Les journalistes de Rue89 se mettent en grève et créent Rêve89

Rue89 n'est plus. En tout cas pas sous la forme qu'on lui connaissait voilà une semaine. Depuis vendredi, des changements du haut de la page (le logo du Nouvel Observateur supplante celui de Rue89, devenu simple "partenaire") de favicon et d'adresse URL (rue89.com laisse place à rue89.nouvelobs.com) ont été opérés.

L'idée : que l'audience de Rue89 continue à être comptabilisée dans celle du groupe du Nouvel Observateur. L'objectif : dire oui aux nouvelles règles de Médiamétrie. Le directoire, composé de Damien Cirotteau, Pierre Haski, Laurent Mauriac et Pascal Riché a approuvé cette évolution qui ne les "enchante pas".

Mais la Société des journalistes de Rue89 a réagi. Dans un premier temps, un article a été publié en leur nom sur le site avec pour titre : "La rédaction de Rue89 se mobilise contre le « changement du haut de la page »". On pouvait y lire entre les lignes un ras-le-bol et une volonté de ne pas se faire marcher sur les pieds par Claude Perdriel, président du directoire du groupe Nouvel Observateur, qui détient 100% de Rue89, racheté en janvier 2012 :

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Changement de place du logo et ajout du mot "partenaire", changement de l’URL, rétrogradation de Rue89 au rang d’"apporteur de contenus", changement des icônes... Ce ne sont pas que des détails graphiques. Ces choix détruisent de fait l’identité de Rue89. Cette annonce constitue une étape supplémentaire dans la normalisation et l’intégration forcée de Rue89 à L’Obs.

Aujourd'hui 9 décembre, la rédaction de Rue89 a voté la grève. Contactée par Konbini, une journaliste explique le chemin parcouru depuis l'imposition du changement du header :

On s'est opposé à cette décision dès mercredi, on a envoyé un courrier à Claude Perdriel et Nathalie Collin (Directeur général du Groupe Le Nouvel Observateur) pour leur dire. Puis Nathalie Collin est venue à la rédaction pour discuter le jeudi. Finalement, le directoire a choisi de changer le header. Un choix que l'équipe regrette.

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Un Tumblr créé : Rêve89

La grève n'a pas été improvisée ce lundi : elle a été pensée dès vendredi, jour-même de la mise en ligne des modifications apportées à l'identité graphique du site. Résultat, les journalistes publient un premier making-of accompagné d'une image symbolique sur laquelle est écrit "Rêve89" :

Rêve89 (Crédit Image : Audrey Cerdan/Rue89)

Derrière cette capture, l'intention de prolonger autre part que sur Rue89 l'esprit du site fondé en 2007 : à travers un Tumblr, relayé par une page Facebook (447 j'aime comptabilisés) et Twitter, la transparence est de mise pour les journalistes qui ne demandent qu'à être soutenus par les riverains. La "journaliste en grève" précise :

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On veut publier une revue de commentaires, une petite vidéo, un peu de son, des réactions et on invite les riverains à venir commenter. Ça nous ressemble de faire rêve89.com, c'est aussi pour nos lecteurs.

Les revendications sont simples et ont été précisées via un deuxième making-of publié sur le Tumblr ainsi que sur Rue89 : "le retrait des « changements du haut de la page » [...], le maintien de l’équipe, hormis les quatre membres du directoire, pendant 24 mois [...]; le renouvellement de la confiance du groupe en Rue89 : la reprise de son développement pour qu’elle continue d’innover".

La dernière demande est ferme :

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La réouverture de la clause de cession qui a suivi le rachat en janvier 2012 : nous avions alors reçu comme promesse le développement et non la cannibalisation de Rue89.

Du côté du directoire, le ton est le même. Pierre Haski, fondateur de Rue89, interrogé ce matin dans L'Express, affirme ainsi :

Il en va de l’identité même de Rue 89. Je me suis battu en vain contre une décision qui nous fragilise et nous entame. L’équipe a aujourd’hui le sentiment de s’être faite avoir, car la consolidation de ces audiences ne peut-être que négative et destructrice de valeur [...]. J’attends. Et j’espère que Claude Perdriel fera les bons choix.

A la question de savoir si cette grêve aura des répercussions sur  la confiance entre le directoire et les journalistes, notre contact ne veut pas dramatiser la situation :

On a de bonnes relations, notre but est commun dans la préservation de l'identité de Rue. Pour l'instant, on en est là.

Par Louis Lepron, publié le 09/12/2013

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