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JO 2024 : l'Académie française s'insurge contre l'utilisation d'un slogan en anglais par Paris

Publié le

par Virginie Cresci

L'Académie française réclame le retrait du slogan "Made for sharing", lui reprochant non seulement d'être en anglais, mais aussi d'avoir été utilisé dans de nombreuses publicités. Des associations annoncent qu'elles vont porter l'affaire devant la justice. 

"La force d'un rêve", le slogan initial de la candidature de Paris aux Jeux olympiques 2024, a été remplacé par "Made for sharing", que le comité de candidature a traduit en français par "Venez partagez". Le but du slogan en anglais est de "donner un caractère universel au projet français", a affirmé le multiple champion olympique Tony Estanguet, coprésident de Paris 2024. Une stapline, comme l'appellent les membres du comité, pas vraiment au goût des défenseurs de la langue de Molière, à commencer par la vénérable Académie française.

Dans un communiqué, l’institution nationale a exprimé son mécontentement. Les Immortels rappellent que "Made for sharing" a déjà été utilisé dans trois publicités: pour les bonbons Quality Street en 1979, les biscuits Cadbury Snaps en 2006 et, plus récemment, les burgers à découper comme des pizzas de Burger King. "Or les Jeux olympiques modernes ont été fondés en 1894 par le baron Pierre de Coubertin", ajoutent-ils, notant la noblesse de l’événement sportif. Le Journal du dimanche a d'ailleurs publié une vidéo où se succèdent toutes les pubs ayant eu "Made for sharing" pour slogan.

"Une faute, une ânerie, une erreur"

Réclamant le retrait du slogan, l'Académie française s'appuie sur l'article 23 de la charte olympique qui mentionne que "les langues officielles du Comité international olympique sont le français et l’anglais".  "Dans cet ordre", ajoute l’Académie, qui "exprime à l’unanimité sa réprobation devant la décision du comité d’accorder la priorité à la langue anglaise pour porter la candidature olympique de la ville de Paris".

Bernard Pivot a lui aussi réagi, au micro de RTL : le célèbre journaliste littéraire a estimé que ce slogan était "une faute, une ânerie, une erreur", avant de rappeler que le français est la langue olympique et d'encourager le comité à travailler sur "un slogan excellent et non pas cette nullité qu'ils ont trouvé, là".

Trois associations de défense de la langue française ont décidé de porter l'affaire devant la justice. Leur avocat, maître Emmanuel Ludot, a adressé une mise en demeure mercredi dernier au groupement d'intérêts économiques Paris 2024 et déposera dès lundi 20 février un référé devant le tribunal administratif de Paris. Il a également saisi le Défenseur des droits Jacques Toubon, estimant que le slogan enfreint la loi Toubon de 1994 relative à l'emploi de la langue française, ainsi que la charte olympique, rapporte l'AFP.

Polémique politique

Dans sa lettre de mise en demeure, le collectif parle d'"une insulte caractérisée à la langue française". Thierry Braillard, secrétaire d'État aux Sports, a répliqué ce vendredi après-midi. "Le slogan de la candidature n'est pas en anglais, il est en français, a-t-il assuré au micro de RTL. " C'est “Venez partager” Donc, je ne vois pas où est la polémique."

Co^té politique, le fameux slogan avait fait réagir Marine Le Pen, qui avait publié un communiqué intitulé "la trahison linguistique". Elle y exprime sa colère face au slogan anglais qu'elle voit comme "un mépris" pour la France. Florian Philippot, lui aussi ému par la chose, avait tweeté, le 3 février : "Ce slogan ne sera jamais le mien. Honte à vous." La maire de Paris, Anne Hidalgo avait répondu qu'il y avait bien un slogan français, "Venez partager", qui n'était pas la traduction de "Made for sharing", celui-ci voulant dire "Fait pour être partagé". "Et d'ailleurs, on est partis du français, de l'idée de partage, pour aboutir à l'anglais", a ajouté la mairie de Paris.

En 2012, avant de perdre la course aux Jeux olympiques face à Londres, la capitale française avait opté pour le slogan "l'amour des Jeux". Le 13 septembre 2017 à Lima (Pérou), le comité olympique choisira la ville gagnante. Los Angeles, Budapest et Paris sont les trois dernières villes en lice dans cette bataille où "l'amour des jeux" semble avoir un peu disparu.

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