Comment un prisonnier américain est devenu un mème Internet

Jeremy Meeks, 30 ans, est un criminel actuellement derrière les barreaux. Sa photo d'identité, publiée par un commissariat de Californie, a fait de lui un mème Internet.

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Jeremy Meeks, le prisonnier devenu mème (Crédit Image : Facebook)

Internet est un grand mystère bordé de mèmes. Sur sa page Facebook officielle, le très sérieux commissariat de Stockton, une ville de 300.000 âmes située en Californie, a téléchargé le "mugshot" d'un prisonnier. Il s'appelle Jeremy Meeks, a 30 ans, et sa photographie est disposée entre celles de Terry Bailey et de Juzri Coleman, ses complices. Bref, rien d'extraordinaire : tous ont été arrêtés pour une série de vols à main armée.

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Le hic, c'est que Jeremy Meeks a attiré l'attention de milliers d'internautes. En moins de 24 heures, la puissance du réseau social a entraîné plus de 55.000 "j'aime", 6.400 partages et 16.000 commentaires. Partant de ce constat, les médias trouvent leur angle : Jeremy Meeks, ce tombeur aux yeux bleus aujourd'hui en prison, attire les femmes.

En témoigne un passage de l'article de L'Express, titré "Jeremy Meeks, le gangster au look de mannequin que les femmes "likent"" :

Ses yeux bleus, ses lèvres pulpeuses et son sex-appeal, voilà qui intéressent [les internautes, ndlr] davantage... et les poussent à "liker" sa photo sur la page Facebook de la police de Stockton.

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Même si personne ne semble prendre conscience que ce monsieur a déjà fait neuf ans de prison et possède un tatouage en forme de goutte d'eau au coin de l'oeil – ce qui peut vouloir dire soit qu'il a déjà tué, soit qu'il a déjà perdu un être cher –, l'histoire a été reprise par près de 500 médias, selon BuzzFeed : TMZ, US Weekly ou USA Today n'ont pas hésité à couvrir l'affaire, aidant à ce que le hashtag "#JeremyMeeks" devienne l'un des sujets les plus discutés sur Twitter.

Jeremy "Mème"

Le phénomène Internet commence ici. Car au-delà des commentaires, "like", partages et marques d'affection, Jeremy Meeks va rapidement devenir un mème. Son visage va être détourné des centaines de fois pour être diffusé sur les réseaux sociaux et être notamment apposé sur des publicités... Calvin Klein.

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Tous ces détournements sont déjà répertoriés sur une page Facebook qui a obtenu plus de 3000 "like" en 16 heures. En l'espace d'une journée, sa vie privée vient aussi de connaître un sérieux coup de projecteur.

Des internautes réussissent à "stalker" le prisonnier pour faire savoir à la Toile entière qu'il était déjà marié, avec un enfant à charge. Avec une photo à l'appui. Sur un Blogspot, sa vie est déjà compartimentée à l'aide d'espèces de chapitres illustrés : "Criminel ou mannequin", "Jeremy avec sa mère", "Jeremy et son fils", "Jeremy et sa femme".

(Capture d'écan du site http://jeremymeeks.blogspot.fr/)

(Capture d'écan du site http://jeremymeeks.blogspot.fr/)

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En parallèle, Twitter permet à ce que le hashtag "#FreeJeremyMeeks" soutienne le prisonnier afin de le faire sortir de prison. Pour ce faire, une page soi-disant mise en ligne par sa mère est là pour récolter de l'argent pour payer sa caution. Sur l'objectif des 25.000 dollars, 2.100 dollars ont déjà été réunis.

En moins d'une journée, Jeremy Meeks est devenu un phénomène dont Internet a le secret. Mais ce n'est pas le premier : il a déjà son clone féminin. Elle s'appelle Meagan Simmons, est une assistante médicale de 28 ans et est passée par la case prison pour avoir conduit en état d'ébriété il y a quatre ans. Des internautes n'avaient pas hésité, là aussi, à photoshoper son "mugshot", cette fameuse photo d'identité prise par les policiers.

Par Louis Lepron, publié le 20/06/2014