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Affaire Jeremstar : du vol supposé de scoop aux plaintes pour corruption de mineur

Depuis le vol supposé d’un scoop à un blogueur, le chroniqueur Jeremstar est accusé d’avoir aidé son ami Pascal Cardonna à abuser de jeunes mineurs.

(© Wikimedia/CC)

Jeremstar, fini de hurler titrait à propos de cette affaire L’Express ce 24 janvier. En cause une polémique entourant le blogueur-chroniqueur Jeremstar, visé par de graves accusations le concernant lui et Pascal Cardonna, un de ses amis apparaissant souvent dans ses stories sur Snapchat — lesquelles sont parmi les plus vues de France.

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Jérémy Gisclon, originaire de Lyon et âgé de 31 ans, est en effet l’une des célébrités françaises les plus influentes auprès des adolescent·e·s avec par exemple près de deux millions d’abonnés à son compte Twitter.

Notamment célèbre pour ses interviews "baignoire" où il interroge des candidat·e·s de télé-réalité dans son bain, Jeremstar fait la pluie et le beau temps dans le milieu, arrangeant des contrats pour ses protégé·e·s et dévoilant en avant-première des scoops sur les émissions et leurs candidat·e·s. Et depuis septembre 2017, Jérémy Gisclon est également chroniqueur dans l’émission de Thierry Ardisson, "Les Terriens du dimanche", sur C8. Du moins il l’était, car le "Jeremstar Gate" a depuis le 15 janvier tout mis en suspens.

Quand L’Obs lui demandait, en 2016, ce qu’il faisait si des journalistes lui volaient ses scoops, le blogueur répliquait :

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"Je les pourris."

Et c’est précisément ce qu’a fait l’un de ses followers, blogueur people à son échelle. Sous le pseudo "Aqababe", un jeune homme de 19 ans lance une vendetta sur Snapchat, Tumblr et Twitter mi-janvier, comme il l’a raconté à L’Obs :

"Un jour, je découvre que Jeremstar a repris une de mes infos exclusives sur des candidats des 'Anges 10', sans me citer. J’essaie de contacter Jérémy, qui m’ignore, et me bloque. Je me suis senti humilié."

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Le jeune homme décide donc de se venger, et publie dans la foulée une vidéo de Jeremstar en train de se masturber (depuis supprimée). Tout en menaçant de révéler des dossiers sur Babybel, le surnom de Pascal Cardonna, un ami de Jérémy Gisclon qui occupe depuis 2008 la fonction de coordinateur numérique du réseau des radios France Bleu pour le sud, à Nîmes.

#JeremstarGate

Babybel et ses soirées sont souvent filmés par le chroniqueur, qui lui rend régulièrement visite et lui a permis de trouver une certaine célébrité parmi ses nombreux followers. "Ma vie privée est mon outil de travail", expliquait Jeremstar en 2016, donnant en exemple :

"Je vais partir en week-end et je vais emmener cette personne en me disant que cela pourra faire du bon contenu à poster sur Snapchat…"

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En l’occurrence, Aqababe s’est servi de ce mélange vie privée/vie publique pour attaquer Jeremstar au hasard le 15 janvier. "C’était du bluff, je ne savais pas grand-chose en fait", a-t-il confié à L’Obs, expliquant que c’est après ces menaces qu’il a commencé à recevoir "des vidéos, des documents" accusant Pascal Cardonna de harceler, voire agresser sexuellement de jeunes mineurs, parfois en se servant de son amitié avec Jeremstar et/ou les payant pour les faire venir à ses soirées.

Dans la foulée, Aqababe publie certaines de ces captures d’écran, ainsi que des vidéos et des enregistrements audio. Ses publications sont très suivies sur Snapchat et Twitter, et d’autres internautes se mettent à partager des extraits d’anciens snaps montrant des discussions ambiguës entre Jérémy Gisclon et Pascal Cardonna, dans lesquelles ils évoquent notamment leurs soirées et de jeunes invités.

Le hashtag JeremstarGate naît, et est largement utilisé. Plus de 300 000 messages sur le sujet ont été postés en 48 heures sur Twitter, d’après Visibrain. Le soir du mardi 16 janvier, le Jeremstargate était le sujet le plus discuté en France sur Twitter entre les "Jeremstarlettes" et les détracteurs du blogueur, comme France Info le rapporte.

