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Interdiction des pesticides "tueurs d’abeilles" : Hulot assure qu’il ne fera "aucune concession"

Publié le

par Astrid Van Laer

Lundi 26 juin, RMC a dévoilé un document interministériel qui laisse entendre que le gouvernement pourrait revenir sur l’interdiction des néonicotinoïdes, des pesticides reconnus comme dangereux. Le ministre de l’Environnement Nicolas Hulot nie la possibilité de les autoriser à nouveau tandis que son collègue en charge de l’Agriculture, Stéphane Travert, a indiqué que le sujet était en discussion.

Lundi 26 juin, RMC a dévoilé un document, daté du 21 juin, qui laisse penser que le gouvernement compte faire marche arrière au sujet des néonicotinoïdes, ces pesticides plus communément appelés "pesticides tueurs d’abeille", que l’Assemblée nationale avait décidé d’interdire en 2016, une mesure censée prendre effet au 1er septembre 2018. Comme l’explique Marie Dupin, journaliste pour RMC, "ce qui apparaît très clairement dans ce document de travail interministériel de 44 pages daté de mercredi dernier", c’est une forme de marche arrière sur le sujet :

"C’est que le gouvernement pourrait revenir sur deux avancées écologiques majeures au motif que la France ferait preuve d’excès de précaution par rapport à l’Union européenne. […] Page 15, on apprend que le gouvernement pourrait revenir sur l’interdiction de l’épandage aérien, c’est-à-dire la pulvérisation de pesticides par les airs.

Mais le plus étonnant, c’est le retour possible des néonicotinoïdes, ces pesticides tueurs d’abeilles dont la dangerosité est avérée par l’Anses [Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, du transport et du travail, ndlr]. Ils avaient été interdits l’an dernier par l’Assemblée nationale."

Comme le rappelle France Info, leur interdiction a une réelle justification qui est celle de leur grande dangerosité avérée pour la santé et l’environnement. En effet, l’épandage aérien des pesticides est dénoncé "de longue date par les associations écologistes pour son imprécision, qui peut amener les riverains à entrer en contact avec des produits aux effets néfastes. Ainsi, en 2014, des élèves et une enseignante d’une école de Gironde avaient été victimes de malaises après l’épandage d’un fongicide sur des vignes environnantes." Quant aux néonicotinoïdes, il s’agit d’une "famille de pesticides destinée à protéger les cultures d’insectes nuisibles, de champignons et de mauvaises herbes [qui] est accusée d’être une des responsables de la forte mortalité des abeilles."

Nicolas Hulot ne fera "aucune concession"

Cette information est d’autant plus étonnante que c’est une pétition de la fondation Nicolas Hulot pour la nature et l’homme qui avait permis l’interdiction de ces pesticides l’an dernier. Interrogé dimanche 25 juin par la journaliste Marie Dupin, le nouveau ministre de l’Environnement a démenti et répondu ne pas être au courant de l’existence de ce document, indiquant :

"Ça n’est pas du tout dans mon logiciel et dans mon radar. En l’état, je n’ai pas connaissance de ça mais je vais en être le garant. […] On n’est pas du tout sur cette ligne-là […]. Qu’il y ait des discussions entre services parce que tout le monde n’a pas le même degré de lecture, ça c’est pas nouveau, ce qui va être nouveau c’est la manière dont on va trancher."

Le ministre de l’Agriculture désavoué par le gouvernement

Pour sa part, le ministre de l’Agriculture Stéphane Travert n’a pas la même position. Ce dernier a admis revenir en arrière et expliqué sur BFMTV vouloir "mettre [le sujet] sur la table [et] avoir un certain nombre de dérogations" jusqu’à ce que des produits de substitution aient été trouvés car cette interdiction "n’est pas conforme avec le droit européen".

Après cette intervention, Nicolas Hulot a profité d’une conférence de presse lors d’un déplacement à Lyon le 26 juin pour réaffirmer son point de vue, en déclarant : "dès lors que la santé est mise en cause, je ne veux faire aucune concession." Le gouvernement a appuyé la position du ministre de l’Environnement et publié un communiqué dans lequel il assure ne pas vouloir revenir sur cette interdiction mais a précisé qu’un "travail est en cours avec les autorités européennes" afin de vérifier la "conformité du droit français" avec le droit européen.

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