Jacob Kane, le jeune créateur anglais dont on entendra bientôt parler

Tout juste diplômé, ce jeune designer de mode s’apprête à sortir une première collection qu’il veut à l’image de la jeunesse anglaise.

Jacob Kane a 22 ans et vient de sortir diplômé avec les honneurs de la Manchester Fashion School. Après un passage par les studios du créateur anglais Christopher Shannon, il s’apprête à lancer sa première collection en ligne le 12 juillet. Inspiré par l’art moderne, l’urbanisme et le streetwear, ce millenial nourri à la culture Tumblr et Instagram s’inspire du monde qui l’entoure pour créer ses vêtements.

"Je prends systématiquement des photos sur mon téléphone dès que quelque chose attire mon attention et je fais ensuite des collages de tout ça et je réfléchis à la manière dont je pourrais appliquer ça sur un vêtement basique (un sweat, une veste en jean, peu importe)", déclare-t-il. 

Sa passion ne date pas d’hier. Dessinateur depuis tout petit, fan de vêtements, il passe des heures à soigner son style vestimentaire pendant l’adolescence. Un style qu’il décrit comme "différent des autres, [il mélangeait] toujours des vieilles fringues avec des nouvelles…"  Son intérêt pour la mode l’a fait quitter Preston, sa petite ville natale au nord de l’Angleterre, pour Leeds où il fera une prépa avant de terminer sa course à Manchester avec une licence en design de mode en poche. 

Une première collection engagée

Avec Unite or Perish ("s’unir ou mourir"), Jacob Kane signe sa première collection commerciale. Une collection qu’il veut faire résonner avec l’actualité politique : 

"Ce nom résonnait dans ma tête au moment où nous vivions le Brexit ici au Royaume-Uni, le vote de Trump aux États-Unis ainsi que tout ce malaise politique dans le monde. Je pense que beaucoup de jeunes, y compris moi-même, et surtout dans le monde artistique, en avaient juste ras le bol de tout ça." 

Un message qu’il fait résonner symboliquement avec des pièces frappées du nom de la collection, où encore des vestes et pantalons aux multiples poches dans lesquels il range toutes sortes d’objets, un peu comme si le vêtement se transformait en kit de survie. Il symbolise ainsi le désenchantement de la jeunesse avec des T-shirts où l’on peut voir écrit "Illusions or Ecstasy" ou encore "Think & Dream".

Jacob Kane veut avant tout parler "aux mecs réels". Le jeune Anglais sait déjà où il veut mener sa marque et ne veut pas proposer des vêtements hors de prix où au style trop inaccessible. 

"Je veux créer des vêtements que j’aime, que les gens aiment et qu’ils puissent surtout acheter ! Je vois pas l’intérêt d’avoir 100k followers sur Instagram qui s’identifient tous à votre marque mais qui n’ont pas les moyens d’acheter une seule de vos pièces", confie-t-il.

Grâce à son passage par les studios du designer anglais Christopher Shannon (qui est l’un des designers émergents les plus reconnus par la presse mode), il a pu nouer des contacts avec des fournisseurs de qualité et a pu apprendre toutes les clés pour se lancer. Petite particularité tout de même, il a tenu lui-même à trouver les tissus pour ses vêtements. Des matières chinées en Turquie, en Angleterre ou encore au Portugal tandis que "les parties plus techniques comme les zips, fermetures éclair, viennent d’Italie et de Suisse", annonce-t-il. 

Bien que la marque n’en soit qu’aux balbutiements, il souhaite à terme pouvoir tout produire dans son studio à Manchester et même s’il opère seul pour le moment, il peut déjà compter sur le soutien financier du British Fashion Council, l’institut de la mode anglaise qui a notamment investi massivement pour aider les nouveaux créateurs et qui organise la Fashion Week de Londres. Après avoir postulé pour une bourse, elle lui a finalement été accordée, ce qui lui a permis de financer l’intégralité de ses études et surtout sa collection de fin d’année. Il continue aujourd’hui d’être suivi par l’institut où il a pu recevoir un accompagnement personnalisé pour se lancer. 

Un chef d’entreprise avant tout

Jacob Kane a compris quelque chose : il est à la tête d’une petite entreprise où il gère tout de manière autonome : communication, comptabilité, achats… 

Pour lui, "beaucoup de créatifs sous-estiment le peu de temps que vous allez passer avec leur produit. Si vous démarrez tout seul, comme moi, vous passerez la plupart de votre temps à envoyer des mails, parler avec vos fournisseurs, la presse, les photographes, etc. Il faut vraiment être préparé à ça." 

Il prend cependant les choses avec sérénité et ne veut pas aller trop vite. Sa collection sera en effet distribuée uniquement sur son site Internet dans un premier temps car il souhaite "commencer doucement et grandir de manière organique"

Enfin, s’il a un conseil à donner pour les jeunes qui aspirent à créer leur marque comme lui, c’est bien justement de se lancer : "Il faut juste vous lancer. Votre travail ne sera jamais parfait donc pourquoi attendre ?", conclut-il.

Collection disponible à partir du 12 juillet 2017 sur www.jacobkane.com

Par Cédric Carbonero, publié le 02/06/2017