Les internautes sont alors nombreux à interpeller les médias, fustigeant l’absence de traitement de l’affaire. Mashable souligne ainsi que ce n’est que le mardi après-midi que des articles sortent sur le sujet, d’abord quand Sud-Ouest relaie l’annulation d’une séance de dédicaces du blogueur à Pau, puis Le Parisien sur la suspension de la participation de Jeremstar à "Salut les Terriens".

D’abord très inhabituellement silencieux sur tous les réseaux (il a suspendu toutes ses activités publiques depuis le 15 janvier), Jeremstar dépose plainte pour "atteinte à l’intimité de la vie privée" le 16, et publie un long communiqué sur Twitter le lendemain. "On m’accuse d’être à la tête d’un réseau de prostitution de mineurs. Je nie" déclare-t-il, tout en commençant à prendre ses distances avec Babybel.

Ce dernier dément également toutes les accusations le visant auprès de l’AFP, à qui il annonce avoir porté plainte pour "diffamation et atteinte à la vie privée". Qualifiant les allégations le visant de "diffamatoires et mensongères", il se défend : "Il ne faut pas confondre homosexualité et pédophilie ! Derrière cet amalgame ignoble, il y a des relents nauséabonds voués a assurer du sensationnel et du buzz !"

Deux jeunes hommes ont porté plainte contre Cardonna

L’affaire ne s’arrête pourtant pas là. Encouragé par le "Jeremstar Gate" lancé par Aqababe, le 22 janvier, un premier jeune homme annonce porter plainte contre Pascal Cardonna pour "viol aggravé sur mineur, corruption sur mineur, atteinte sexuelle sur mineur, recours à la prostitution de mineur" le tout "sous aggravation de faits commis en bande organisée". Annoir, étudiant à Montpellier de 18 ans, raconte à L’Obs que le proche de Jeremstar l’a violé quand il était âgé de 15 ans.

Un copain l’avait invité à une soirée dans la villa de Babybel, sous couvert d’y voir Jeremstar. Pascal Cardonna se serait fait de plus en plus pressant au fil de la soirée, demandant explicitement à Annoir d’avoir une relation sexuelle avec lui.

"Il devenait très grossier. Il m’a dit que si je voulais revenir à ses soirées, il fallait passer dans son lit. Il me promettait en échange de m’aider dans la vie. Mais je n’avais pas du tout envie. Dans la nuit du 16 au 17 février 2016, je ne sais pas ce qui s’est passé, je me suis réveillé dans sa chambre, il était en train de me faire une fellation. Je me suis défendu, je suis parti, en état de choc. Il était 4 heures du matin, j’ai marché le long de la route jusqu’à la gare de Nîmes. J’ai attendu le premier train en chialant."

Le jeune homme accuse également Jeremstar de complicité :

"Pascal Cardonna n’a eu de cesse d’user de la présence complice de Jéremy Gisclon pour imposer à Annoir S. de nombreux attouchements sexuels et l’inciter, de manière répétée et insistante, à prendre part à une activité sexuelle avec lui."

Pascal Cardonna et Jeremstar nient, et disent à L’Obs avoir porté plainte pour diffamation. Dès le lendemain, un deuxième jeune homme témoigne, cette fois sur Libération, sur les soirées présumées qui se seraient tenues chez Pascal Cardonna.

Il dit avoir eu une relation sexuelle tarifée avec lui en 2011, alors qu’il avait 14 ans. Et accuse Babybel d’entretenir un schéma bien rodé visant à abuser d’adolescents, décrivant comment il "avait toujours une cible, soit qu’il avait amenée, soit qu’il choisissait parmi les garçons qu’il nous demandait d’inviter".

Annoir précise au site qu’il a lui-même été à plusieurs soirées organisées par Pascal Cardonna, "plus d’une dizaine". Et si selon lui Jérémy Gisclon "n’était pas présent à chaque soirée", "il y avait toujours d’autres garçons invités". Au même profil : "Ils étaient jeunes et gays", décrit Annoir à Libération.

Le site souligne à ce sujet "des similitudes avec plusieurs autres" témoignages reçus depuis le début du "Jeremstar Gate", dont le récit de Jason, employé de 21 ans, qui a annoncé avoir à son tour porté plainte contre Pascal Cardonna ce 25 janvier.

Il décrit dans sa plainte des avances répétées et insistantes, un rapport tarifé auquel il se serait livré "à contrecœur" et explique que Pascal Cardonna aurait exercé sur lui une "véritable emprise psychologique" de 2012 à 2016.

Jason aurait alors participé à des "soirées hebdomadaires", réunissant "exclusivement" "des garçons âgés de 14 à 20 ans et présentant tous un profil fragile et issus de milieux populaires". "L’un d’entre eux se voyait nécessairement contraint d’avoir un rapport sexuel" avec Pascal Cardonna, continue le jeune homme.

