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Vidéo : Jérôme Lavrilleux, l'homme de Bygmalion, s'immisce dans la campagne

Publié le

par Astrid Van Laer

L'ancien bras droit de Nicolas Sarkozy et de Jean-François Copé, Jérôme Lavrilleux, a accordé une interview à Mediapart. Il y annonce qu'il votera Emmanuel Macron et dénonce l'"hypocrisie" qui entoure la question des financements de campagne en France.

Mercredi 12 avril, Mediapart a publié un entretien réalisé par la journaliste Mathilde Mathieu avec l'eurodéputé Les Républicains Jérôme Lavrilleux :

Il revient sur l'affaire Bygmalion, donne son avis sur la législation actuelle en termes de contrôle des comptes de campagne et annonce son choix pour le premier tour de l'élection présidentielle avant d'annoncer qu'il quittera la politique lorsque son mandat prendra fin. On rappelle qu'il a été mis en examen en juin 2015 pour "complicité ou recel d'abus de confiance", "complicité d'escroquerie" et "complicité de financement illégal de campagne" dans le scandale Bygmalion, qui avait touché l'UMP en 2014. On avait découvert que le financement de campagne de l'élection présidentielle de 2012 était illégal. Il fut le directeur de cabinet de l'ancien président de l'UMP Jean-François Copé et le directeur de campagne de Nicolas Sarkozy. Jean-François Copé avait été accusé d'avoir favorisé l'entreprise Bygmalion, créée par quelques-uns de ses proches et cette dernière d'avoir surfacturé ses prestations à l'UMP puis d'avoir fourni de fausses factures pour masquer cela. Si on ne l'a pas suspecté d'enrichissement personnel dans cette affaire, on soupçonne le parti d'avoir voulu masquer le dépassement des plafonds instaurés par la loi.

Il dénonce l'"hypocrisie générale" qui entoure le financement des campagnes

Il parle d'un climat qui entraîne le mode de pensée "on gagne d'abord, on verra ensuite" et pointe du doigt une défaillance de la loi. Il souligne l'impuissance de la Commission chargée de contrôler les comptes de campagne en sous-entendant que cela est voulu par ceux qui l'ont créée : "si vous créez un gendarme et que vous lui donnez pas les moyens d'enquêter, vous avez créé un gendarme pour faire plaisir au public." Ironisant sur des "promotions" sur les écrans géants, Zénith, Bercy, drapeaux français, il émet un doute sur le fait que les campagnes actuelles puissent respecter les plafonds imposés. On rappelle que les plafonds sont fixés à 16,5 millions d'euros de dépenses pour le premier tour et 22,5 millions d'euros pour le second tour. N'ayant pas le sentiment d'assister à une campagne "low cost", Jérôme Lavrilleux accuse à demi-mot les candidats de ne pas respecter les règles. Venant de quelqu'un qui connaît si bien le système de contournement de la loi, on veut bien le croire.

Il annonce qu'il votera Emmanuel Macron

Enfin, comme on se doute que beaucoup d'entre vous brûlaient d'envie de savoir pour qui M. Lavrilleux allait voter au premier tour de l'élection présidentielle, on vous livre cette information précieuse. Il refuse de voter François Fillon, à propos de qui il avait déclaré en 2014 qu'il ne valait mieux "pas le connaître pendant la guerre", pourtant issu de la même famille politique que lui. Puisque Michèle Alliot-Marie, qu'il avait parrainée, ne fait pas partie des onze candidats, Jérôme Lavrilleux se reportera, par défaut, sur un vote en faveur du candidat d'En Marche !, Emmanuel Macron :

"Pas parce que je n'aime pas [François Fillon], ce qui pourrait être un motif suffisant, remarquez. Je pense qu'il faut qu'on soit sûr que les Français aient le choix, aient la possibilité de choisir. Face au risque d'avoir au second tour au moins un des représentants des tenants de ce que j'appelle les extrêmes, extrême gauche ou extrême droite, il faut qu'il y ait un représentant d'une ligne qui soit plus tempérée, modérée et qui ne mène pas notre pays à une catastrophe immédiate. [...] Le mieux placé pour éviter ce scénario-là à l'heure actuelle, c'est Emmanuel Macron."

Pourtant, lorsque les affaires judiciaires concernant François Fillon ont été mises au jour dans les médias en février dernier, M. Lavrilleux avait témoigné son soutien au candidat de la droite et du centre :

"Comme vous aujourd'hui, j'ai moi-même été pris dans une véritable tempête médiatique et judiciaire, parfois alimentée par les propres 'amis politiques'. Aussi, je sais à quel point cela doit être dur pour vous et vos proches. Restez confiant car nous avons dans notre pays la chance de pouvoir compter sur une justice indépendante et compétente, qui sait établir la vérité des faits et des responsabilités. C'est au final la seule chose qui compte."

En effet, Jérôme Lavrilleux avait dû accepter de nombreuses sollicitations médiatiques pour répondre de ses actes. Et, du coup, on ne résiste pas à l'envie de vous montrer son passage sur le plateau de BFMTV en mai 2014, au moment de la dite affaire Bygmalion :

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