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Entretien avec Vivienne Westwood, notre marraine de la COP21

Publié le

par Jeanne Pouget

À l’occasion de la COP21, Vivienne Westwood a fait équipe avec Konbini pour aborder, dans une série d’articles, les dangers du réchauffement climatique. Rencontre avec cette styliste punk, fondatrice du site Climate Revolution et militante convaincue. Et convaincante. 

Vivienne Westwood et Andreas

Aussi créative que revendicative, la styliste Vivienne Westwood a toujours profité du succès de ses collections et ses défilés pour évoquer son combat contre le réchauffement climatique. "Je n’arrêterai jamais de parler des effets du changement climatique et de la surconsommation… Lors de mes défilés, quand les journalistes me demandent 'quelle est la source d’inspiration de ce défilé ?', je parle de politique au lieu de répondre", confie-t-elle.

Vivienne Westwood est une figure de proue du mouvement punk et de la pop culture. Il nous paraissait donc nécessaire de faire son portait, de l’interroger sur ses combats, ses attentes, lui demander de partager ses conseils pour la jeunesse et l’entendre parler de sa colère contre les hommes politiques, le système bancaire et les mensonges des groupes qui ont le monopole. Sans surprise, elle n’a pas gardé sa langue dans sa poche, bien au contraire…

"Je me suis rendue chez David Cameron au volant d’un tank"

Konbini | En tant que militante pour la lutte contre le changement climatique, quelle est la chose la plus dingue que vous ayez faite ?

Vivienne Westwood | Je pense que le terme "dingue" ne convient pas. Mais je me suis récemment rendue chez le Premier ministre britannique David Cameron, au volant d’un tank blanc, pour protester contre la fracturation hydraulique [une méthode de forage].

Cette cascade a attiré l’attention de nombreux médias et j’ai reçu des commentaires positifs provenant du monde entier. J’étais vraiment satisfaite car cela prouve que ça vaut la peine de militer et de faire entendre sa voix. À mes yeux la fracturation hydraulique est un "crime contre l’humanité".

Et quelle action vous inspire le plus ? 

J’admire le courage et le militantisme de The Artic 30, le groupe de militants de Greenpeace qui fait campagne contre l’exploitation pétrolière et qui sensibilise au changement climatique. Ils se sont intéressés aux preuves scientifiques qui indiquent que le réchauffement climatique est lié aux activités humaines et qu’il menace l’océan Arctique, et ils ont décidé d’agir. Ils ont été kidnappés sur une plateforme de forage appartenant à Gazprom et ils ont passé plus de trois mois dans un centre de détention russe, alors que la confiscation de leur navire et leur emprisonnement étaient jugés illégaux par le Tribunal international du droit de la mer.

Comme l’un des activistes l’a dit : "ils ne nous ont pas enfermés pour ce que nous avons fait. Ils nous ont enfermés pour ce que nous défendions." Leur acte de désobéissance civile était un combat courageux contre l’exploitation pétrolière qui détruit l’océan Arctique et un assaut contre le changement climatique. Ils se sont battus pour notre intérêt, à nous tous.

Quel est l’aspect qui vous choque le plus dans ces problématiques environnementales ?

Ce sont les mensonges ! Le plus gros mensonge, c’est que rien n’a changé. Nous sommes tous paralysés par le mensonge collectif orchestré par les hommes politiques qui travaillent pour les banques centrales et les grands monopoles. Les médias dominants ne se contentent pas de répéter les mensonges, ils véhiculent également une propagande très efficace : la distraction en continu. Ce qui me rend malade c’est qu’ils prétendent que rien n’a changé, ils continuent d'agir comme si de rien n’était, avec des distractions futiles qui nous détournent d’un problème primordial auquel nous devons faire face : l’extinction de masse !