À Libération, Jason a précisé qu’il était convaincu que Babybel les droguait : "Il y avait de l’alcool à chaque fois. Mais parfois on en buvait peu, et on avait des trous noirs, on oubliait ce qu’il se passait." Et Pascal Cardonna aurait "souvent" rémunéré les relations sexuelles avec de l’argent ou en nature.

"Je me désolidarise totalement de Pascal Cardonna"

En tout, Pascal Cardonna a déposé trois plaintes depuis le début du "Jeremstar Gate", comme le rapporte Le Monde. Contre Aqababe, par qui tout a commencé, pour "diffamation et atteinte à la vie privée", ainsi que contre Jean-Claude Elfassi, qui tient un blog à scandales et a relayé des accusations, "pour dénonciation calomnieuse et diffamation".

Son avocat, Christophe Dubourd, a également précisé au site que Pascal Cardonna avait porté plainte contre Annoir, "pour dénonciation calomnieuse et menace physique" car il aurait voulu l’agresser (Annoir a rejeté ces accusations auprès de Libération) :

"Dans la nuit du 20 janvier, ce jeune homme qui habite Lunel fait une expédition punitive avec trois amis plus costauds que lui jusqu’au domicile de mon client. Ils ont été pris par deux amis de M. Cardonna en train d’essayer d’escalader sa terrasse. Les deux garçons les ont fait dégager."

L’avocat du quinquagénaire a expliqué que Pascal Cardonna niait avoir eu des relations sexuelles avec les deux plaignants :

"Ce n’est pas un secret, il ne s’en cache pas, mon client fréquente des gens plus jeunes que lui. Il invite à son domicile pour des soirées des jeunes gens de 18, 19 jusqu’à 30 ans. mais il ne les séquestre pas sexuellement. Il aime la compagnie de la jeunesse, on en pense ce qu’on veut mais ce n’est pas interdit."

De son côté, Jeremstar s’est dit "innocent" des accusations de complicité le visant dans un deuxième communiqué publié le 23 janvier. Il s’y est aussi explicitement désolidarisé "totalement" de Pascal Cardonna. Et de conclure :

"Je suis innocent. Je suis à bout. J’aimerais dire une fois pour toutes que le 'JeremstarGate' n’existe pas. Le 'CardonnaGate' existe. Aucun doute n’est possible à ce sujet désormais, mais c’est à la justice de se prononcer."

Et l’affaire est bien aux mains de la justice, comme Aqababe l’a confirmé sur Twitter, annonçant l’ouverture d’une information judiciaire suite à la plainte déposée contre lui par Jérémy Gisclon. De son côté, Annoir a assuré à Libération qu’il continuait de recevoir des témoignages de victimes présumées de Pascal Cardonna. "Il y aura d’autres plaintes, environ une dizaine, peut-être une vingtaine" a-t-il prédit. Son avocat, Kamel Benamghar, a précisé à franceinfo qu’il examinait "cinq à sept" autres dossiers.

Dans un communiqué sur Twitter, Annoir a exprimé à nouveau sa détermination "à continuer [son] combat pour la libération de la parole des victimes" le 24 janvier.

"Je suis aujourd’hui libéré d’un fardeau. Cette plainte pour la vérité et la justice est la première étape vers ma réparation psychologique."

Le réseau social où l’affaire a commencé s’est imposé comme un medium primordial pour les victimes supposées, qui y ont transmis leurs témoignages et plaintes dans des communiqués. Annoir comme Jason ont ainsi créé des comptes spécifiquement pour s’y exprimer, face aux défenseurs et détracteurs de Jeremstar qui continuent de débattre et de s’affronter.

En attendant que la justice fasse la lumière sur l’affaire, le "Jeremstar Gate" a lancé une réflexion sur le traitement médiatique de ce genre de révélations supposées sur les réseaux sociaux. Mashable a souligné comment l’affaire rappelait "que l’enquête journalistique, notamment lorsque les faits sont graves, a parfois un temps incompressible qui n’est clairement pas celui des réseaux sociaux". Avant de conclure :

"Les médias ne peuvent plus se permettre d’attendre lorsqu’une affaire a un tel retentissement sur les réseaux. Ils doivent jouer le rôle d’authentification et de validation de l’info qui est le leur, et dont le jeune public est au final demandeur. Deux jours, en 2018, c’est trop long."

Par Mélissa Perraudeau, publié le 26/01/2018

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