Mode : l'artiste Sebastian Bieniek accuse Jacquemus de plagiat

Le peintre berlinois reproche notamment au créateur français d'avoir usurpé sa série Doublefaced.

Photo tirée de la série "Doublefaced" de Sebastian Bieniek © Instagram de Sebastian Bieniek

Photo tirée de la série Doublefaced de Sebastian Bieniek. (© Instagram de Sebastian Bieniek)

L'année dernière, Simon Porte Jacquemus enflammait la Fashion Week parisienne avec le défilé de sa ligne automne-hiver 2015. L'enthousiasme général pour cet évènement était incontestablement dû aux coupes élégantes, épurées et minimalistes de la collection, qui sont devenues la marque de fabrique du jeune créateur français, mais aussi aux étranges expressions adoptées par les mannequins sur le podium.

Durant le défilé en effet, les modèles de Jacquemus ont captivé les spectateurs grâce à leurs visages dédoublés, nés d'un superbe travail conceptuel de maquillage acclamé par la critique. Mais voilà : un an et demi après ce défilé réussi à la Fashion Week de Paris, Jacquemus est aujourd'hui accusé de plagiat par Sebastian Bieniek, un artiste originaire de Pologne et désormais basé à Berlin, dont la série Doublefaced rappelle étrangement les doubles faces de Jacquemus.

Mardi 18 octobre dernier, Sebastian Bieniek a partagé un post sur sa page Facebook pour expliquer que le créateur parisien l'aurait approché en 2015 pour réaliser une "vraie collaboration", mais que cette dernière se serait finalement soldée par un pur vol. "Il s'agit du pire divorce depuis Brangelina, et il s'appelle Bienemus !", tacle-t-il, non sans humour.

"En mars 2015, [Jacquemus] m'a proposé une 'vraie collaboration'. Il m'a écrit en me disant qu'il était un grand fan de mon travail, depuis des années, relate l'artiste. Il m'a montré les dessins 'secrets' de sa nouvelle collection, et j'ai tout de suite vu que l'intégralité de cette collection était basée sur ma série 'Fascination'. Mais Jacquemus convoitait aussi mes travaux 'Painted Faces' (Doublefaced, Secondfaced, Me & My Friends). Il m'a dit qu'il était très, très, très pauvre et n'avait pas d'argent, mais qu'il aimait tellement mon travail... blabla..."

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© Page Facebook de Sebastian Bieniek

"Sa superbe collection (faussement) originale"

Selon ses dires, Bieniek a fini par accepter de collaborer avec Jacquemus. "Quelques heures [après le défilé], mon travail 'Doublefaced' était publié dans la presse du monde entier, poursuit-il. Tout le monde l'a vu, tout le monde a écrit dessus, tout le monde en a parlé, mais personne n'a mentionné l'artiste original : Sebastian Bieniek ! Juste Jacquemus. [...] Quelques heures plus tard, le très, très, très pauvre Jacquemus a été récompensé des mains de Karl Lagerfeld du prix LVMH d'une valeur de 150 000 euros, pour sa superbe collection (faussement) originale. Pensez-vous que j'ai récolté ne serait-ce qu'un centime ?"

Fou de rage, Sebastian Bieniek aurait alors contacté Jacquemus pour lui demander des explications, ce à quoi ce dernier aurait répondu : "Tu sais comment sont les journalistes : ils écrivent ce qu'ils veulent, on ne peut rien y faire." Malgré tout, Jacquemus aurait, selon Bieniek, continué à faire la promotion de son défilé sur les réseaux sociaux, sans jamais parler de l'artiste berlinois. "Si tu continues à partager mon travail sans mentionner mon nom, je vais venir te botter le cul", lui aurait alors écrit Bieniek, qui poursuit dans son post Facebook :

"[...] Il a commencé à citer ses inspirations dans des interviews : Bruce Lee, le soleil, les tomates, le bleu, les enfants, l'homme de Néandertal... toute cette merde que tu as besoin de déballer pour séduire la mère de ta meuf, et à la vingt-cinquième position, il a cité : '... et aussi Sebastian Bieniek.' Donc il a commencé à diluer mon nom et mon travail. Il a même dit : 'Maquillage par Sebastian Bieniek'. WTF !!! Maquillage par Sebastian Bieniek ??? Tu dirais 'Couleurs par Andy Warhol' ou 'lignes par Pablo Picasso'" [...] ?

Visiblement dégoûté, l'artiste, qui a également visé Jean Paul Gaultier et la marque de bière Desperados sur Instagram, conclut :

"De mon point de vue, c'est une vraie, vraie escroquerie. C'est mesquin, mensonger, et cela montre le monde de la mode parisienne comme un milieu réellement merdique. Un monde où rien n'est original, authentique, où tout est mensonge, vol. À la surface, et à l'intérieur."

Quelques heures après cette déclaration de Sebastian Bieniek sur Facebook, Simon Porte Jacquemus a réagi sur Instagram en citant pour inspiration une photo du magazine Harper's Bazaar datant des années 60, déclarant : "Cher Sebastian, au lieu de m'insulter et de publier de la merde au sujet de [la marque] Jacquemus et moi-même, tu devrais jeter un coup d'œil à Harper's Bazaar dans les années 60, un magazine très inspirant, qui est l'un de mes préférés" :

Par Naomi Clément, publié le 19/10/2016