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Mélenchon ne donne pas de consigne mais affirme que "tout le monde sait" pour qui il votera

Publié le

par Virginie Cresci

Après cinq jours de silence, Jean-Luc Mélenchon s’est enfin exprimé sur sa défaite à l’élection présidentielle. Entre "l’extrême finance et l’extrême droite", il sait ce qu’il fera, mais affirme vouloir laisser la liberté à chacun de choisir, sans donner clairement de consigne de vote. 

"Est-ce qu’il y a une seule personne d’entre vous qui doute que je ne voterai pas Front national ?" Cette phrase, que Jean-Luc Mélenchon a prononcée ce vendredi 28 avril, résume sans doute le mieux, sa décision de ne pas donner directement de consigne de vote aux "insoumis" qui ont voté pour lui dimanche dernier.

Cela faisait cinq jours que les éditorialistes s’en donnaient à cœur joie, critiquant le mutisme de celui qui d’habitude, a la langue bien pendue. Jean-Luc Mélenchon a finalement réagi sur ce premier tour dans sa 26e "revue de la semaine" pendant trente longues minutes. Il est d’abord revenu sur les radiations des listes électorales qui ont, selon lui, créé "une ambiance un peu malsaine".

Puis il a attaqué les médias qui, d’après lui, n’ont pas respecté comme il se doit la trêve électorale de dimanche et l’ont davantage critiqué que Marine Le Pen durant la semaine qui a précédé le premier tour. Mais enfin, il lui a bien fallu reconnaître sa défaite : même si c’était "ric-rac", c’était "néanmoins perdu".

"L’un c’est l’extrême finance, l’autre c’est l’extrême droite"

Il l’avoue, il est "très déçu" et "le choc a été rude", mais il est bel et bien là, ni à la retraite, ni malade, prêt à se lancer dans "ce combat" des élections législatives. Bref, Mélenchon tourne autour du pot. Pour qui va-t-il donc voter, entre ce qu’il appelle "l’extrême droite" et "l’extrême finance""Deux personnages qui, selon lui, tous les deux, portent un projet qui va diviser tout le monde et créer une pagaille inouïe dans le pays".

Pour le "porte-parole", comme il se désigne, de la France insoumise, Emmanuel Macron va créer "une guerre de chacun contre tous sur le plan économique." Mais Marine Le Pen, c’est "encore pire", dit-il : "Elle va aller fouiller dans les berceaux qui est Français, qui ne l’est pas, qui ne le sera plus."  En plus de "la charge sociale qu’elle porte contre l’intérêt des salariés", et qu’il ne "faut pas oublier".

Jean-Luc Mélenchon sait pour qui il ira voter, et d’ailleurs, "tout le monde le sait," maugrée-t-il. Il accuse ceux qui "créent le doute" sur son choix le 7 mai. "Un doute sur quoi ? proteste-t-il, sur ce que je pense du Front national ? Mon opinion, elle est affichée sur tous mes habits depuis cinq ans", affirme-t-il en saisissant le triangle rouge accroché à sa veste, l’insigne qui représente les déportés politiques.

"Le doute n’existe pas sur ce que va être mon vote"

Il réaffirme que la France insoumise est "une mouvance politique qui n’a rien à voir avec l’extrême droite" et que, d’ailleurs, il est parmi ceux qui l’ont le plus combattue, notamment à Hénin-Beaumont pendant les élections municipales, en 2014. "Il n’y a pas de doute sur qui nous sommes", a-t-il souligné, rappelant qu’il ne se gêne pas pour remettre en cause Marine Le Pen et le Front national à chacun de ses meetings, encouragé par les applaudissements.

Mais "il ne faut pas se laisser enfermer dans les injonctions", poursuit Jean-Luc Mélenchon. Cependant, il affirme que "le doute n’existe pas sur ce que va être [son] vote", mais qu’il ne donnera aucune consigne, pour que chacun "reste groupé". "Si je le fais, je vous divise, à quoi ça servira ?", tonne-t-il, avant d’ajouter: "Moi, j’irai voter. Je suis une personne libre. Mais ce que je vais voter, je ne vais pas le dire, mais il n’y a pas besoin d’être grand clerc pour deviner ce que je vais faire."

Il s’en remet à la consultation aux "insoumis"

Jean-Luc Mélenchon a expliqué s’être inspiré des syndicats pour la consultation mise en place sur la plateforme de la France insoumise. Il a par ailleurs rappelé que dans ses propositions, aucune ne mentionnait Marine Le Pen. Les trois autres étant : voter Macron, voter blanc ou s’abstenir. "Je vous connais assez pour savoir ce que vous ne ferez jamais", a-t-il affirmé, précisant que la technique de la consultation était une forme de modernité dans la façon de faire de la politique.

Il appelle chacun de ses électeurs à être "des personnes libres et conscientes" des enjeux de ce second tour, dont la situation est "hideuse". Il a ensuite enchaîné plusieurs minutes sur les élections législatives, qui sont la prochaine "étape", le prochain "combat" à mener. Il a dès à présent lancé un premier appel à Benoît Hamon et aux Verts, sans les nommer : "Moi, je tends la main à tous ceux qui veulent faire équipe commune avec moi dans la France insoumise."

Enfin Jean-Luc Mélenchon a appelé ses électeurs à "adopter continuellement un point de vue conquérant" et à continuer à militer pour convaincre les dix millions de personnes qui ne sont pas allées voter au premier tour. Il affirme "penser à elles" au lieu de donner "des consignes inexplicables et incompréhensives". Un peu ému, il a tenu à remercier ses électeurs pour leur soutien après cette défaite qu’il a vraisemblablement beaucoup de mal à encaisser : "Vous me dites merci, c’est à mon tour de vous dire merci, tous autant que vous êtes." 

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