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Internet peut-il s'effondrer en 2017 ?

Publié le

par Lydia Morrish

Des experts prédisent une attaque sans précédent, qui pourrait couper Internet l'espace d'une journée en 2017.

Ah, Internet, ce territoire utopique de la libre pensée, où on peut faire ses courses, transférer de l’argent, regarder des films en streaming… et le tout en quelques clics. Pouvez-vous envisager votre vie sans lui ? Lancé dans un premier temps pour faciliter l’échange d’informations pour une poignée d’utilisateurs, il connecte le monde entier depuis 1991. Désormais, les opportunités qu’il offre sont quasi illimitées et il fait partie intégrante de nos vies.

Mais, à bien y réfléchir, cette structure de réseaux est susceptible d'être hackée, manipulée et détruite. Et avec le chaos politique qui règne actuellement dans plusieurs régions du monde, certains pensent que ce n’est plus qu’une question de temps. En 2016, l’une des plus grandes attaques jamais enregistrées a mis en panne plusieurs pilliers du Web pendant plusieurs heures. Des grands sites comme Netflix, Amazon, Twitter, Spotify, Reddit, Pinterest et celui du Guardian figuraient parmi les victimes.

Dyn, l’une des entreprises qui contrôlent "l'aiguillage du Web" en gérant les noms de domaines, s’est retrouvée impuissante face à une attaque par déni de service (DDoS) rendant ces services inaccessibles pour les utilisateurs américains et européens. Des membres du groupe Anonymous ont revendiqué l’attaque, mais le manque de preuves ne permet pas de confirmer cette information.

Internet : le roi des fragiles

Cet exemple flagrant de la fragilité d’Internet donne un aperçu de ce qui pourrait se passer dans le futur. Au point que certains spécialistes, sceptiques quant à la sûreté du Web, prédisent une autre attaque de plus grande ampleur cette année. À commencer par James Carder, vice-président de la boîte de sécurité informatique LogRythm, qui a confié à Business Insider :

"En 2017, Internet sera attaqué à un moment donné quelque part. En cas de succès, les marchés financiers vont s’effondrer."

L’attaque d’octobre dernier serait donc simplement un test de préparation pour ce qui pourrait se produire cette année, l'expert prévoyant que des hackers tenteront de couper Internet pendant 24 heures. James Carder imagine notamment la chute de plusieurs grands médias au cours de l'opération. Simon Howe, également employé de LogRythm, ajoute que les utilisateurs de smartphones peuvent aussi s’attendre à une attaque massive, avec rétention de données personnelles et demandes de rançons.

Cependant, tous les experts ne sont pas d'accord. "La prédiction selon laquelle Internet disparaîtra pendant 24 heures en provoquant un chaos global est extrêmement osée. Si ce n’est pas infaisable, c’est très peu probable", selon Lee Munson, chercheur en sécurité informatique pour le site spécialisé Comparitech, interrogé par Konbini. Pour lui, les déclarations de James Carder sont poussives, même s’il admet que l’attaque de 2016 puisse "en théorie" avoir tenu lieu de prélude à quelque chose de plus large.

En pratique cependant, "une attaque massive de type DDoS contre plus de cibles ne serait pas à la portée d’un État nation, et encore moins d’un gang criminel ou d’une cellule terroriste". Il ajoute que les sites ciblés jusqu’alors l’ont été dans un but précis :

"De nos jours, des sites comme Twitter et SoundCloud sont vraisemblablement visés par des criminels dans le but de les racketter, en échange de la promesse de ne pas récidiver."

Une disparition inéluctable ?

Il n’empêche que la destruction d’Internet semble inévitable, comme l’explique Werner Herzog dans son documentaire Lo and Behold, sorti en 2016. Il y expose notamment les effets qu’une éruption solaire pourrait avoir sur le réseau. Un fait sur lequel s’accorde Lee Munson qui n’est plus aussi sceptique quand il s'agit d'une catastrophe stellaire (n'ayons pas peur des mots) affectant les infrastructures du Web.

De fait, Lo and Behold questionne notre capacité à vivre sans inquiétude en sachant que nos sociétés seraient bien handicapées si Internet venait à disparaître. À l’ère où l’on dépend du Web pour la moindre petite chose, c’est définitivement une information à prendre en considération.

Comme l’affirme l'astrophysicien Lawrence Krauss dans le documentaire : "Si Internet crashait, les gens ne seraient pas capables de se rappeler comment on vivait auparavant." Ce qui est particulièrement vrai pour la génération Y.

Comme le montrent les coupures sciemment orchestrées par des États, qui ont provoqué la perte de près de 2,2 milliards d'euros en 2016, la disparition d’Internet serait un désastre pour l'économie mondiale. Ces brutales fermetures – qui peuvent aussi bien affecter des pans entiers du réseau que certains sites très précis – ont aussi des effets dramatiques en matière de violation des droits de l'homme et de la liberté d’expression, notamment lors d’élections.

"Nous avons découvert que les coupures volontaires d’Internet vont de pair avec des atrocités", explique Deji Olukotun de l’organisation Access Now, qui défend la liberté d'expression de par le monde. "Si le Web était bloqué pendant 24 heures, les pires et les meilleurs scénarios pourraient se produire", acquiesce en partie Lee Munson :

"Les marchés financiers s’effondreraient, les avions devraient calculer leur trajectoire sur un autre moyen que le GPS, la société s’améliorerait et les gens se parleraient au lieu d’être sur Facebook toute la journée."

En ce qui nous concerne (vous et moi), l’option la plus viable reste de prendre une profonde inspiration, de voir le monde pour ce qu’il est dans toute sa dimension chaotique et de trouver un hobby dans lequel nous lancer quand Internet plantera.

Traduit de l’anglais par Sophie Janinet

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