Par Lydia Morrish

Le directeur d'Instagram s'est confié à propos de son aversion pour #FreeTheNipple. Et ça n'est pas pour nous plaire. 

Naomi Campbell's #FreeTheNipple effort stayed visible for 20 hours. (Photo: Naomi Campbell via Instagram)

La contribution de Naomi Campbell à #FreeTheNipple est restée vingt heures en ligne. (Photo : Naomi Campbell via Instagram)

La véritable raison pour laquelle les photos où apparaissent des seins féminins sont effacées d’Instagram reste mystérieuse. Le média s’est récemment expliqué à propos de cette interdiction, concernant à la fois la diffusion de photos de tétons (à moins qu’ils ne soient masculins) et la recherche de #FreeTheNipple (littéralement "Libérez le mamelon").

Même si la tentative de Naomi Campbell est restée en ligne pendant vingt longues heures (ce qui, au vu des standards de l’application, est énorme), le directeur général Kevin Systrom, a cherché à clarifier la situation en s’appuyant sur les règles communautaires, et accusant Apple.

Libre / censuré

Instagram is sexist! #freethenipple

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Favoriser un public plus large au risque de discriminer

Dans une explication qui aurait dû être délivrée bien plus tôt, Stystrom déclare que chaque application est obligée par Apple à déterminer un âge limite. Chacune doit donc obéir au système habituel d’interdiction : si une application contient de la nudité, elle doit être interdite aux moins de 17 ans.

Que ce système marche ou non (et beaucoup s’accordent pour dire que non) importe peu. Le directeur préférerait que l’interdiction se limite à douze ans. Pour attirer un public plus large et plus jeune, qui ne veulent sans doute pas voir de nus, même pas un mamelon innocent.

Mais n’est-ce pas la responsabilité d’Instagram de fournir aux utilisateurs un service équitable ? Devrait-il autoriser les tétons sur ses pages au risque de faire grimper l’interdiction de cinq ans ? Ou bien doit-on accuser Apple ?

Même si #FreeTheNipple a permis a des millions de personnes, y compris des célébrités, de réfléchir à la question et de le montrer, il y a peu de chances pour que ces restrictions soient changées. Après tout, Apple a assez de pouvoir pour alimenter une petite planète.

La clarté de ces règles communautaires reste cependant débattue. Les restrictions contre la nudité sont on-ne-peut-plus vagues ; elles semblent s’appliquer à certains cas et pas à d’autres. Les photos où des femmes s’ajoutent par photomontage des tétons masculins ne sont pas retirées. De la même façon, l’acteur de la série Orange is the New Black , Matt McGorry, a fait la même chose avec des tétons de femmes, sans pour autant violer les conditions d’utilisation.

Mais d’autres types de nudité sont surveillés de près. La photographe féministe Petra Collins s’est faite retirée l’ensemble de son compte Instagram après avoir posté une photo où on pouvait voir une partie de ses poils pubiens. Aux dernières nouvelles, cela n’a rien d’offensant. La pilosité pubienne est peut-être l’un des effets les plus naturels de l’évolution d’un corps. Et Instagram bannit ça pour obtenir un public plus large.

It's unlikely the rules will change anytime soon. (Photo: Suki Waterhouse via Instagram)

Il est peu probable que les mentalités changent de sitôt. (Photo : Suki Waterhouse via Instagram)

Des problèmes plus profonds

Il y a d’autres raisons pour refuser les revendications d’Instagram. Twitter, bien qu’ayant défini une interdiction aux moins de quatre ans, est très permissif en terme de nudité. Peut-être avez-vous remarqué que le tweet #FreeTheNipple de Scout Willis n’a jamais été retiré, tout simplement parce que l’application ne discrimine aucune sorte de téton, ni aucune sorte de nudité en général.

Il y a un nombre incalculable de comptes porno sur Twitter, y compris ceux des acteurs qui font de la pub pour leur page en utilisant des photos de nus. Mais Apple ne semble pas leur en tenir rigueur comme il semble le faire pour Instagram. Qu’en penser ? Instagram doit-il une bonne fois pour toute abandonner la partie et changer ses règles, ou bien est-ce à Apple de le faire ?

Dans les deux cas, la véritable racine du problème ici est la patriarchie qui empêche le corps des femmes d’être considéré comme l’égal de celui des hommes. Honnêtement, je n’ai jamais autant voulu montrer mes mamelons en public.