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"Inutile et cher", le discours de Macron devant le Congrès irrite déjà l'opposition

Publié le

par Théo Mercadier

La gauche voit dans cette intervention du président un "retour du pouvoir personnel" et les centristes de l’UDI prévoient de la boycotter.

Sa "première erreur politique." Jean-Christophe Lagarde, le chef de file des députés UDI (Union des démocrates et indépendants), qui s’étaient pourtant rangés parmi les "constructifs", n’a pas de mots assez durs pour qualifier la réunion du Parlement en Congrès organisée à Versailles par Emmanuel Macron. Lundi 3 juillet, députés et sénateurs se rassembleront de manière exceptionnelle pour écouter le président de la République. Une initiative de l’Élysée qui fait jaser, et qui risque fort d’être boycottée par bon nombre de députés de la droite et du centre.

"C’est inutile et […] cela coûte cher", assène Jean-Christophe Lagarde dans une interview au Figaro, alors même qu’il fait partie des députés ayant choisi d’apporter leur soutien au président. "Emmanuel Macron a pu s’exprimer pendant deux campagnes successives, qu’a-t-il à dire de nouveau ? S’il veut faire de la com, il n’a qu’à aller à la télévision." Des médias que "Jupiter" compte justement court-circuiter.

Alors que son service de presse a annoncé que la traditionnelle conférence de presse du 14-Juillet n’aurait pas lieu cette année (sa "pensée" est trop "complexe"), certains de ses proches défendent que cette allocution devant le Congrès réuni à Versailles lui permettra de s’adresser aux Français par l’intermédiaire de leurs seuls représentants. Pas de questions de journalistes, pas d’interruptions, un cadre grandiloquent et monarchique : l’occasion est rêvée pour dérouler sa communication "jupitérienne".

Redescendre de l’Olympe

"C’est l’hubris sans contrôle ! Il va falloir redescendre de l’Olympe…", s’étrangle un visiteur du soir dans les colonnes du Parisien, alors que le chef des députés Nouvelle Gauche (le nom du nouveau groupe parlementaire des socialistes), Olivier Faure, dénonce de son côté un "retour du pouvoir personnel". Le Premier ministre – qui doit s’exprimer le lendemain devant l’Assemblée pour dérouler son discours de politique général – est le premier à pâtir de ce coup de force macronien. Cantonné pour certains à un rôle de simple exécutant, Édouard Philippe affirme que la séquence sera cohérente et "qu’il y aura deux expressions à la fois parfaitement en ligne et en même temps complémentaires".

Malgré cette posture qui se veut rassurante, Olivier Faure défend dans L’Express que le président "cherche à contourner son propre gouvernement et à prendre les devants avec un Premier ministre qui sera condamné à simplement répéter le lendemain devant l’Assemblée ce que le président aura dit la veille". D’après Europe 1, Emmanuel Macron compterait même faire de ce Congrès un rendez-vous annuel, à l’image de ce qui se fait aux États-Unis. La parole rare, un concept très mitterrandien qui prend le contre-pied de ce qu’a pu montrer François Hollande au cours de son mandat, entre réactions épidermiques au moindre sujet d’actualité et confessions répétées aux journalistes.

L’UDI devrait donc faire corps avec son président et ne pas participer au Congrès. Plus à droite, Les Républicains doivent décider ce jeudi 28 juin si, oui ou non, ils suivront le boycott. Lundi, Emmanuel Macron risque bien de s’exprimer devant les seuls députés de La République en marche.

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