On vient de découvrir 12 nouveaux satellites autour de Jupiter

On pensait que l’énorme planète, véritable aspirateur gravitationnel, avait 67 lunes. Elle en possède en fait 12 de plus, dont une en danger de mort.

(© Seán Doran/Flickr/CC)

Dans le vide de l’espace interplanétaire, la force d’attraction gravitationnelle est profondément liée à la masse : plus un objet est massif, plus il attire et emprisonne les corps célestes des alentours dans son orbite. À ce jeu-là, Jupiter est la plus irrésistible des planètes du système solaire : avec 318 fois la masse de la Terre, elle est de loin la planète la plus massive de notre voisinage. Et agit, à ce titre, comme un véritable aspirateur gravitationnel.

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Jusqu’à hier, on lui dénombrait 67 lunes et satellites, dont les quatre lunes "galiléennes" – Io, Ganymède, Europe et Callisto –, toutes découvertes au télescope par Galilée, le saint-patron des astronomes, et aujourd’hui sérieuses candidates à la vie extraterrestre. Depuis le 17 juillet, grâce aux travaux d’astronomes de l’université Carnegie-Mellon, la géante gazeuse peut s’enorgueillir de 12 nouveaux satellites, découverts… à peu près par hasard.

En mars 2017, une équipe de chercheurs réquisitionne le télescope chilien Blanco-4m avec l’ambition d’explorer les confins du système solaire, loin derrière Pluton, pour y trouver des petits objets, des planètes, et pourquoi pas l’énigmatique Planet Nine, encore à découvrir, qui commence doucement à ressembler au prochain Graal de l’astronomie.

Et puis, au milieu de leurs explorations, les astronomes ont décidé d’aller regarder l’orbite de Jupiter, juste au cas où. Bingo : 12 satellites de très petite taille (entre 1 et 3 kilomètres de diamètre), divisés en trois groupes distincts, sont observés dans l’orbite distante de la planète. À 24 millions de kilomètres du centre de Jupiter, neuf des douze satellites tournent tranquillement dans le sens contraire à celui de la planète. Tous, sauf un.

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"À contresens sur l’autoroute"

Cette lune au comportement atypique, baptisée Valetudo, tourne dans le sens inverse, tout comme les deux autres situées à une orbite bien plus proche. Pourquoi ? Comment ? Selon Scott Sheppard, de l’institut Carnegie Mellon for Science, ce caillou solitaire, d’un kilomètre de diamètre, "est probablement le dernier reste d’une lune bien plus grande réduite en poussière avec le temps", et constitue du même coup une trace des carambolages intenses qui ont dû avoir lieu sur le périphérique jupitérien par le passé.

Un destin auquel Valetudo n’échappera probablement pas, selon Sheppard : "Elle est à contresens sur l’autoroute. Elle va forcément entrer en collision avec quelque chose à un certain moment." Quant aux neuf autres satellites, qui voyagent en ordre serré, Scott Sheppard et ses collègues pensent qu’ils pourraient avoir été une seule et même lune avant de subir un carton cosmique.

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Outre des indications sur l’activité orbitale du voisinage de Jupiter, la découverte de ces nouveaux satellites permet de définir plus précisément la zone d’attraction gravitationnelle de la géante, que l’on sait gargantuesque mais dont on ignore encore les limites. À partir de quelle distance un corps de passage dans l’espace sera-t-il "aspiré" par le champ gravitationnel ?

Difficile à dire, vu qu’il reste probablement un grand nombre de débris à découvrir. C’est là que Blanco-4m s’avère être un précieux allié : l’objectif du télescope est le plus grand de sa gamme, en plus d’être particulièrement teinté, ce qui permet non seulement d’observer de vastes régions de l’espace d’un coup, mais aussi d’adoucir en partie l’énorme réverbération de la lumière solaire sur la planète, qui cache généralement, par contraste, les lunes avoisinantes.

Mieux : en continuant à scanner l’orbite jupitérienne distante à la recherche de ces satellites et morceaux de satellites, les chercheurs pourraient finir par tomber sur de très anciens satellites, venus des confins de l’espace et du temps. Des "blocs fondateurs" des planètes telles que nous les connaissons aujourd’hui, voire du système solaire tout entier, inestimables briques originelles égarées dans le grand vide cosmique. Tout ça grâce à un embouteillage orbital.

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Par Thibault Prévost, publié le 18/07/2018

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