Si jamais vous devez prouver en un mot que vous êtes humain, choisissez "caca"

Deux chercheurs ont réimaginé le test de Turing, dans lequel deux interlocuteurs ne peuvent prononcer qu'un seul mot pour prouver qu'ils sont bien humains.

Westworld.

Formulons une expérience de pensée. Dans un avenir lointain, les progrès de la cybernétique ont rendu les robots indistinguables. Pour arriver à faire le tri, des opérateurs sont spécialement formés. Vous êtes un de ces opérateurs. Devant vous, deux interlocuteurs que vous ne pouvez pas voir. L'un est un être humain, l'autre un robot. Chacun ne peut prononcer qu'un seul mot pour vous convaincre de son humanité. Cette expérience, John McCoy et Tomer Ullman, chercheurs au MIT et à l'université de Pennsylvanie, ne se sont pas contentés de l'imaginer : ils l'ont menée, et viennent de publier leurs résultats dans la revue Journal of Experimental Social Psychology.

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Leur expérience, expliquent-t-ils à Psychology Today, n'est rien de moins qu'un "test de Turing simplifié". En 1950, bien avant la possibilité d'une intelligence artificielle, le mathématicien Alan Turing invente une procédure, une sorte de conversation via écran interposé, qui permet à un être humain de déterminer s'il parle à une machine ou non en jugeant de sa maîtrise du langage naturel. Une méthode qui se révélera relativement efficace, la première machine parvenant à passer le test étant le programme PARRY, en 1972, en se faisant passer pour... un schizophrène paranoïaque. Le test de McCoy et Ullman, lui, corse énormément les choses pour l'observateur, puisque chacune des deux entités (humain ou machine) n'a le droit qu'à un mot. Et vous, quel mot choisiriez-vous si vous deviez prouver votre humanité ?

Susciter l'émotion plutôt que la nommer

Dans un premier temps, McCoy et Ullman ont demandé à 1 089 volontaires de choisir un mot qui révélerait à un humain votre humanité (vous suivez ?). Sans surprise, nous sommes très, très consensuels : 47 % des répondants ont choisi un mot appartenant à l'univers émotionnel, dont 14 % pour le mot "amour", le plus représenté, suivi de "compassion", "humain" et "s'il vous plaît". En tout, les chercheurs ont identifié 428 mots divisés en 10 catégories , allant de la nourriture – pizza, banane, jambon, etc. – à la foi, les animaux et les fonctions biologiques (pipi, caca, vagin, pénis et j'en passe...).

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Dans un second temps, armé de ce corpus sémantique, les deux chercheurs ont reproduit en conditions réelles la situation de leur test de Turing modifié, en demandant à plus de 2 000 sujets de choisir lequel des deux mots, parmi une short list des termes les plus représentés dans chaque catégorie, provenait d'un être humain, histoire de terminer le tri. Le mot qui est le plus souvent passé pour humain aux yeux des observateurs a été... "caca". Selon les deux chercheurs, s'ils avaient inclus d'autres mots évoquant des émotions plutôt que de simplement le nommer, ceux-ci auraient probablement été jugés humains.

Aucune machine ne comprendra jamais l'effet que peut produire des mots comme "putride", "dégueulis", "vase" ou "Jean-Marie Le Pen" affichés sur un écran à hauteur d'œil. C'est pavlovien. Aucun programme ne peut concurrencer une telle efficacité. Et si vous trouvez l'expérience dérangeante, vous n'êtes pas seul : selon les chercheurs, l'un des observateurs a déclaré "avoir l'impression d'être dans une nouvelle d'Asimov". Il avait à choisir entre.... "humain", et "robot". Surréaliste.

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Par Thibault Prévost, publié le 26/09/2018

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