure partie de son budget en publicité, devenir rentier. Un système plutôt évident, qui a permis tout au long du siècle à pas mal de gens ayant la fibre entrepreneuriale de se faire un joli paquet de pognon – la palme revenant probablement à Gary Dahl, qui a vendu des millions de "cailloux domestiques" à ses compatriotes dans les années 1970. Aujourd'hui, pourtant, tout a changé, et la mondialisation ne s'embarrasse plus avec l'éthique des brevets. Résultat : tout le monde copie tout le monde et à la fin, c'est la Chine qui gagne.

Comme l'explique une enquête de Quartz, le néolibéralisme mondialisé trouve son apogée à Shenzhen, capitale de l'électronique, de l'industrie... et de la contrefaçon chinoise. Aujourd'hui, lorsque les entrepreneurs cherchent à lancer un nouveau produit, ils vont tout simplement à la pêche aux idées sur Kickstarter. Lorsqu'ils tombent sur un projet largement suivi et en cours de financement, ils l'étudient, le reproduisent et le vendent immédiatement en ligne. Le tout avec une telle rapidité que parfois, le concepteur de l'objet n'a même pas fini son Kickstarter qu'il peut déjà trouver des imitations de son produit sur Alibaba (ou sa déclinaison AliExpress). Le tout, parfois, à moitié prix. Dégueulasse ? Injuste ? Peut-être, mais comme l'explique Quartz, les entreprises ont déjà compris qu'elle n'y pouvaient rien. Les imitateurs – on dit "copycats", dans le milieu – sont intouchables, et c'est tout le paradigme de l'innovation qui doit évoluer.

La propriété intellectuelle ? Quelle propriété intellectuelle ?

Comme le rappelle Quartz, vu de Chine, la contrefaçon n'est pas une pratique mal perçue, bien au contraire. De tout temps, les industries locales ont imité les produits occidentaux en se partageant la recette, sortant des aPhone et des Nokla à la chaîne au début des années 2000. Le phénomène, appelé shanzhai, peut même être vu comme l'équivalent matériel de l'open source logiciel, qui permet aux développeurs de partager leurs codes sources pour les améliorer. Si, en Occident, l'essentiel est d'avoir l'idée de génie, l'industrie chinoise ne réfléchit pas de la même façon. À Shenzhen, tout le monde part avec le même produit, et celui qui parvient à obtenir la meilleure qualité en un minimum de temps remporte le marché. Dans un tel monde, la propriété intellectuelle n'a aucune valeur, et les recours en justice sont inapplicables.

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Aujourd'hui, conclut Quartz, le monde est donc de plus en plus divisé en deux pôles distincts : celui des idées et celui de la production. Problème : les deux sont particulièrement bien reliés grâce à Internet, et c'est le site de production – la Chine – qui encaisse les recettes. Pour éviter les imitations, les entreprises ont cependant plusieurs armes : créer un logiciel unique qui aille avec le matériel, comme Apple fait avec iOS ; se bâtir une réputation d'excellence ou d'éthique en proposant des circuits de fabrication courts ou écolos ; se placer sur un produit de niche, comme GoPro ; choisir, enfin, de concevoir un produit si sophistiqué que les imitations seront impossibles, comme l'entreprise Native Union qui fabrique des coques de smartphone... en marbre italien. Après tout, l'imitation n'est-elle pas une marque de qualité ?

Par Thibault Prévost, publié le 18/10/2016

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