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L’Inde subit une inquiétante vague d’assassinats de mangeurs de viande de bœuf

Publié le

par Jeanne Pouget

(©Ben Chun/Flickr)

Pour la première fois, le Premier ministre Narendra Modi a fermement condamné la multiplication de crimes envers les éleveurs de bovins et mangeurs de viande de bœuf. Il a qualifié ces actes d’inacceptables en dépit du statut sacré de la vache en Inde.

Le Premier ministre indien a fermement condamné les violences infligées aux éleveurs de bovins à travers le pays, ainsi qu’aux "mangeurs de viande bœuf" et aux producteurs laitiers. Narendra Modi a ainsi répété que tuer des gens, même au nom de la protection des vaches est un acte inacceptable. Comme le rapporte le Guardian, le pays connaît depuis déjà de longs mois une vague de lynchages et d’assassinats de "tueurs de vaches" perpétrés par des groupuscules hindouistes qui affirment défendre ou venger ces animaux sacrés. En effet, posséder des vaches, les abattre ou manger leur viande est considéré comme un blasphème dans la religion hindoue. Ces actes sont mêmes passibles de prison dans certains États du pays.

Jeudi 29 juin, le chef du gouvernement a pris position lors d’un discours prononcé à Ahmedabad (dans l’État du Gujarat, situé dans l’ouest de l’Inde) affirmant que "personne dans ce pays n’a le droit de faire la loi lui-même ou elle-même". "Il n’y a pas de place pour la violence" dans la société a-t-il martelé. Depuis le mois d’avril, ces milices hindouistes ont déjà lynché ou tué dix musulmans en usant de ce motif.

L’argument de défense des animaux : une mascarade ?

Si en 2016, M. Modi s’était déjà "agacé" de ces milices autoproclamées qui utilisent l’argument fallacieux de "défense des vaches" pour commettre des crimes envers les musulmans, c’est la première fois qu’il condamne fermement ces violentes attaques. Lui-même issu du parti nationaliste hindou, qu’il dirigeait jusqu’à son élection en 2014, le Premier ministre n’a visé personne dans son discours et préféré citer le guide spirituel de l’Inde : "Ce n’est pas quelque chose que le mahatma Gandhi aurait approuvé" a-t-il déclaré, déclinant l’idéal pacifiste du père de la Nation.

La semaine dernière, un groupe d’une vingtaine d’hommes a attaqué quatre musulmans dans un train de la périphérie de New Delhi, poignardant à mort un adolescent de 15 ans et en blessant sérieusement deux autres. Les victimes ont rapporté que leurs assaillants les avaient accusées d’être des "mangeurs de bœuf". De nombreux lynchages mortels sont advenus ces derniers mois pour le même motif, de jour et dans des lieux publics.

Des lynchages qui choquent la population. Les Indiens se sont réunis par milliers un peu partout dans le pays dans la nuit du 28 juin, brandissant des panneaux "Not in my name" ("pas en mon nom"). Des rassemblements, chants et hommages auxquels se sont joints des acteurs de Bollywood, défiant la pluie, torrentielle ce jour-là à Bombay.

Les musulmans ne constituent que 14 % de la population de l’Inde, qui compte 1,3 milliard d’habitants et où l’hindouisme est la religion majoritaire. Resté longtemps muet sur ces meurtres de plus en plus fréquents ces deux dernières années, Narendra Modi fait l’objet de critiques des défenseurs des droits de l’homme qui l’accusent de cautionner implicitement ces actes par son silence.

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