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Jean-Luc Mélenchon veut rendre l'université gratuite dès la rentrée prochaine

Publié le

par Astrid Van Laer

Le candidat de la France insoumise a dévoilé son programme, intitulé "L'avenir en commun", dimanche 19 février. En matière d'enseignement supérieur et de recherche, il propose notamment de rendre l'université gratuite.

© Pierre-Selim/Wikimedia Commons

Dans son programme concernant la recherche et l'enseignement supérieur, Jean-Luc Mélenchon établit un constat assez alarmant, qu'il intitule "le savoir en danger". Coécrit par Hendrik Davi, docteur en écologie, Raphaëlle Temios, agrégée de sciences et vie de la Terre et de l’Univers, et Jean-Louis Bothurel, docteur en linguistique allemande, ce livret liste "10 mesures d'urgence" concernant l'enseignement supérieur et la recherche. Et la "gratuité des formations universitaires" figure en première place de ce classement :

"L'université sera gratuite, prise en charge par l'État. Nous visons un doublement du budget de l’ESR [l'enseignement supérieur et la recherche, ndlr] en cinq ans."

L'ancien ministre délégué à l'Enseignement professionnel de Lionel Jospin y critique vivement le coût des inscriptions en faculté, qu'il considère comme étant la conséquence d'une volonté de l'État de soumettre l'enseignement supérieur et la recherche "à une logique marchande", et accuse "la flambée des frais d’inscription [...] déjà programmée pour pallier la faillite des universités autonomes". Jean-Luc Mélenchon oppose également universités et grandes écoles : "Cette dégradation des conditions d’études à l’université contraste avec l’investissement soutenu dans les filières 'd’élite' que sont les grandes écoles."

Ce seraient donc l'équivalent de deux milliards d'euros qui serviraient à rénover les universités, construire des logements étudiants, aider le CNRS (Centre national de la recherche scientifique) et les EPST (Établissement public à caractère scientifique et technologique) mais aussi à créer une allocation d’autonomie à hauteur de 800 euros chaque mois pendant trois ans "sous condition de ressources pour les jeunes engagés dans une formation qualifiante". En outre, Jean-Luc Mélenchon souhaite des "grandes écoles publiques recentrées sur leurs missions d’intérêt général", qui "seront associées à des universités en égalisant les moyens octroyés".

Enfin, Jean-Luc Mélenchon veut renforcer l'indépendance d'instituts de recherche comme le CNRS, interdire aux chercheurs publics d'être rémunérés par des organismes privés et leur accorder le statut de lanceurs d'alerte. Il propose également de recruter 5 000 chercheurs et chercheuses en cinq ans ainsi que de titulariser les personnes en situation d'emploi précaire. En revanche, exit les primes au mérite et à l'excellence.

Qui va payer?

Si la proposition est louable, elle serait évidemment extrêmement coûteuse. Le Monde rappelle que "les droits de scolarité dans les établissements publics d'enseignement supérieur sont cette année de 184 euros en licence et 256 euros en master". 
Pour rendre cette mesure possible, ce titulaire d'une licence de philosophie propose de sortir de l'austérité. Ainsi, il souhaite porter "l'effort de recherche et développement (R&D) à 3 % du PIB, avec 1,5 % du PIB pour le secteur public en 2022, c’est-à-dire un doublement du budget de l’ESR en cinq ans". 
Pointant du doigt "la politique destructrice" de l'austérité, le candidat à l'élection présidentielle fustige des dépenses qui sont à son sens inutiles, qu'il souhaite donc supprimer :
 " Pour 1 euro distribué à la recherche, 50 centimes ont d’abord été dépensés en temps de travail bureaucratique "
Il précise aussi que s'il était élu, il abolirait le crédit d'impôt recherche (CIR), une aide publique qui permet aux entreprises qui ont investi dans la recherche et le développement d'obtenir des déductions d'impôt, qu'il estime trop coûteuse (5,5 milliards d'eurso) et qu'il accuse d'être une "niche fiscale notoirement inefficace". Il compte également supprimer le Haut Conseil à l'évaluation (HCERES) et l'Agence nationale de la recherche (ANR) afin que les fonds qui leur sont actuellement alloués soient redistribués directement à la recherche, sans processus de mise en concurrence.

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