C’est terrifiant de voir que l’illusion de la réalité est la norme, qu’elle prévaut sur l’être humain. Nous avons toujours vécu avec cette propagande et nous l’avons intériorisée, comme si elle était la norme. Le danger nous est tellement étranger que nous ne pouvons pas l’accepter. Je ne veux pas être brutale mais j’ai besoin de dire la vérité. Dans un moment d’hésitation, vous réaliserez que nous regorgeons de mensonges ! La vérité existe, la vérité sur un monde meilleur. Et il est déjà tard !

Vivienne Westwood et l'équipe de Climate Revolution lancent la campagne “Les politiques sont des criminels” : 

Qu’aimeriez-vous dire à la jeune génération de militants qui s’engage contre le changement climatique ?

Si je dois demander une chose aux jeunes gens, c’est de participer aux manifestations et de rejoindre une organisation caritative, de devenir actif et de sensibiliser le public. De s’engager en politique. De voter pour des gouvernements qui sont pour le peuple et pour la communauté. De faire un tour sur mon site Climate Revolution, où vous trouverez une vision des choses que vous n’avez nulle part ailleurs, et de discuter de mes activités avec vos amis.

Continuez de vous battre et de vous interroger : ce qui est bon pour la planète est bon pour les hommes et l’économie. Ma devise c’est "on ne récolte que ce que l’on sème". Soyez conscients, informez-vous, essayez de comprendre le monde, allez dans des galeries d’art et lisez de très bons livres, commencez à comprendre le monde dans lequel vous vivez. Vous devenez un soldat de la liberté dès que vous commencez à faire tout cela. Il faut s’impliquer car la vie nous échappe. C’est comme des racines, un point d’ancrage, une manière de se construire une base solide. "Qui suis-je ?"

"A travers le monde, la Révolution a commencé"

Selon vous, qui peut faire avancer le combat pour l’environnement ?

Que peut faire une seule personne ? Nous devons construire un mouvement. Les personnes qui travaillent dans les ONG aux quatre coins du monde savent ce qu'il se passe, elles sont passionnées, elles sont persuadées que le changement est possible. Les militants font ce que je fais : ils déterminent ce qui ne va pas, ils trouvent une manière de le dire, révèlent la vérité, pour que le public se fasse une opinion. J’essaye de mettre le doigt sur le problème en choquant les gens avec la vérité.

Nous devons agir maintenant, ensemble. Nous n’avons plus le temps. Un grand nombre de scientifiques, d’intellectuels, d’artistes font entendre leur voix. Je pense que, à travers le monde, sur chaque sentier, la Révolution a commencé. Les gens savent que nous devons changer nos valeurs. C’est une guerre pour l’existence-même de la race humaine. Et celle de la planète. L’arme la plus importante que nous ayons, c’est l’opinion publique. Ensemble, nous essayons constamment de sensibiliser le public et nous construisons même un mouvement qui défie les hommes politiques. Parce qu’ils agissent contre l’intérêt de leur peuple et ils détruisent notre planète.

Je soutiens activement l’organisation caritative Cool Earth car ils redoublent d’efforts pour sauver la forêt tropicale et lutter contre le changement climatique. Cool Earth est liée à une autre organisation, la Inga Foundation, qui s’active pour contrer la destruction de la forêt tropicale malmenée par les réductions de terrain et les incendies. Climate Revolution a des projets en commun avec Environmental Justice Foundation, Friends of the Earth, Greenpeace et Talk Fracking.

Avez-vous une citation personnelle qui pourrait inspirer le combat pour la planète ?

Mes créations stylistiques et mon militantisme ne font qu’un, c’est le même moteur qui les nourrit. Je veux un monde meilleur. Je dis "Achetez moins, choisissez mieux, faites durer les choses". La qualité et non la quantité, j’essaye de sélectionner, d’analyser et de donner les informations les plus importantes pour que les gens puissent avoir connaissance des mensonges et faire face à la réalité. Nous voulons une économie respectueuse de l’environnement, avec une énergie propre et du travail pour tout le monde. Une distribution équitable des richesses !

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